La grossesse et la naissance d'un enfant sont socialement perçues comme des événements heureux. Cependant, ces moments représentent pour les femmes des épreuves à la fois physiques et psychiques. La grossesse est une période à haut risque psychiatrique, marquée par des bouleversements somatiques, hormonaux, psychologiques, familiaux et sociaux. La prévalence des troubles psychiatriques durant cette période s’élève de 15 à 29 %, mais seulement une minorité de femmes reçoivent un traitement. Le dépistage anténatal de la schizophrénie, bien que complexe, suscite des questions importantes concernant les risques et les bénéfices potentiels.
Manifestations Psychiques et Grossesse
Il existe un continuum entre les manifestations psychiques normales liées aux mutations psychiques et les manifestations pathologiques. Durant la grossesse, le corps et le psychisme de la femme doivent s’adapter à des remaniements importants. Le processus psychoaffectif qui mène à l’état d’être mère, la maternalité, est favorisé par ce qui a été décrit comme la « transparence psychique ». Cette transparence permet à la mère d’être à l’écoute de sa propre histoire infantile, réactualisant des conflits anciens pour les réaménager. De fille, la femme va devenir mère, et c’est dans ce moment de vulnérabilité que des traumatismes et des deuils passés peuvent ressurgir.
Au début, l’état de grossesse est au premier plan, souvent avec un sentiment de plénitude et de toute-puissance. Puis, des représentations concernant l’enfant à venir se construisent, et l’enfant réel commence à être appréhendé lors des échographies. Ce mouvement de maturation s’exprime par des manifestations psychiques parfois liées à des manifestations somatiques. Tout cela est nécessaire et normal pour que la future mère s’adapte à sa nouvelle fonction.
Troubles Communs et Risques Psychiatriques
Au cours du premier trimestre, les femmes présentent des nausées et des vomissements dans 50 % des cas, principalement en raison de facteurs hormonaux. Les craintes sont fréquemment centrées sur la grossesse, concernant les changements corporels, une malformation fœtale, l’accouchement ou l’aptitude à s’occuper de l’enfant. La transparence psychique peut favoriser la réactivation de traumatismes anciens, réactualisant des symptômes de stress post-traumatique. La dépression anténatale touche environ 10 à 20 % des femmes enceintes et peut être à l’origine d’une dépression post-natale.
La survenue d’une grossesse chez une femme avec un trouble psychotique chronique, comme la schizophrénie, impose une surveillance stricte à la fois somatique et psychique. Ces grossesses sont à risque en raison du peu d’observance aux suivis nécessaires, de la prise (ou de l’arrêt imprévu) de médicaments antipsychotiques, de l’existence d’addictions multiples et de conditions de vie précaires. Le déni de grossesse, qui concerne environ 3 femmes enceintes sur 1 000, se définit comme la non-conscience involontaire de son propre état de grossesse et peut être partiel ou total.
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La survenue d’une grossesse chez une personne avec un trouble lié à l’usage de l’alcool ou de substances est également à haut risque, car tous les types de produits utilisés franchissent la barrière hématoplacentaire, avec un risque de toxicité pour l’embryon puis le fœtus. La consommation est souvent minorée par les personnes. Outre le produit, d’autres éléments représentent des facteurs de gravité lors d’une grossesse : survenue accidentelle, découverte tardive, consultations obstétricales absentes ou irrégulières.
Période Post-Partum: Vulnérabilité et Troubles
L’accouchement est un événement fondateur, et le vécu de vulnérabilité, de perte de contrôle, ou la perception de complications obstétricales peuvent induire des symptômes de trouble de stress aigu, voire des troubles de stress post-traumatique. Au moment de la naissance, la mère est dans un état psychique particulier, appelé préoccupation maternelle primaire, orientant son attention vers le nouveau-né.
Jusqu’à 80 % des accouchées présentent un blues du post-partum, apparaissant entre le deuxième et le cinquième jour, avec un pic au troisième jour. Les manifestations sont à type de labilité émotionnelle, d’hyperesthésie affective et de pleurs. Il faut bien repérer les signes inhabituels, traduisant un processus plus pathologique.
Les troubles de l’humeur touchent 15 % des mères dans la période du post-partum. Souvent, il s’agit du premier épisode dépressif. Le diagnostic de dépression du post-partum peut être envisagé soit en cas de prolongation des symptômes du baby blues au-delà de dix jours, soit dans l’année suivant l’accouchement. Ces troubles sont souvent minimisés, voire dissimulés à l’entourage par la femme par crainte d’être jugée. Ils peuvent aussi se manifester par des troubles fonctionnels précoces du nourrisson (sommeil, alimentation…) ou encore des coliques, des pleurs fréquents. En effet, ce mal-être retentit sur la relation mère-enfant.
L’état délirant aigu, bien que rare, concerne 1 ou 2 naissances pour 1 000 et débute le plus souvent de façon brutale, dans les quatre premières semaines après l’accouchement. Les manifestations thymiques sont marquées par une labilité émotionnelle, avec alternance de phases mélancoliques et de phases maniaques avec excitation. Le post-partum est une période à risque plus important de décompensation d’un trouble schizophrénique déjà connu ou d’un trouble de l’humeur.
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Facteurs de Risque et Vulnérabilité
Certains facteurs prédisposent à un trouble psychique de la grossesse et du post-partum. Les troubles psychiques de la grossesse et du post-partum sont étroitement corrélés avec des facteurs psychoaffectifs et des facteurs obstétricaux. Lors des consultations de suivi de grossesse, il est nécessaire de prendre le temps d’informer mais aussi d’écouter attentivement la femme enceinte, le couple, afin d’appréhender leur situation dans sa globalité. Si la femme a un suivi en secteur spécialisé, la grossesse doit faire l’objet d’un projet thérapeutique, avec co-suivi régulier par des psychiatres, obstétriciens ou sages-femmes. La grossesse ne devrait être envisagée que lorsque la pathologie psychiatrique est équilibrée depuis plusieurs mois.
Les femmes doivent être informées sur les risques de la prise de toxiques pendant la grossesse et en cas d’allaitement. Ainsi, toute prescription de psychotropes pendant la grossesse implique de mettre en balance les bénéfices par rapport aux risques. Les risques sont tout autant ceux de l’exposition au traitement pour le fœtus que ceux de l’abstention thérapeutique.
Approches Thérapeutiques et Prise en Charge
Pendant les périodes de la grossesse et du post-partum, du fait de l’état de « perméabilité psychique », l’abord psychothérapeutique tant préventif que curatif est d’une particulière efficacité. L’abord de la situation dans sa globalité implique des professionnels multiples dont la concertation et la coordination sont fondamentales. Les conduites thérapeutiques pendant la grossesse sont essentiellement ambulatoires, selon deux axes, psychothérapeutique et chimiothérapeutique.
La grossesse est une expérience transformative qui peut avoir un impact significatif sur la santé mentale des parents. Une femme sur 5 et un homme sur 10 présentent des symptômes de dépression pendant la période périnatale. Les professionnels de santé doivent aborder le sujet dès la période anténatale, car 40% des troubles se manifestent dès cette période.
Il existe encore une très forte stigmatisation de la dépression autour de la grossesse, ce qui incite les parents en difficulté à hésiter à demander de l’aide. Il est important de traiter ces sujets comme n’importe quelle autre maladie. Le baby blues diffère de la dépression périnatale par l’intensité et la durée des symptômes. Le baby blues est une phase transitoire, qui ne dure pas plus de deux semaines, durant laquelle la mère ressent une tristesse, une anxiété ou la crainte de ne pas savoir s’occuper correctement de son bébé. Lorsque ces symptômes durent plus de deux semaines, qu’ils s’aggravent ou qu’ils s’accompagnent de pensées suicidaires, cela doit être un signal d’alarme pour les soignants.
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Une part importante de ces troubles n’est ni diagnostiquée, ni prise en charge. Sans une prise en charge précoce et adaptée, cela peut avoir un impact significatif sur la santé mentale des parents. Les études portant sur les facteurs de risque biologiques associés à la dépression périnatale mettent en lumière les conséquences potentielles d’une inflammation non traitée durant cette période. Si elle reste non détectée et non traitée, la dépression périnatale peut accroître la probabilité de présenter un trouble neurodéveloppemental ou des problèmes de santé mentale pendant l’enfance ou l’adolescence.
Les inégalités de genre ont également un impact majeur sur la survenue d’une dépression périnatale. Sans un soutien adéquat, qui prenne en compte leurs besoins et non uniquement celui de leur enfant, les mères présentent un risque accru de développer une dépression périnatale. Lorsque des antécédents de troubles psychiatriques sont présents, il existe en effet une probabilité accrue de développer des problèmes de santé mentale périnataux, en particulier en postpartum.
Les pathologies psychiatriques périnatales ne se limitent pas exclusivement aux mères, elles peuvent également affecter d’autres membres de la famille. En soutenant l’ensemble de la famille, il est possible de faciliter la communication intrafamiliale et d’encourager une implication accrue du deuxième parent, au-delà du traitement médical.
Prévention et Ressources
Pour prévenir l’apparition de problèmes de santé mentale en période périnatale, il faut intervenir sur plusieurs facteurs de risques. Les soins de santé périnatals doivent également s’orienter vers une prévention précoce, comprenant par exemple une activité physique adaptée et une alimentation équilibrée. Le renforcement du réseau de soutien social joue un rôle clé dans cette démarche. Les personnes ayant un diagnostic préexistant de troubles psychiatriques nécessitent des niveaux de prévention différents, impliquant des traitements spécifiques, des modalités de soutien adaptées et un suivi psychiatrique périnatal personnalisé.
Il existe des recommandations internationales sur la prévention et de traitement des problèmes de santé mentale périnataux. En première ligne, les sage-femmes, les gynécologues, les médecins généralistes et les pédiatres sont des points de contact essentiels. Ils doivent être en mesure d’initier des discussions sur ces sujets avec tous les futurs parents, qu’ils aient des facteurs de risques identifiés ou non. Le dépistage systématique est fortement recommandé dans leurs pratiques pour détecter précocement les signes de ces troubles. Les psychologues et les psychiatres spécialisés dans la périnatalité sont également des ressources importantes.
Il est essentiel de souligner que plus les interventions sont précoces, dès les premiers stades de la grossesse, meilleur est le pronostic. La collaboration entre différents professionnels de la santé, ainsi qu’une approche pluridisciplinaire, sont également nécessaires afin d’offrir un soutien adéquat aux familles.
Dans le cadre du projet européen “PATH: Pathways to improving perinatal mental health”, plusieurs contenus pédagogiques ont été mis à disposition du public. Les jeunes parents peuvent également se tourner vers des associations comme Maman Blues, qui prodigue écoute, conseils et soutien aux parents en difficulté.
Les proches jouent un rôle capital dans le parcours de soin. C’est pourquoi il est très important d’informer le public sur ces enjeux et de libérer la parole sur la question de la santé mentale périnatale.
Comprendre la Schizophrénie
La schizophrénie est un trouble mental complexe qui affecte la façon dont une personne pense, ressent et se comporte. Elle se caractérise par une variété de symptômes, incluant des hallucinations, des délires, des troubles de la pensée et des comportements désorganisés.
Symptômes Positifs
Les symptômes positifs incluent le délire et les hallucinations.
Symptômes Négatifs
Les symptômes négatifs se manifestent par une désinsertion sociale, une réduction de l'expression émotionnelle et une diminution de la motivation.
Facteurs Génétiques et Environnementaux
La schizophrénie est influencée par des facteurs génétiques et environnementaux. Les études montrent que le risque de développer la maladie est plus élevé si un membre de la famille est atteint.
Modèle Neuro-Développemental
Le modèle neuro-développemental suggère que des anomalies dans le développement cérébral précoce peuvent contribuer à l'apparition de la schizophrénie.
Anomalies Cérébrales
Des études ont mis en évidence des anomalies anatomiques et fonctionnelles dans le cerveau des personnes atteintes de schizophrénie, notamment une réduction du volume cérébral et des altérations de l'activité neuronale.
Le Modèle Dopaminergique
Le modèle dopaminergique suggère qu'un excès d'activité dopaminergique dans certaines régions du cerveau peut être impliqué dans les symptômes psychotiques de la schizophrénie.
Dépistage Anténatal et Implications
Le dépistage anténatal de la schizophrénie soulève des questions éthiques et pratiques importantes. Bien qu'il ne soit pas possible de diagnostiquer définitivement la schizophrénie avant l'apparition des symptômes, certaines études suggèrent que des marqueurs biologiques et cognitifs pourraient être identifiés dès la période prénatale.
Risques Potentiels
- Anxiété et Stress: Le dépistage anténatal pourrait entraîner une anxiété et un stress accrus chez les parents, en particulier si des résultats anormaux sont détectés.
- Discrimination et Stigmatisation: Les informations issues du dépistage pourraient être utilisées à des fins de discrimination ou de stigmatisation.
- Interventions Inappropriées: Des interventions médicales ou psychologiques inappropriées pourraient être mises en œuvre sur la base de résultats de dépistage incertains.
Bénéfices Potentiels
- Prévention Précoce: Le dépistage anténatal pourrait permettre d'identifier les individus à risque et de mettre en œuvre des interventions précoces pour prévenir ou atténuer l'apparition de la schizophrénie.
- Planification Familiale: Les informations issues du dépistage pourraient aider les parents à prendre des décisions éclairées concernant la planification familiale.
- Recherche Scientifique: Le dépistage anténatal pourrait fournir des données précieuses pour la recherche scientifique sur les causes et les mécanismes de la schizophrénie.
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