Introduction
L'approche Pikler-Loczy, développée par Emmi Pikler, pédiatre hongroise du XXe siècle, met en avant le rôle essentiel de l'activité spontanée du bébé dans son développement psychomoteur. Cette pédagogie, contemporaine de celle de Montessori, considère l'enfant comme un acteur de son propre apprentissage et invite l'adulte à adopter une attitude observante et respectueuse de son rythme.
Les Fondements de la Pédagogie Pikler-Loczy
L'Enfant, Acteur de Son Développement
Au sein de la pédagogie Pikler-Loczy, l'enfant est maître et acteur de son apprentissage. L'adulte doit adopter une attitude observante, et le considère comme le partenaire actif de son propre développement.
La Motricité Libre : Un Concept Clé
Le concept de motricité libre met en évidence le rôle essentiel que l'activité spontanée du bébé joue dans son développement. Ses capacités motrices évoluent pas à pas, dans un processus continu et ordonné nuancé par les spécificités de chaque enfant. Grâce à l'activité spontanée, le bébé est acteur de ses progressions sur les plans psychomoteur, cognitif et psychique.
Un Environnement Adapté et Sécurisé
Pour favoriser au maximum la motricité libre de votre enfant, il faut mettre à sa disposition un environnement d’éveil et d’apprentissage adapté à chaque étape de son développement : objets en bois et en tissu, jouets qui roulent, instruments de musique, ballons, jeux de construction, etc. Si vous êtes assistant maternel, cela passe par l’aménagement de votre logement d’assmat.
Les Bénéfices de la Motricité Libre
D’après les recherches d’Emmi Pikler, la motricité libre du bébé et de l’enfant apporterait de nombreux bienfaits moteurs et émotionnels, à court terme comme à long terme : contrôle musculaire, autonomie, confiance et estime de soi, sécurité, sentiment accomplissement, créativité, persévérance, etc.
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Liberté de Mouvement et Exploration
L’enfant découvre par lui-même le monde qui l’entoure et l’explore de manière autonome : bouger dans l’espace, toucher, saisir, goûter, ressentir(formes, goûts, textures), etc. Cette liberté peut favoriser sa créativité et son esprit d’initiative, l’encourageant à explorer toujours plus, apprenant en même temps à mieux évaluer et gérer les risques autour de lui.
Sentiment d'Accomplissement et Confiance en Soi
Acteur de son développement, l’enfant peut expérimenter de nouvelles positions (sur le côté, sur le ventre, à quatre pattes, etc.) et devenir confiant dans son corps et dans ses gestes. Découvrant ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas, il apprend la patience et la persévérance, obtenant un sentiment d’accomplissement dès qu’il passe un palier de développement. Sur le long terme, les professionnels estiment que la motricité libre permettrait d’être plus facilement à l’aise dans son corps et d’avoir plus confiance en soi, envers les autres et en son environnement. Ils estiment aussi que l’enfant développera plus facilement un sentiment d’autonomie et d’indépendance, notamment vis-à-vis de ses parents.
Respect du Rythme de l'Enfant
Pour les parents, la motricité libre permet de montrer que chaque enfant est différent et dispose de son propre rythme d’apprentissage et de développement moteur. Rejetant l’idée d’un schéma et d’une vitesse de développement figé, cela permet d’aider l’adulte à respecter son enfant tel qu’il est et de développer une relation de confiance entre les deux.
Les Étapes du Développement Psychomoteur Selon Pikler
On décompose le développement de l’enfant selon la motricité d’Emmi Pikler en 5 grandes étapes, sur une période d’environ 12 mois :
- Position allongée sur le dos,
- Retournement et position sur le ventre,
- Rampe et position en équilibre à 4 pattes
- Position assise
- Position debout puis marche.
La Phase Statique
Position à plat au sol jusqu’à 6 mois environ. Lors de cette première phase le bébé ne cherche pas à se déplacer. Il bouge ses bras, ses jambes, prend petit à petit la conscience de sa capacité à bouger. Sur le dos jusqu’à 4 mois il ne gigote pas beaucoup, il plie et tend ses jambes. Après 4 mois il remue davantage, il observe ses mains et commence à toucher, puis lève ses jambes. Ensuite il bascule et tend ses mains vers les objets. Et un jour il se retourne sur le ventre… C’est à partir de cette position que le bébé va se déplacer et s’asseoir, c’est une fondation.
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La Phase Dynamique
Découverte des premiers déplacements de 5 à 10 mois. Le bébé se retour du dos sur le ventre et du ventre sur le dos. Il effectue ensuite des roulés-boulés puis se déplace par glissement (ramper ou pivot). Il passe ensuite à quatre-pattes et se déplace dans cette posture.
La Phase de Verticalisation
Découverte de la verticalité. Il est difficile pour l’enfant d’adopter la position assise et de pouvoir en sortir s’il ne sait pas se déplacer au sol. Ne pas pouvoir sortir de cette position entraîne des attitudes figées et induit un déplacement sur les fesses, le bébé ne pousse pas sur ses jambes et ne met pas en place les coordinations générales. Par ailleurs, cela prive le bébé de se déplacer au sol, il n’adopte pas d’appui sur les mains, a des jambes raides et le dos rond, son développement tonique manque de maturité et sa posture n’est pas adaptée. Ainsi pour résumer : à partir du plat dos, il se retourne sur le côté, puis sur le ventre, se retourne sur le dos, fait des roulés-boulés, rampe, passe à quatre pattes et découvre à cette étape la position assise autonome au sol. Il passe ensuite à genoux, prend appui sur un support avec ses mains, se met en position du chevalier servant et parvient à la position debout. Il se déplace d’abord latéralement le long des meubles, cherche ensuite à lâcher un appui pour en tenir immédiatement un autre. Il peaufine son équilibre, se lâche quelques secondes et fait ses premiers pas lorsqu’il est prêt et a confiance à lui.
Le Rôle des Parents et des Professionnels
Si la motricité libre du bébé et de l’enfant privilégie l’autonomie, sans action directe des parents, ces derniers conservent un rôle très important : celui d’accompagner l’enfant dans son développement. Montrer sa présence, surveiller, guider et encourager est essentiel pour garantir une sécurité affective et créer cette confiance entre le parent et l’enfant.
Un Accompagnement Moral et Affectif
Le rôle des parents est donc d’offrir une aide morale et affective, encourageant les tentatives, récompensant les réussites et les seuils atteints, et montrer de manière générale qu’ils font confiance à leur enfant. Les parents sont également là pour surveiller leur enfant et s’assurer qu’il ne se blesse pas ou ne soit pas en danger.
Ne Pas Provoquer l'Apprentissage
S’il peut être effrayant de laisser l’enfant se développer seul, les recherches d’Emmi Pikler insistent sur le fait que les parents ne doivent pas provoquer l’apprentissage du bébé ou le pousser à aller trop vite. Il ne faut donc pas le mettre dans une position qu’il n’a pas appris à maîtriser par lui-même, ou à le mettre trop longtemps dans une position qui entrave son développement (transat, siège auto, etc.)Bien entendu, si l’enfant demande de l’aide, les parents ou l’adulte peuvent la lui donner, pour le remettre dans de bonnes conditions de développement. De même, en cas de risque de danger, l’adulte pourra intervenir.
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Créer un Environnement Adapté
- Phase statique : Tapis ferme mais confortable. Quelques jouets choisis en fonction du développement de l’enfant et dans le but d’éveiller ses sens. Être vigilant aux sources lumineuses et au bruit.
- Phase dynamique et découverte de la verticalité : L’enfant doit pouvoir trouver de quoi assouvir son besoin de: ✔ Grimper ✔ Pousser ✔ Traverser ✔ Sauter ✔ Glisser L’espace doit être lisible, toujours rangé de la même manière. Chez les plus grands, des jeux de motricité globale et de motricité fine sont mis en place et de petits ateliers sont organisés.
Les Erreurs à Éviter
- ✗ de mettre l’enfant dans une posture qu’il ne réalise pas de lui-même.
- ✗ de laisser le bébé trop longtemps dans le transat.
- ✗ d’encourager un tout-petit à pousser sur ses jambes.
Les Idées Reçues sur l'Approche Pikler-Loczy
- L’approche piklérienne est dépassée. FAUX. La pensée d’Emmi Pikler est une pensée toujours vivante grâce aux travaux de recherche qui se poursuivent à travers le monde.
- La motricité libre peut retarder le développement moteur de l’enfant. FAUX. Tout enfant né à terme va pouvoir tirer des bénéfices d’une activité motrice autonome. Ses premiers gestes vont lui permettre de se sentir capable et compétent et donc forger les bases de son estime de soi.
- La motricité libre a donné lieu à des générations de bébés souffrant de plagiocéphalie. FAUX. Il n’y a jamais eu de bébés « à tête plate » à Loczy !
- La référence, c’est impossible à mettre en place dans les structures ! FAUX. La référence n’a rien à voir avec l’exclusivité ! On sait aujourd’hui que les bébés ont besoin de pouvoir compter sur un adulte stable et prévisible.
- L’approche piklérienne nie que la socialisation des bébés se fait grâce à la vie en groupe VRAI, mais…. Les enfants ne vont pas à la crèche parce qu’ils ont besoin de se socialiser, mais parce que leurs parents travaillent !
- Ce que Pikler Loczy prévoit pour les temps de soins fait perdre beaucoup de temps aux professionnels … et perturbe l’organisation des structures VRAI ET FAUX. Chez Pikler Loczy, prendre du temps pour les soins au bébé est une vraie philosophie.
- L’approche piklérienne ne convient pas à l’accueil individuel, pour une assistante maternelle ça n’a pas de sens FAUX. Prenons un seul exemple : la référence. Par essence, chez l’assistante maternelle la référence est là !
- La pédagogie de Pikler Loczy peut se « marier » avec d’autres approches comme Montessori par exemple VRAI, mais… La pédagogie piklérienne comme celle de Maria Montessori est née au début du XXème siècle. Toutes deux sont dans la même mouvance de ce qu’on a appelé les pédagogies nouvelles.
- Mettre en place l’approche piklérienne à 100% nécessite pas mal d’investissements coûteux FAUX et VRAI Il n’est pas nécessaire de faire des investissements très couteux.
- Finalement la philosphie d’Emmi Pikler, ça fait des enfants rois ! FAUX. Dans l’approche piklérienne tout est fait pour l’enfant. Cela ne veut pas dire que l’enfant peut tout faire.
Les Limites de la Motricité Libre
Si la motricité libre est devenue un concept très plébiscité, tant par les parents que par les professionnels de la petite enfance, elle ne constitue pas un ensemble de règles absolues à suivre de manière stricte. L’asseoir dans ses bras ou jouer de manière proactive aveclui ne va par exemple jamais entraver son développement. De même laisser unenfant sur le ventre quelques minutes par jour est recommandé pour l’aider àmuscler son cou et ses muscles dorsaux, même si cet exercice doitimpérativement être sous surveillance d’un adulte, et ne doit pas durer plus dequelques minutes. La motricité d’Emmi Pikler vise à offrir le meilleur environnement, sûr et encourageant, pour s’exprimer et se développer, et ne doit pas non plus faire l’objet de culpabilisation. L’évolution et le développement de l’enfant s'adaptent aux réalités et aux obligations de la vie, qui ne peuvent toujours offrir au bébé une liberté de mouvements absolue. Il est donc nécessaire, pour le bonheur des enfants comme des parents, d’obtenir un équilibre sain qui permet de laisser l’enfant s’exprimer et évoluer à son rythme et qui respecte vos besoins et vos obligations.
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