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Développement psychoaffectif du nourrisson : Étapes et perspectives

Le développement psychoaffectif du nourrisson est un processus complexe et fascinant, jalonné d'étapes cruciales qui posent les fondations de sa future personnalité et de ses relations interpersonnelles. Comprendre ces étapes est essentiel pour les parents et les professionnels de la petite enfance, afin d'accompagner au mieux l'enfant dans son épanouissement. À travers des différents systèmes théoriques proposés pour décrire le développement psycho affectif de l'enfant certain sont complémentaires et permettent en les associant d'avoir un début de compréhension des processus de structuration et de maturation psychique.

Introduction

L'étude du développement psychoaffectif du nourrisson s'appuie sur diverses théories, parfois complémentaires, qui tentent d'expliquer les mécanismes de structuration et de maturation psychique. Parmi les auteurs incontournables, on retrouve Sigmund Freud, Melanie Klein, Jean Piaget, et Donald Winnicott, dont les travaux ont profondément marqué notre compréhension de cette période cruciale de la vie.

Un enfant ne peut pas être compris sans la matière première de l'attente de ses parents : le fantasme.

Les fondations : le rôle primordial de l'environnement

On peut le dire simplement, sans l'apport d'un environnement maternant et structurant l'enfant ne peut pas se développer. Le rôle des parents est fondamental tant pour sa survie physique qu'émotionnelle. Cette triade est dite symbolique parce que la Mère et le Père en psychanalyse ne sont pas forcément ces deux parents au sens propre. En fait il s'agit plus de dynamiques: le maternant qui s'occupe de l'enfant et le paternant qui incitera l'enfant à découvrir le monde par lui-même. Ainsi nous trouvons chez les deux parents des dynamiques des deux sortes.

Pire, Spitz a découvert dans les orphelinats d'après-guerre des cas de ralentissement et d'arrêt du développement psycho-affectif chez ces jeunes enfants parce qu'ils étaient coupés de tout lien affectif.

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L'importance de l'attachement

Bowlby (1958) a insisté sur l’importance des liens non alimentaires entre le bébé et la mère, un besoin primaire d’attachement, de contact interpersonnel et social : s’exprimant dans des conduites visant à retrouver ou à maintenir la proximité avec la mère (ou son substitut).

L'attachement est un besoin primaire, aussi vital que la nourriture ou le sommeil. Il se manifeste par des comportements visant à rechercher et maintenir la proximité avec la figure d'attachement principale, généralement la mère. Un attachement sécure permet à l'enfant de développer un sentiment de confiance en soi et en les autres, et d'explorer le monde en toute sécurité.

Le dialogue tonico-émotionnel

Le dialogue tonico émotionnel (communication qui passe par le corps) qui s’installe entre l’adulte et l’enfant va permettre un ajustement tonique et émotionnel. La libre motricité va lui permettre de constituer sa propre représentation de son corps mais surtout lui permettre d’en comprendre et d’en expérimenter toutes ses possibilités. L’enfant va ainsi grandir et s’individualiser à son propre rythme au fur et à mesure de ses découvertes et de son développement.

La motricité libre

Dans nos crèches à permettre la motricité libre c’est-à-dire à proposer un environnement riche en exploration sensorielle et motrice dans lequel l’enfant expérimente seul sans action de l’adulte et sans contrainte physique.

Les étapes du développement psychoaffectif

Le développement psychoaffectif du nourrisson se déroule selon une séquence d'étapes, chacune étant caractérisée par des enjeux spécifiques et des acquisitions fondamentales.

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La période néonatale (0-1 mois)

Un nouveau né est qualifié par l’OMS entre sa naissance et son 30ème jour de vie.

Les premières semaines de vie, le nourrisson dort presque toute la journée. Au niveau perceptif, si sa vision reste encore très faible, il semble reconnaître le son de voix de sa mère grâce à l'apprentissage intra-utérin. Essentiellement tourné sur son corps, le nourrisson émet une réponse émotionnelle au confort, à la frustration, à la fatigue ou à l'angoisse.

A la naissance, le psychisme, fondamentalement, c'est le Ça: c'est des pulsions, des besoins. Cet aspect est perceptible à travers les cris et besoins du nourrisson. Pour comprendre cette toute puissance, il faut avoir à l'esprit ce que le nourrisson est en train de vivre. Il est une conscience - qu'elle soit fragmentée pour les uns, en devenir pour d'autre -, et en cela il est un processus de centralisation et d'organisation des informations perçues. Il y a existence d'une conscience sans qu'elle puisse pour l'instant se rattacher à une identité ni même à un corps. En cela le nouveau né est tout puissant, simplement parce qu'à ce stade, sa conscience n'a pas accès à ses propres limites physiques et encore moins accès à l'existence des autres. Par l'accouchement, qui est pour certain théoriciens le premier traumatisme, le nouveau-né accède un état d'hyperstimulation constante. Avant, il était protégé dans la zone intra-utérine des trop fortes stimulations des sens. Désormais la confrontation est directe. Et, à cette toute puissance s'oppose ces expériences désagréables. Voici en substance la situation qui amènera le psychisme à développer ses premiers mécanismes de défense : incorporation et projection.

Le stade oral (Freud)

Pour Sigmund Freud, par la naissance, le nourrisson entre dans le stade oral, le premier stade de l'évolution libidinale. Le plaisir est lié à la zone bucco labiale, et essentiellement à l'alimentation. Karl Abraham qui approfondira la question divisera le stade oral en deux périodes, la première, de 0 à 6 mois, étant associée à la succion, et la seconde, le stade sadique oral, liée à la morsure, qui va de 6 mois à un an. Le plaisir oral est dit autoérotique et selon Freud, la pulsion s'accomplit par le processus d'incorporation: le nourrisson intègre et par là-même devient ce qui le satisfait.

Le nourrisson a une gêne qui est résolue au mieux par la mère. Et c'est justement dans cet intervalle de temps entre expression du manque et assouvissement du besoin que réside les premières séquences de ce que sera le Moi : la satisfaction hallucinatoire. Pour Freud, le psychisme s'appuie sur les toutes premières traces de souvenir positif comme support pour contrebalancer le fait d'être submergé d'angoisse. Elle correspond à un moment où le psychisme se vit comme tout puissant, mais non pas par un versant mégalomaniaque mais parce que le psychisme n'a pas conscience de la différence entre lui et l'extérieur de lui (« le moi et le non-moi ») et encore plus simplement, entre lui et sa mère. Ce n'est que bien plus tard que cette distinction est intégrée, pour le moment, le psychisme est sans avoir conscience qu'autour de lui d'autres psychismes sont présents… A ce niveau de conscience, un malêtre venant d'une lumière trop vive ou de la faim ne seront pas comprises comme différentes, l'une venant d'un intérieur et l'autre d'un extérieur, les limites corporelles n'étant pas intégrées.

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Introjection et projection (Klein)

Techniquement, M. Klein parle d'introjection et de projection pour signifier l'acceptation de l'agréable et le rejet du désagréable. Ainsi, selon M. Klein, on peut parler du « bon sein » et du « mauvais sein », le premier étant celui qui nourrit et le second celui qui frustre de par son absence. Dans cette période, parce que la satisfaction dépasse, normalement, l'insatisfaction, le psychisme infantile va s'identifier comme étant une expérience positive. M. Klein a émis l'hypothèse que des défaillances dans la structuration du psychisme qui auraient lieu au cours de cette position pourraient être les sources de troubles psychotiques ultérieurs.

De 2 à 6 mois : Éveil et premières interactions

Au cours de cette période, le tonus s'améliore au niveau des membres et de son axe central. Il apprécie de se tenir droit et assis même si cela est encore fatigant pour lui. A partir du cinquième mois, son ouïe s'est affiné et il est attentif au moindre bruit. Le mois suivant cette même dynamique s'appliquera pour la vue. Pour intégrer le monde, il manipule avec ses mains et met tout ce qu'il peut en bouche.

L'objet transitionnel (Winnicott)

Moins symbiotique avec mère, il va mettre en place une relation privilégiée avec un objet, l'objet transitionnel, le fameux doudou, élément de monde extérieur qu'il contrôle et qui le rassure. Il commence à montrer des expressions faciales d'émotions claires de joie ou de tristesse. Il les reconnaît sur le visage des gens qui l'entourent d'ailleurs dès trois mois il a eu la capacité de différencier les visages familiers.

On doit à Winnicott la notion d’objet transitionnel : apparaît au cours du il s’agit d’un objet (un tissu, un bout de couverture, une peluche, …) que l’enfant utilise à l’occasion des séparations avec la mère, et au moment de l’endormissement. Il représente la mère, il est à mi distance entre une partie de soi et un objet extérieur ; espace transitionnel situé entre la réalité intérieure et la réalité extérieure. Il est utilisé pour le passage de la fusion à la différenciation, pour lutter contre l’angoisse dépressive, de séparation. Le choix d’un objet transitionnel, au cours du second semestre de la vie, est un processus normal dans le cheminement vers l’individuation.

Les organisateurs de Spitz

Spitz (10): 3 périodes importantes appelées « organisateurs » (phases critiques et vulnérables)+ Réponse sociale de sourire : 8ème semaineAu sein de la dyade mère nourrisson : plaisir de la mère, renforcement des interactions ; répétitions d’expériences qui permettent à l’enfant de relier la représentation de quelque chose d’extérieur à ce qu’il éprouve en lui-même.

De 6 à 12 mois : Exploration et différenciation

Progressivement, la discrimination des personnes alentours et l'exploration de l'environnement poussent l'enfant à se confronter à la multitude des autres, à l'immensité du monde. En un mot, il réalise la puissance du non-moi. L'enfant se vit désormais distinct du monde extérieur et est capable d'action intentionnelle. Maintenant, il fait des réactions circulaires mais en lien avec des interactions avec le monde extérieur initialement amorcées par hasard.

Le stade sadique oral (Abraham)

Karl Abraham décrit cette période comme le stade sadique oral. C'est l'âge où les premières dents poussent. Elles sont douloureuses et le soulagement vient en mordant. C'est l'expression d'une agressivité nécessaire. On retrouve une expression de la violence fondamentale décrite par Bergeret, cette pulsion de vie qui détruit ce qui est pour laisser place à ce qui sera. Le processus d'alimentation est la métaphore qui participe à l'élaboration psychique : l'acquisition psychique passe par la mise en bouche, par le mordillage.

La position dépressive (Klein)

Mélanie Klein considère le 4ème mois correspond à l'accès à la position dépressive. Parce que complexifié, le psychisme peut intégrer des distinctions plus subtiles que le clivage. D'un clivage positif/négatif découpant le réel, le psychisme peut désormais intégrer des clivages partiels dans les objets ce qui amènera progressivement à développer l'ambivalence. Par la reconnaissance de sa mère en tant qu'objet distinct de lui, il prend conscience que ce qu'il considérait avant comme étant sa puissance ne lui appartient finalement pas. Quand il a faim, ce n'est pas lui qui rempli son besoin mais sa mère. A cela, ajoutons que l'enfant a désormais intégré que sa mère est constituée tout autant du bon sein que du mauvais sein, comme vu dans l'étape précédente, ce qui provoquera chez lui de grandes angoisses de perte d'objet. Le besoin d'être à proximité de sa mère se fera plus pressant. Cette position se retrouve dans le comportement de l'enfant à alterner les séquences d'explorations de l'environnement et les séquences de retour à la mère.

La permanence de l'objet (Piaget)

Ainsi le 12ème mois correspond à la fin du 4ème stade de la période sensori-motrice de Piaget. A ce stade la coordination est intentionnelle et s'infère aux situations nouvelles. C'est ainsi qu'il a accès à cette période à la compréhension des premiers scripts de relation de cause à effet. Au niveau des objets extérieurs, ceux-ci ont acquis une constance mnésique. On parle de la permanence de l'objet.

De 12 à 36 mois : Autonomie et affirmation de soi

À un an, l'enfant pèse en moyenne 12 kg pour 80 cm. Il développe l'imitation comme la stratégie favorite d'apprentissage. Progressivement il veut participer à ce que font « les grands ». Au début de la deuxième année, l'enfant s'exprime par mots-phrases, connaissant les noms de certaines parties du corps et d'objets courants. La troisième année marque le début de l'affirmation du caractère de l'enfant. Il peut tester les limites des parents à travers des crises de colères. À la fin de cette période, l'enfant s'autonomisera en commençant à s'habiller et à se savonner seul.

Le stade anal (Freud)

La seconde année marque l'entrée dans le 5ème stade sensori-moteur théorisé par Piaget. De 18 à 24 mois, l'enfant acquière la capacité partielle d'élaborer cognitivement (mentalement) certains scripts (enchainements d'actions) ce qui lui permet d'intervertire et de combiner différemment certaines séquences d'actions. La fin de la deuxième année est également celle de la période sensori-motrice. Le début de la troisième année est également celui du stade préopératoire (2-6 ans). L'acquisition de la permanence de l'objet permet d'avoir un contrôle sur la fonction mnésique: l'objet perdure par la mémoire. Si la première année englobe la période qui a été nécessaire au psychisme pour assumer la distinction moi-non moi, ce second stade du développement va être celui de sentiment de contrôle de cette limite. Ce stade commence par l'affirmation de soi par le « non » et se prolonge par le contrôle sphinctérien. Le sphincter est ce muscle qui permet, ou au contraire, empêche qu'une partie de soi s'extériorise. Encore une fois, c'est par l'apport environnemental que l'enfant va travailler l'acquisition de la propreté. L'analité permet de donner et de conserver. Les fèces ont alors le sens d'un don de soi, d'un cadeau fait aux parents. Freud précisera ainsi ce stade par la dynamique sadique sous-jacente. Retenir ses fèces c'est aussi jouer avec l'attente de ses parents. De même, cette dynamique ne peut être comprise sans la double dynamique exhibitionniste/voyeuriste.

Opposition et individuation

Cette période correspond à la période d’opposition : du non (3ème organisateur de SPITZ).Dans le processus de séparation-individuation (MALHER), cette période (de 15 mois à 2 ans) est la période de rapprochement où la mère doit répondre à 2 demandes contradictoires : désir d’autonomie, d’exploration du monde, d’affirmation de soi / et besoin de rapprochement. Quand ce retour à la mère est empêché : angoisse de séparation intense.

D’où l’importance de l’objet transitionnelSigne clinique important de ce processus d’individuation : l’enfant de 3 ans maîtrise l’usage du « je ».

Au-delà de 3 ans : Socialisation et théorie de l'esprit

À quatre ans, l'enfant a déjà structuré l'essentiel de son rapport à la réalité. Les objets sont constants, les interactions sociales sont un jeu de marchandage où le langage tient une position centrale. L'enfant sait simuler des émotions et a accès au mensonge, en d'autres termes, il est capable d'élaborer des stratégies lui permettant d'exprimer autre chose que ce qu'il ressent en premier lieu et cela pour atteindre un but supérieur (p.ex.: ne pas se faire disputer, avoir plus de bonbons, etc).

La théorie de l'esprit

Cette cinquième année est également le lieu d'une petite révolution. En fait il s'agit d'une étape de l'évolution que seuls les humains semblent avoir atteint. Il s'agit de la théorie de l'esprit. Notion cognitiviste qui pourrait se définir comme la capacité d'inférer chez l'autre la complexité d'esprit qu'on a en soi. Cette notion centrale est à l'origine un concept de primatologie (cf. David Premack) qui s'est étendu aux différents champs de la psychologie.

Le stade œdipien (Freud)

Le stade œdipien est celui de la différence des sexes et des générations. Cette position théorique initiale marque de ce fait l'homosexualité comme étant, dans une certaine mesure et chez certaines personnes, une stratégie de dénégation de cette incomplétude. Cette hypothèse, il faut le rappeler, est antérieure aux connaissances actuelles sur l'omniprésence du comportement homosexuel dans la nature. A titre d'exemple l'organisation sociale des singes bonobo où l'homosexualité des femelles a un rôle diplomatique central. La différence des générations permet à l'enfant de s'inscrire dans une filiation qui le dépasse et qui lui permet de s'enraciner dans une société qu'il découvre progressivement.

L'importance du père

Au début le bébé ne distingue pas ses limites et voit le maternant comme sa puissance. Dans un second temps, il découvre que sa mère est distincte de lui et l'enfant constate de sa dépendance. Progressivement, cette mère s'intériorise en souvenir rassurant et l'enfant commence à explorer le monde. Mais cette exploration ne se fait pas toute seule, elle est le fruit du paternant, c'est à dire de la dynamique paternelle de l'environnement. Symboliquement, le père est celui qui met un terme à la relation fusionnelle mère enfant. Cette dynamique est celle qui incite l'enfant à investir le monde extérieur. Si la mère correspond au principe de plaisir (être couvé, nourri, en constante satisfaction sans effort), le père correspond symboliquement au principe de réalité (séparation, frustration et effort). La notion d'effort est fondamentale car par la confrontation à l'effort, l'enfant découvre le plaisir du dépassement de soi.En cela, le père est indissociable du processus intentionnel de sublimation. La sublimation pouvant se définir comme un dépassement des plaisirs primaires pour atteindre des plaisirs secondaires. La sublimation est ce qui permet au psychisme de prendre du plaisir à des stimulations qui ne répondent pas à des besoins fondamentaux. L'exemple facile est celui de la sensibilité artistique.

La période de latence

L'aboutissement du stade œdipien est la disponibilité de l'enfant à l'acquisition des savoirs. La période de latence commence vers six ans et correspond à une l'utilisation d'une grande partie de l'énergie libidinale dans l'apprentissage. La période de latence, décrite par Freud, est une position actuellement remise en question de par les grandes transformations sociales qu'a connu l'occident depuis plus d'un siècle. Actuellement il semblerait que…

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