Il y a des actrices que l’on n’oublie pas, des figures flamboyantes, éphémères ou fulgurantes. Maria Schneider, étoile filante des années soixante-dix, obsède par son histoire tragique, celle d’une enfant désabusée du cinéma français. Son parcours, marqué par le scandale du Dernier Tango à Paris, la drogue et une lutte constante pour la reconnaissance, témoigne d'une vie brisée trop tôt.
Une enfance marquée par l'absence
Maria Schneider naît en mars 1952 d’une mère mannequin aux origines roumaines, devenue libraire, et d’un père acteur, Daniel Gélin, qui ne la reconnaîtra que tardivement. Mise à la porte par sa mère à quinze ans, l’adolescente trouve refuge chez son oncle, l’écrivain Michel Schneider. Elle devient l’égérie de ces enfants des années soixante-dix, victimes de la liberté absolue de leurs parents, vagabondant sans repères et cherchant en vain des mains tendues.
Le Dernier Tango à Paris : l'ascension et la chute
Après quelques seconds rôles dans des films mineurs, Maria Schneider est repérée à dix-neuf ans par Bertolucci pour interpréter le premier rôle féminin aux côtés de Marlon Brando dans Le dernier tango à Paris. Le film met en scène la rencontre d’une jeune femme et d’un quadragénaire usé, qui se retrouvent dans un appartement clos pour faire l’amour.
Le film provoque un scandale, notamment à cause d’une scène de sodomie simulée avec du beurre, imaginée par Bertolucci et Brando sans que Maria Schneider en ait été informée. L’actrice vit cette scène comme un viol et se sent trahie et humiliée.
La scène du beurre : un traumatisme indélébile
Bertolucci justifie son acte en affirmant qu’il voulait capter la réaction de Maria en tant que fille et non en tant qu’actrice. Cependant, cette explication ne suffit pas à atténuer la violence de la scène et le traumatisme qu’elle engendre chez la jeune actrice.
Lire aussi: Controverses de Maria Sharapova
Les conséquences du scandale
S’ensuit une longue période où la violence de la scène s’ajoute à la violence de la réception : une condamnation à deux mois de prison avec sursis en Italie, des blagues incessantes aussi salaces que brutales, des propositions de rôles où l’on voit l’actrice nue et encore nue. Maria Schneider est réduite à une image d’objet sexuel, son corps exposé et offert au regard de tous.
La descente aux enfers
Incapable de supporter la pression et la violence du milieu cinématographique, Maria Schneider sombre dans la drogue, l’héroïne, pour soulager sa souffrance. Elle tente de dire son mal-être, d’affirmer qu’elle n’est pas que cela, qu’il y a aussi Profession : reporter d’Antonioni et cinquante-huit autres films.
La lutte contre la dépendance
La dépendance de Maria Schneider la conduit à des séjours en hôpital psychiatrique et à des cures de désintoxication. Elle rencontre également des personnes qui la soutiennent et l’aident à se reconstruire, comme A., une jeune étudiante en cinéma qui deviendra sa compagne.
La quête de soi et la reconnaissance tardive
Malgré les épreuves, Maria Schneider continue de se battre pour se réapproprier son image et sa carrière. Elle refuse les rôles qui la réduisent à un objet sexuel et cherche des projets qui lui permettent d’exprimer sa sensibilité et son talent.
Profession : reporter, une lueur d'espoir
En 1974, elle s’illustre dans Profession : reporter de Michelangelo Antonioni, un film où elle n’est pas réduite à sa plastique et où elle peut exprimer sa complexité et sa profondeur.
Lire aussi: Maria Vadillo : portrait d'une politicienne
Une bisexualité assumée
Maria Schneider fait également un coming out audacieux pour l’époque, en révélant sa bisexualité. Elle revendique sa liberté sexuelle et refuse de se conformer aux normes et aux attentes de la société.
La fin d'une vie
Emportée par un cancer à l’âge de 58 ans, Maria Schneider a passé sa vie à courir après un bonheur qui lui filait toujours entre les doigts. Elle meurt à Paris en 2011, laissant derrière elle le souvenir d’une actrice talentueuse et d’une femme brisée par le scandale et la violence du milieu cinématographique.
Un hommage posthume
Après sa mort, son histoire est revisitée et réhabilitée, notamment grâce au livre de sa cousine Vanessa Schneider, Tu t’appelais Maria Schneider, et au film de Jessica Palud, Maria, qui reviennent sur son parcours et dénoncent les violences qu’elle a subies.
L'héritage de Maria Schneider
Maria Schneider reste une figure emblématique de la lutte contre les violences sexuelles et les abus de pouvoir dans le cinéma. Son histoire résonne avec l’ère #MeToo et rappelle l’importance de protéger les actrices et les acteurs contre les exploitations et les traumatismes.
Lire aussi: L'ascension d'Ángel Di María
tags: #Maria #Schneider #enfants