La bataille de Magenta, survenue le 4 juin 1859, représente un événement charnière dans l'histoire de l'unification italienne. Elle opposa les forces franco-sardes à l'armée autrichienne et marqua le début de la libération de la Lombardie.
Contexte Politique et Stratégique
En juillet 1858, Cavour, le chef du gouvernement sarde, rencontra secrètement Napoléon III à Plombières. Selon les accords stipulés, la France devait aider le Piémont en cas d’attaque autrichienne. Une fois la guerre gagnée, l’Italie devait être divisée en trois royaumes, organisés en confédération sous la présidence d’honneur du Pape. Nice et la Savoie seraient le prix territorial de l’aide française. Le 10 décembre, la France et le Piémont signèrent un traité formel d’alliance. Le 10 janvier 1859, Vittorio Emanuele II déclara : « ..Nous ne sommes pas insensibles au cri de douleur qui monte vers notre… ».
Le 23 avril, l’Autriche envoya un ultimatum au Piémont ordonnant son désarmement dans les trois jours. C’était l’occasion patiemment attendue par Cavour de déclencher la guerre. Une fois le temps prévu expiré, les Autrichiens envahirent le Piémont avec l’intention de vaincre l’armée sarde avant l’arrivée de l’allié. Les Piémontais inondèrent les rizières de la Lomellina et de Vercelli pour entraver l’avancée du maréchal Ferencz Gyulaj. Les Français atteignirent rapidement le champ de bataille par le Moncenisio et depuis Gênes. Le 20 mai, les Autrichiens furent battus à Montebello.
Alors que Gyulaj attendait le passage de l’ennemi autour de Plaisance avec le gros de ses troupes, Napoléon III le trompa en franchissant le Pô à Casale et en se déplaçant rapidement, au moyen du chemin de fer, l’armée française du secteur d’Alexandrie à celui de Novare pour pointer vers Milan. Le plan franco-piémontais consistait à converger vers Magenta dans deux directions : depuis Turbigo et depuis le pont sur le Tessin sur la route entre Milan et Novare. L’effort majeur fut soutenu par les Français, tandis que l’armée piémontaise avait pour tâche de suivre les troupes qui partiraient de Turbigo et d’intervenir en cas de besoin.
Préparatifs et Mouvements Initiaux
Ce n’est qu’après les défaites subies les 30 et 31 mai à Vinzaglio et Palestro que le commandement austro-hongrois s’est rendu compte du piège et a ordonné que le gros de l’armée soit déplacé de Lomellina à Magenta, via Vigevano et Abbiategrasso. La défense fut disposée le long du Naviglio, espérant faire sauter les ponts de Robecco, Pontevecchio, Pontenuovo et Boffalora.
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Les Impériaux se replièrent en établissant une ligne défensive entre le Naviglio Grande et le Tessin, faisant sauter le grand pont napoléonien entre Magenta et Trecate. Mais le pont sur le Tessin, que les Français appelaient San Martino ou Boffalora, ne fut que partiellement endommagé. La compagnie Badoni de Lecco avait reçu l’ordre, du commandement autrichien, de saper le pont sous la direction de l’ingénieur milanais Marcello Rougier. Ceux-ci, dans un esprit patriotique, ralentirent les opérations de forage pour insérer l’explosif dans les arches et placer les charges aux points non vitaux.
En raison de la pression de la bataille, les Autrichiens furent contraints de mettre le feu aux mèches à la hâte. Ils furent déconcertés quand, à partir des lignes de Pontenuovo, après l’explosion, ils s’aperçurent que les deux premières arches du pont sur la rive lombarde s’étaient repliées sur elles-mêmes, permettant encore le passage des troupes françaises. Dans la nuit du 2 au 3 juin, le génie français, protégé par l’artillerie, jeta un pont flottant de 180 mètres devant Turbigo.
Déroulement de la Bataille
Premiers Engagements
Le passage du 2e corps d’armée sous le commandement du général Patrice Edme de Mac Mahon soutint les premiers affrontements à Turbigo et Robecchetto. Espinasse se dirigea vers Marcallo et la 1ère Division de La Motterouge vers Boffalora. Pendant ce temps, les troupes autrichiennes tardèrent à arriver de la Lomellina, et il ne restait que 20 à 25 000 hommes du général Clam-Gallas pour défendre la ligne du Naviglio, qui rangea ses troupes en triangle, avec les chefs à Magenta, Boffalora et Marcallo.
Dès que Napoléon III entendit le canon tonner depuis son observatoire de la tour de San Martino al Basto, sur la rive piémontaise du Tessin, convaincu que l’attaque de Mac Mahon était en cours, il ordonna aux troupes qui attendaient de se diriger vers les ponts du Naviglio Grande de Boffalora, Ponte Vecchio et Ponte Nuovo. Les Autrichiens firent sauter les deux premiers ; le déclencheur qui aurait fait exploser les charges pour détruire le pont douanier ne fonctionna pas. Celles-ci, avec le pont de chemin de fer, quelques centaines de mètres plus loin en aval, furent les seuls passages permettant de rejoindre la rive gauche du canal.
Combats Autour de Ponte Nuovo
La 2e brigade, commandée par le général de Wimpffen, se mit en marche à huit heures du matin. A son arrivée, vers dix heures, le général de Wimpffen aperçut sur la rive gauche les tirailleurs ennemis, qui déjà s’approchaient du fleuve, et se hâta de jeter sur cette rive quelques compagnies, derrière lesquelles passèrent deux pièces qu’il fallut conduire à bras, la réparation du pont n’étant pas terminée. Un combat de tirailleurs s’engagea. Leurs feux firent rapidement rétrograder les Autrichiens, ainsi que deux bouches à feu qu’ils avaient avancées et qui se retirèrent à hauteur des maisons de Ponte Nuovo. Le général de Wimpffen put alors envoyer des reconnaissances dans les deux directions de Ponte Nuovo et de Buffalora.
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À ce moment, l’Empereur, qui venait de traverser le Tessin et s’était porté à l’embranchement des routes de Buffalora et de Magenta, entendit le bruit de la fusillade engagée par la 1er brigade de la division de La Motterouge à Buffalora. Il pensa que le général de Mac-Mahon était sérieusement engagé, et que le moment était venu d’opérer une vigoureuse diversion. Le général Mellinet prescrivit alors au général de Wimpffen de se porter à l’attaque de droite avec le 3° de grenadiers. Le régiment forma ses deux premiers bataillons en colonne par peloton à distance entière, et laissa un peu en arrière son 3e bataillon comme réserve.
Le 3e régiment de grenadiers, sous la direction du général de Wimpffen, se porta résolument à l’attaque de la redoute qui couvrait le pont du chemin de fer. Sans se laisser arrêter par les obstacles qu’opposait le terrain, les deux premiers bataillons, conduits par le colonel Metman, atteignirent et escaladèrent les retranchements. Ils pénétrèrent dans la redoute, malgré le feu meurtrier dirigé sur eux par un bataillon du 2e régiment frontière du Ban qui en bordait les parapets. Pendant ce temps, le lieutenant-colonel Tryon, à la tête du 3e bataillon, avait rejoint le régiment.
À ce moment, les Autrichiens, qui occupaient en force les bâtiments de Ponte Nuovo, battaient l’intérieur de la redoute par un feu plongeant des plus dangereux. Cet officier supérieur comprit que cette nouvelle position devait être enlevée à tout prix. Sortant des ouvrages, il se jeta rapidement à gauche, en remontant le canal, et, protégé par les arbres et les broussailles dont cette partie du terrain était couverte, il attaqua les premières maisons situées sur la route au débouché du pont. Elles étaient défendues par le 2e bataillon de chasseurs et un détachement du régiment Archiduc Joseph (n° 37). Une vive fusillade s’engagea ; les chasseurs et le détachement d’infanterie autrichiens furent débusqués des maisons de la rive droite, qui furent immédiatement occupées par les compagnies du 3e de grenadiers.
Mais, derrière cette première ligne, que venaient de rompre les grenadiers, se tenaient les quatre bataillons du régiment Prince Wasa (no 60) de la brigade Burdina, chargés de défendre les abords du canal. Postés en partie dans les grands bâtiments de la rive gauche, ils faisaient pleuvoir sur le pont une grêle de balles qui en rendaient l’attaque des plus périlleuses. Revenus de leur premier mouvement de surprise, les Autrichiens ne tardèrent pas à s’apercevoir de la faiblesse numérique des assaillants. Ils firent un retour énergique pour reconquérir la position qu’ils venaient de perdre.
Intervention des Zouaves et Intensification des Combats
C’est alors que le général Cler reçut l’ordre de porter ses zouaves en avant. Trépignants d’impatience, les Zouaves de la Garde étaient restés en réserve depuis le début de l’action en avant du pont de San Martino, massés dans un plis de terrain près de la grande route. L’Empereur était près d’eux : "Allons les zouaves ! du calme, du sang froid et sac à terre !". Sitôt dit, sitôt fait, les sacs furent posés à terre et comme une coulée de lave, ces vaillants guerriers d’Afrique s’engouffrèrent dans la fournaise du combat.
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Sous le feu roulant des Autrichiens, retranchés sur la rive gauche du Ponte Nuovo, ils abordèrent le canal et le traversèrent d'un même bond. Puis la colonne se dédoubla, quelques compagnies s’attaquant aux maisons dont elles enfoncèrent les portes et en chassèrent ou éventrèrent les défenseurs. A droite, en quelques instants, ils firent place nette. A gauche, la résistance se prolongea et ce ne fut qu’au bout de vingt minutes qu’ils se rendirent maîtres du terrain. Le reste du régiment continua droit devant lui, comme un coin, il s’enfonça dans la masse serrée de son antagoniste et à coups de baïonnettes, à coups de crosse, y traça une sanglante traînée. Un moment tout plia avec effroi devant cette furia francese, mais là encore la lutte était inégale. Bientôt les Autrichiens, remis de leur stupeur, revinrent à la rescousse en épaisses nuées pour se laver de leur honteuse reculade. C’était pour les nôtres une heure de fol héroïsme et de suprême sacrifice. Ils se battirent à un contre vingt sans défaillir.
Une fois maîtres de ce point important, le bataillon du 3e de grenadiers et les zouaves, entraînés par leur ardeur et sans s’inquiéter de leur petit nombre, voulurent profiter de leur avantage et poursuivre les débris de la brigade autrichienne qui se retirait sur Magenta. La ligne se forma immédiatement, et les trois faibles bataillons se lancèrent audacieusement en avant. Un nouveau combat s’engagea.
Contre-Attaque Autrichienne et Pertes Cruciales
La division autrichienne Reischach s’avança sur Ponte Nuovo. Elle dirigea d’abord sur la gauche des zouaves une attaque vigoureuse, que ralentit momentanément le tir à mitraille de deux des pièces de notre artillerie placées sur la route. Alors la brigade du général Gablenz se précipita sur les troupes du général Cler: le régiment Gruber exécutant une marche en bataille, et le 3. bataillon du régiment de chasseurs Empereur se répandant tout entier en tirailleurs. Ce bataillon, favorisé par le terrain couvert, parvint à tourner la ligne française, et arriva jusque sur nos pièces, qu’il enveloppa de toutes parts.
Celles du centre, placées sur la route, se replièrent après avoir tiré à mitraille, à vingt pas de distance, sur les chasseurs qui s’élançaient sur elles et que ce feu terrible arrêta. La pièce de droite put également se retirer ; mais celle de gauche, assaillie de tous côtés, ne put être replacée sur son avant-train. Le capitaine de la Jaille vit devant lui arriver de nouvelles troupes ennemies et, pressentant une attaque redoublée, il cria aux zouaves et aux grenadiers qui, à droite et à gauche dans les taillis protégeaient les pièces "Puis-je compter sur vous ?". Mais à l’instant des chasseurs tyroliens sautèrent des fourrés sur la route à 25 mètres des pièces, tandis que d’autres se dressèrent dans les mûriers, devant les zouaves et les grenadiers, leur déchargeant leurs lourdes carabines à bout portant. "les Autrichiens sont sur vous" crièrent les zouaves au capitaine de la Jaille qui attela ses avant-trains ; une pièce accrochée partit au galop, l’autre fut entourée.
Le capitaine de la Jaille, voyant sa pièce prise, courut aux grenadiers et aux zouaves ; il voulut les retenir, les exhorta à le suivre : ils furent sourds à sa voix et ils filèrent sur les maisons de la douane en l’entraînant avec eux. Furieux, hors de lui, il alla au général Regnaud : "Ces Jean-foutres m’ont abandonné après m’avoir promis de ne pas me lâcher". La situation était critique. Quatre compagnies du 1er régiment de grenadiers accoururent, conduites par le colonel de Bretteville. Le général Cassaignolles, à la tête de 110 chasseurs à cheval du régiment de la garde, remonta la route et chargea à plusieurs reprises sur le flanc gauche des Autrichiens : tous ses efforts furent inutiles, il fallut reculer.
Ni l’intrépidité du général Cler, qui, à la tête des compagnies du 1er de grenadiers, trouva en ce moment une mort glorieuse, ni les efforts héroïques de cette poignée de grenadiers et de Zouaves ne purent arrêter les masses autrichiennes. À Ponte Nuovo di Magenta, le général Cler se jeta avec le 1er régiment des grenadiers de la Garde au delà du Naviglio. D'un coup d'oeil rapide il embrassa l’ensemble des dispositions ennemies, et donna l’ordre au colonel de Bretteville de déployer ses grenadiers à gauche de la route et des zouaves. Sa vue, l’énergie intrépide qui brilla dans ses yeux, électrisèrent les soldats qu'il commanda : zouaves et grenadiers se portèrent en avant. Le combat fut terrible, acharné, sanglant. Aux ennemis qui disparaissaient un instant dans les massifs succédaient de nouveaux ennemis ; des feux invisibles se croisèrent en tous sens au milieu de ces terrains perfides, où l’œil ne pouvait pénétrer. Les Autrichiens concentrèrent leurs forces sur ces hardis bataillons qui avaient dépassé le Naviglio ; bientôt ils les enserrèrent dans un réseau de fer et de feu.
Le général Cler fut là, donnant ses ordres et suivant d’un oeil impassible les phases menaçantes de cette lutte inégale. "La position était désespérée ; j’étais à 4 ou 5 pas du général Cler lorsqu’il donna à notre colonel l’ordre de faire cesser le feu et de marcher en avant à la baïonnette ; il était à cheval et tournait le dos à l’ennemi lorsqu’une balle lui traversa le corps en brisant sans doute la colonne vertébrale. Il tomba de cheval en arrière en criant "Oh ! mon Dieu !". Nous commencions à battre en retraite, quatre grenadiers quittèrent les rangs et voulurent rapporter le corps de notre général : deux de ces hommes tombèrent mortellement atteints, les deux autres cherchèrent encore à ramener le général en arrière, mais se sentant mourir, il leur ordonna de l’abandonner et de rejoindre leurs rangs. Après la bataille, notre colonel profita des premiers instants de répit pour faire chercher le corps du général. J’avais vu l’endroit où on l’avait laissé, mais il n’y était plus. Les Autrichiens l’avaient déjà porté en arrière. Enfin on le retrouva sans mutilations aucune, mais les infâmes lui avaient enlevé ses épaulettes, ses décorations, son sabre turc et ses bottes à l’écuyère. Ses aiguillettes pendaient encore à sa tunique, on n’avait pas eu le temps de les décrocher. Son corps fut déposé dans une maison du pont et transporté le soir après la bataille dans une petite chaumière abandonnée sur la route de Milan, en arrière de l’ambulance. Le lendemain, son aide de camp Caffarel le fit enterrer. On craignait un retour offensif des Autrichiens de sorte qu’il fut défendu de lui rendre les honneurs funèbres militaires.
Arrivée des Renforts et Reprise de l'Offensive
Mais la division Reischach avait elle-même subi des pertes telles qu’avant de continuer sa marche et de songer à s’emparer des ponts elle dut s’arrêter pour se rallier et se reformer. Vers trois heures et demie avait enfin paru, aux ponts du canal, la tête de colonne de la division Renault du 3e corps. Les efforts du général de Wimpffen tendaient surtout à arrêter sur la rive gauche du canal les bataillons du régiment Gruber, qui cherchaient à franchir le pont du chemin de fer et à reprendre la redoute.
Exténuées par une lutte inégale qui durait déjà depuis près de deux heures, les troupes de la Garde se voyaient, en outre, menacées d’être tournées sur leur flanc droit par les colonnes du régiment Archiduc Sigismond (n°45) de la brigade Kinzl, qui, de Carpenzago et Ponte Vecchio, remontaient le canal par la rive droite. C’étaient les chasseurs à pied du 8e bataillon, suivis par le 23e et le 90e de ligne.
S'élancer, garnir les crêtes et commencer le feu, était pour les chasseurs du 8e bataillon l'affaire d'un moment. Devant cette fusillade nourrie et inattendue, le régiment autrichien s'arrêta : le général Picard, franchissant alors les retranchements, s'avança résolument sur l'étroit plateau qui s'étendait entre le canal et la plaine basse du Tessin. Quatre compagnies du 8e bataillon se déployèrent en tirailleurs ; à mesure qu'elles gagnaient du terrain, le plateau s'élargissait, la ligne d'attaque s'agrandissait, et bientôt le 2e bataillon du 23e put entrer en ligne. Le régiment Archiduc Sigismond fut ramené jusque dans Ponte Vecchio.
Tout en surveillant les pentes du plateau qui s’inclinaient à sa droite vers d’immenses rizières à peu près impraticables, le général Picard poussa devant son front le régiment Archiduc Sigismond, qui se retirait, mais lentement et cédant plutôt aux charges à la baïonnette qu’au feu. La droite de la redoute étant alors dégagée, le général de Wimpffen fit franchir le canal aux 1er et 3e bataillons du 23e de ligne, qu’éclairaient les 5 et 6e compagnies du 8e bataillon de chasseurs. Ces troupes se joignirent à quelques détachements des zouaves de la garde qui tenaient tête, avec des chances diverses, depuis plus de deux heures, aux bataillons de l’aile gauche du général Reischach. Elles donnèrent à la lutte une nouvelle vigueur et s’emparèrent de la ferme Mainaga, située à droite de la voie ferrée et à plus d’un kilomètre en avant du canal. Le 90e de ligne parut à son tour. Ses bataillons, sous les ordres du colonel, furent massés au pied des rampes de la redoute et formèrent réserve au général de Wimpffen. Deux compagnies reçurent l’ordre de se déployer immédiatement en tirailleurs, et elles allèrent se mêler sur la gauche aux grenadiers et aux zouaves, qui, à l’aide de ce renfort, reprirent les maisons de la rive gauche du Naviglio.
Mac Mahon attendait toujours de coordonner les mouvements de ses colonnes et le 3e corps d’armée français tardait à arriver, de Novare, sur le champ de bataille. Avec son état-major il chevaucha vers son aile gauche là où Camou et Espinasse devaient se trouver. Il traversa les champs vers Mesero et sans s’en rendre compte traversa aussi quelques avant-postes impériaux qui restèrent immobilisés par la surprise qui se répéta lorsque le groupe, après avoir pris des dispositions pour l’avance sur Marcallo et Magenta, revint reprendre l’attaque sur Boffalora.
Assaut Final sur Magenta
Après de violents combats à l’issue incertaine, les Français ne parvinrent à franchir le Ponte Nuovo que lorsque les Autrichiens, menacés sur le flanc droit par Mac Mahon, qui avait repris l’attaque à Boffalora, se replièrent sur Magenta. Les points de défense furent : le cimetière, sur la route du Ponte Vecchio, l’ancienne église paroissiale de San Martino, la voie ferrée et la Casa Giacobbe, le premier bâtiment au nord du village. La bataille fit rage autour de la gare de Magenta. Les Austro-Hongrois avaient placé des canons le long de la voie ferrée. Ils abandonnèrent rapidement leurs positions et se retirèrent dans leurs maisons pour défendre le terrain pouce par pouce.
Le général Espinasse fut touché près de Casa Giacobbe, mais sa colonne et celle de Mac Mahon, par une manœuvre en tenailles, franchirent le talus de la voie ferrée et attaquèrent l’ennemi retranché dans le village. Casa Giacobbe fut conquise par les zouaves d’Espinasse qui, pour se venger du commandant, ne firent pas prisonniers les cent Kaiserjager qui la gardaient en tirant sur eux. Vers le soir, les Bersaglieri de la division du général Manfredo Fanti et les batteries de l’artillerie piémontaise du général Durando arrivèrent pour couvrir le flanc gauche allié et participèrent aux rafles dans la ville.
Conséquences et Impact
Gyulaj comprit qu’il avait perdu la bataille et se retira en pensant à une contre-attaque qui ne se produisit pas. Le soir du 4 juin, après la bataille victorieuse, l’empereur Napoléon III nomma Mac Mahon maréchal de France et duc de Magenta. Le soir, les Habsbourg abandonnèrent rapidement Milan avec des wagons et des convois ferroviaires. Des différentes casernes de la ville au fief du Castello Sforzesco se succédèrent frénétiquement les ordres de destruction de matériel et d’armements pour ne pas laisser tomber aux mains des Franco-Sardes.
Le 8 juin, alors que les Alliés battaient à nouveau les Impériaux à Melegnano, Napoléon III, empereur de France, et Vittorio Emanuele II, roi de Sardaigne, entrèrent à Milan en défilant sous l’Arc de la Paix, au Sempione précédés du maréchal Mac Mahon à la tête des gagnants de Magenta.
À Magenta, dans un premier temps, l’armée franco-sarde aligna 58 000 soldats contre les 62 000 de l’armée impériale royale autrichienne. Les pertes françaises ce jour-là s’élevèrent à 4 500 tandis que les Autrichiens eurent 10 000 hommes mis hors de combat. La bataille de Magenta, qui permit la libération de Milan et de la Lombardie, marqua ainsi le début du voyage vers l’unification de l’Italie.
Après la défaite autrichienne à Magenta, l’armée autrichienne se retira méthodiquement vers le « quadrilatère » des forteresses de Legnano, Mantoue, Peschiera et Vérone, au sud du lac de Garde. Pendant ce temps, l’armée franco-piémontaise de 150 000 hommes progressa lentement vers le lac de Garde. Les avant-gardes alliées rencontrèrent de manière inattendue les avant-gardes autrichiennes, ayant traversé le Mincio. Surpris, les Franco-Piémontais se retrouvèrent contraints de livrer bataille. Le front s’étendit sur une douzaine de kilomètres, résultant en quatre affrontements distincts et épuisants. Pour éviter l’encerclement, François-Joseph ordonna la retraite, assisté par un violent orage qui interrompit les combats. Cette bataille, chaotique et sans véritable portée stratégique, laissa près de 40 000 soldats morts, blessés ou disparus, dont 12 000 Français, 6 000 Piémontais et 22 000 Autrichiens. Malgré les réticences des Piémontais satisfaits de cette guerre par procuration, Napoléon III signa un armistice avec François-Joseph Ier à Villafranca le 11 juillet 1859.
Le souvenir le plus marquant de cette bataille est la création de la Croix-Rouge.
Héritage et Symbolisme
Magenta a donné son nom à une des principales artères de Milan. Le “Corso Magenta” est désormais connu dans le monde entier pour abriter non seulement l’endroit où se trouve ‘La Cène’ de Léonard de Vinci, mais encore les maisons de haute couture qui font, avec celles de Paris, la mode au niveau mondial.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, c'est bien d'une bataille militaire qu'est née la couleur magenta. En avril 1859, l'Autriche venait d’envahir la région du Piémont, au nord de l'Italie. Engagé à défendre l'Italie par un accord, Napoléon III se retrouva en guerre contre l'Autriche et les armées s'affrontèrent ainsi à Magenta dans la région de Milan. "Les troupes franco-piémontaises sortirent victorieuses des combats, le village de Magenta n'étant plus qu'un champ de ruines. Alors que des métiers et de nouvelles techniques se développaient, le chimiste français François-Emmanuel Verguin tenta une expérience en mélangeant plusieurs composants, afin de créer une couleur pourpre-fushia qu'il appela magenta, symbole d'une victoire acquise dans le sang.
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