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Le Débat sur l'IVG à l'Assemblée Nationale et au Sénat : Un Droit en Quête de Constitutionnalisation

L'inscription du droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution française est un sujet de débat intense, oscillant entre avancées à l'Assemblée Nationale et réticences au Sénat. Ce processus législatif, marqué par des enjeux sémantiques, des considérations de calendrier politique et des divergences d'opinions profondes, révèle la complexité de graver dans le marbre constitutionnel un droit fondamental. Cet article analyse les tenants et aboutissants de ce débat crucial, en explorant les arguments des différents acteurs politiques et les étapes nécessaires à la constitutionnalisation de l'IVG en France.

Contexte et Genèse du Débat

L'examen du projet de loi constitutionnelle visant à inscrire le droit à l'IVG dans la Constitution a été lancé suite à une proposition de loi déposée il y a plus d'un an. Cette initiative a été motivée par la décision de la Cour suprême des États-Unis de revenir sur l'arrêt "Roe versus Wade", qui garantissait le droit à l'avortement à l'échelle fédérale. Cette décision a suscité un émoi international et a incité les parlementaires français à prendre des mesures pour protéger le droit à l'IVG en France.

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, affirmait que « Plusieurs textes sont en cours d’élaboration. Il y a une initiative au Sénat, il y en aura d’autres à l’Assemblée, qui émaneront de différents groupes. La protection des droits des femmes est un sujet qui peut nous rassembler, au-delà des clivages politiques ».

L'Examen au Sénat : Obstacles et Réticences

Le Sénat, dominé par une majorité de droite, se montre réticent face à cette inscription. Des figures telles que Gérard Larcher, président du Sénat, et Bruno Retailleau, chef du groupe LR, expriment ouvertement leurs préoccupations.

Les Points de Blocage

  • La Formulation du Texte : La formulation retenue par le gouvernement, validée par les députés, suscite des inquiétudes. La phrase "la loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse" est au cœur des discussions. Certains sénateurs craignent que le mot "garantie" ne remette en cause la clause de conscience des médecins, ouvrant la voie à des jurisprudences contraignantes pour les soignants opposés à l'IVG. Le sénateur Philippe Bas a même proposé un amendement pour supprimer ce terme.
  • La Clause de Conscience : Un amendement porté par des sénateurs LR vise à inscrire explicitement dans la Constitution la clause de conscience des médecins, soulignant ainsi la volonté de protéger la liberté des professionnels de santé.
  • Le Calendrier Imposé : La droite sénatoriale critique le calendrier imposé par le camp présidentiel, perçu comme une tentative de limiter le débat parlementaire. Bruno Retailleau a déclaré que "Le gouvernement ne peut pas nous imposer un calendrier au mépris du débat parlementaire".
  • L'Absence de Menace : Gérard Larcher estime qu'il n'y a pas de menace sur le droit à l'IVG en France, remettant en question la nécessité d'une inscription constitutionnelle. Il avait déclaré : "L'IVG n'est pas menacée dans notre pays. Si elle était menacée, croyez-moi, je me battrais pour qu'elle soit maintenue. Mais je pense que la Constitution n'est pas un catalogue de droits sociaux et sociétaux."

Évolution des Positions et Pressions Sociales

Malgré les réticences affichées par les ténors républicains, certains sénateurs se montrent ouverts à une évolution de leur position, notamment sous l'influence de pressions sociales et familiales.

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Le Parcours Législatif : Une Série d'Étapes Déterminantes

Pour que le droit à l'avortement soit inscrit dans la Constitution, plusieurs étapes doivent être franchies.

  1. Dépôt d'une Proposition de Loi ou d'un Projet de Loi : Cette étape initiale est déjà en cours, avec trois propositions de loi sur la table : une de la majorité Renaissance à l'Assemblée, une de la Nupes à l'Assemblée, et une du groupe écologiste au Sénat.
    • La proposition de Renaissance stipule que « nul ne peut être privé du droit à l’interruption volontaire de grossesse ».
    • Celle du Sénat, reprise par la Nupes à l’Assemblée, affirme que « Nul ne peut porter atteinte au droit à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception. La loi garantit à toute personne qui en fait la demande l’accès libre et effectif à ces droits ».
  2. Inscription à l'Ordre du Jour du Parlement : Le sujet doit être inscrit à l'ordre du jour du Parlement, une étape qui a connu des retards et des controverses.
  3. Vote en Termes Identiques par l'Assemblée Nationale et le Sénat : C'est un point crucial, car les deux chambres doivent approuver le texte dans les mêmes termes. En cas de désaccord, le processus est retardé.
  4. Approbation Définitive : Si le texte est adopté par les deux chambres, il doit ensuite être approuvé définitivement.
    • Pour les propositions de révision, le Président de la République doit nécessairement les présenter au référendum.
    • Un projet de loi doit être approuvé à une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés par les députés et les sénateurs réunis en Congrès.

Les Enjeux d'un Référendum

Un référendum sur le droit à l'avortement soulèverait d'importantes questions, notamment le risque de détournement du débat sur des enjeux politiques plus larges et la possible virulence de la campagne référendaire en raison de la structuration des groupes anti-IVG.

Les Alternatives à la Constitutionnalisation

La constitutionnalisation n'est pas la seule voie pour renforcer le droit à l'avortement. D'autres mesures sont envisagées, telles que la suppression de la double clause de conscience et l'inscription du droit à l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cependant, cette dernière option se heurte à l'opposition de certains États membres.

L'Assemblée Nationale : Un Soutien Affirmé

Le 24 janvier, les députés ont examiné en séance publique le projet de loi constitutionnel relatif à la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse. Ils ont souligné l'importance de garantir aux femmes la liberté de maîtriser leur destin et de protéger ce droit contre les remises en question.

Arguments Avancés

  • La Protection d'un Droit Fondamental : Les députés ont souligné que le droit à l'IVG est un droit fondamental qui doit être protégé et garanti en tant que tel.
  • La Lutte Contre la Désinformation : Ils ont dénoncé la multiplication des pratiques trompeuses sur internet visant à dissuader les femmes de recourir à l'IVG et ont souligné la nécessité de lutter contre la désinformation en matière d'IVG.
  • La Préservation de la Liberté de Choix : Les députés ont insisté sur le fait que la décision d'avorter appartient à la femme enceinte et à elle seule, sans nécessiter l'autorisation d'un tiers.

Le Débat sur le Délit d'Entrave

Le débat sur le délit d'entrave à l'IVG a été relancé, avec la proposition d'étendre ce délit aux nouvelles pratiques trompeuses déployées sur internet. Cette proposition vise à garantir l'accès à l'IVG pour toutes les femmes et à lutter contre la désinformation en matière d'IVG.

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Le Congrès du 4 Mars : Une Étape Décisive

Le 4 mars, députés et sénateurs se sont réunis en Congrès pour entériner le projet de loi constitutionnelle relatif à "la liberté de recourir à l'interruption volontaire de grossesse". Cette réunion a constitué l'ultime étape d'une saga législative qui a débuté à l'automne 2022.

Les Enjeux du Congrès

Pour que la révision constitutionnelle soit approuvée, elle devait recueillir une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés par les 577 députés et les 348 sénateurs réunis à Versailles.

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