L'examen du projet de loi bioéthique à l'Assemblée nationale a été marqué par des moments de vérité poignants, où plusieurs députés de La République En Marche (LREM) se sont dévoilés de manière inhabituelle. Ces échanges passionnés, dépassant les clivages traditionnels, ont mis en lumière des opinions contrastées sur des sujets intimes tels que la procréation médicalement assistée (PMA).
La PMA au Cœur des Débats : Entre Intimité et Convictions
L'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules, l'autoconservation des ovocytes et les tests génétiques ont suscité des expressions peu ordinaires dans l'hémicycle. "Quand on est sur la bioéthique, on va sur l'intime", souligne une participante.
Témoignages Personnels : Des Expériences qui Influencent les Positions
Plusieurs députés ont partagé des expériences personnelles qui ont profondément influencé leurs positions sur la PMA. Jacques Marilossian (LREM), par exemple, a confié avoir eu recours à la PMA avec sa femme, soulignant que "Nous ne créons pas des enfants d'un coup de baguette magique ! Le succès n'est pas garanti !". Il a également rappelé son propre parcours, élevé par sa mère et sa grand-mère, pour contrer l'argument de "l'absence de père". "J'ai eu un père mais j'ai été élevé par ma mère et ma grand-mère. Cela n'a pas fait de moi un délinquant", a-t-il lancé.
Émilie Bonnivard (LR), se définissant comme une "femme seule" de 39 ans, a exprimé ses doutes quant au droit de priver un enfant de père. "Est-ce mon rôle, en tant que législateur - quels que soient, sur le plan personnel, mon désir ou ma situation -, de créer un ordre qui prive, a priori, un enfant de père ?"
Marc Le Fur (LR), vice-président de l'Assemblée, a partagé son deuil d'une femme qu'il aimait pour appuyer le rejet de la PMA post-mortem, plaidant pour que "la vie l'emporte". "Il faut que la vie l'emporte (…) Un enfant existe par lui-même. Il n'a pas vocation à être le substitut d'un être qui nous a quittés".
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Joachim Son-Forget (UDI-Agir), né en Corée et adopté par une famille française, a insisté sur le poids de "l'ignorance de notre lignée" pour les enfants nés de PMA.
Michèle Peyron (LREM) a raconté avoir subi une interruption médicale de grossesse (IMG) pour contrer un amendement visant à rétablir un délai de réflexion avant une IMG. Elle a témoigné de la difficulté de cette épreuve, affirmant : "Je peux vous assurer que l'on a le temps de se préparer à cet acte".
Vincent Thiébaut (LREM), père de jumeaux sourds profonds du fait d'une maladie génétique, s'est interrogé sur "la pertinence" du diagnostic pré-implantatoire, soulignant l'importance de ne pas "ouvrir la boîte de Pandore au nom d'une volonté d'harmonisation ou de standardisation".
Réactions et Positions des Députés LREM
Ces témoignages ont été salués par certains députés comme Nathalie Elimas (MoDem), qui a souligné qu'ils "nous aident à cheminer" et à être en prise avec "le réel". Jean-François Eliaou (LREM) a également salué ces intervenants s'étant exprimés "devant la Nation".
Cependant, Constance Le Grip (LR) a noté que son groupe évite généralement de "mettre en avant telle ou telle spécificité des parcours de vie" afin de légiférer au nom de l'intérêt général.
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Au sein de LREM, des positions contrastées coexistent sur la PMA. Amélie de Montchalin, vice-présidente du groupe LREM, reconnaît que "Tout le monde se pose des questions, ce sont des sujets très compliqués". Marie Lebec (Yvelines) abonde dans le même sens, soulignant qu'"Il y a dans la majorité beaucoup de questions sur ce que contiendra la loi notamment sur la question de l’égalité hommes-femmes, sur la prise en charge par la Sécurité sociale de la fécondation in vitro ou encore sur l’accès à ses origines".
Certains députés, comme Annie Vidal, se disent "très réservée" sur l'extension de la PMA aux femmes seules, craignant de légitimer la création de familles monoparentales. Blandine Brocard s'inquiète du droit de l'enfant à connaître ses origines. Marie Tamarelle-Verhaeghe estime qu'il est "essentiel qu’un enfant soit le fruit du désir de deux personnes".
D'autres, comme Jean-François Mbaye, proposent une "clause de conscience" pour les médecins qui pourraient décider ou non d'accompagner des femmes seules ou des couples de lesbiennes pour une PMA.
En revanche, des députés comme Jean-Louis Touraine et Guillaume Chiche défendent fermement l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, arguant qu'il s'agit d'une question de lutte contre les discriminations. Guillaume Chiche explique : « le fondement de mon engagement politique repose sur la lutte contre les discriminations. Or là on a discrimination sur l’orientation sexuelle, que l’on peut régler rapidement. Il ne faut pas tergiverser ».
L'Exclusion d'Agnès Thill : Un Signal Fort ?
L'exclusion d'Agnès Thill de LREM pour ses propos hostiles à la PMA a suscité des réactions contrastées. Certains y voient un signal fort en faveur de l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, tandis que d'autres craignent une forme d'"omerta" sur le sujet.
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Agnès Thill affirmait que la future révision des lois de bioéthique, "restera dans l'Histoire comme celle qui aura évincé les pères de la naissance et de l'éducation des enfants". Elle se disait également inquiète de "l’effacement progressif du rôle du père » et de la « précarité affective et financière » des familles monoparentales.
Stanislas Guerini, délégué général de LREM, avait déclaré qu'il "ne me semble pas illégitime de prononcer son exclusion", car "de façon répétée, elle a tenu des propos qui mettaient de l'huile sur le feu et qui ne sont pas conformes à nos valeurs".
Les Enjeux de la Loi Bioéthique et la PMA
La loi bioéthique, et notamment la question de la PMA, soulève des enjeux complexes et intimes. Les débats parlementaires ont mis en lumière la diversité des opinions au sein de la majorité présidentielle, ainsi que les préoccupations éthiques et sociétales liées à ces questions.
Le Droit à la PMA : Égalité et Lutte Contre les Discriminations
Pour les partisans de l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, il s'agit d'une question d'égalité et de lutte contre les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle ou la situation familiale. Ils estiment que toutes les femmes devraient avoir le droit de fonder une famille, quel que soit leur statut marital ou leur orientation sexuelle.
La Place du Père : Un Enjeu Central
La question de la place du père dans la filiation est un enjeu central des débats sur la PMA. Certains craignent que l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de lesbiennes ne conduise à une "éviction" du père, tandis que d'autres estiment que l'important est le désir d'enfant et la capacité à l'élever dans un environnement aimant et stable.
L'Accès aux Origines : Un Droit Fondamental pour l'Enfant
La question de l'accès aux origines pour les enfants nés de PMA est également un enjeu important. La loi prévoit que les enfants nés de PMA pourront avoir accès à leurs origines à leur majorité, ce qui suscite des débats sur la portée de cette mesure et les conditions de la levée de l'anonymat du donneur de gamètes.
Les Réticences et les Questions en Suspens
Malgré l'engagement du président Macron en faveur de l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, des réticences et des questions en suspens persistent au sein de la majorité. Certains députés s'interrogent sur les conséquences de cette mesure sur la société, sur la place du père, sur le droit de l'enfant à connaître ses origines, et sur les questions éthiques liées à la PMA post-mortem et au diagnostic pré-implantatoire.
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