Le déclenchement de l'accouchement est un sujet délicat, souvent perçu avec appréhension par les futures mamans qui aspirent à un accouchement physiologique. Cet article vise à éclaircir les indications du déclenchement en Belgique, les différentes méthodes utilisées et les alternatives possibles, tout en tenant compte des aspects émotionnels et physiologiques de la naissance.
Le Déclenchement : Entre Nécessité Médicale et Souhait d'Accouchement Naturel
Pour beaucoup de femmes rêvant d’un projet physio, la nouvelle d’un déclenchement sonne comme une sentence. “Quand on m’a annoncé qu’on allait me déclencher, mon rêve d’accouchement naturel est parti en fumée”. La question de savoir si l'on peut supporter la douleur des contractions après un déclenchement est légitime. La réponse est oui, il est possible d’accoucher sans péridurale après un déclenchement.
Il est crucial de distinguer entre un acte de convenance et une réelle indication médicale. Le dialogue reste la meilleure option : il faut ouvrir le dialogue avec les équipes médicales et chercher à savoir vraiment pourquoi ils vous proposent cette solution. Le refus peut aussi être une porte ouverte vers la négociation ou d’autres alternatives, laissant du temps pour décider calmement si c’est la bonne solution.
L’enquête du CIANE de 2015 explique que “moins de 6 femmes déclenchées sur 10 disent avoir reçu l’information ET se sont vues demander leur consentement.” Un certain nombre de femmes expliquent qu’on leur a plus ou moins demandé leur consentement mais en expliquant les choses de telle manière - en mettant en avant des risques liés au fait d’attendre - qu’en fait la demande de consentement était un leurre : elles n’ont eu d’autre choix que d’acquiescer.
Indications Médicales du Déclenchement
Le déclenchement est justifié lorsque la maman présente des pathologies qui mettent sa vie, sa santé ou celle de son bébé en jeu. Parmi ces situations, on retrouve :
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- Diabète gestationnel mal régulé
- Crise de pré-éclampsie
- Tension trop élevée
- Cholestase
- Ralentissement inquiétant des mouvements fœtaux
- Calcification du placenta
- Manque de liquide amniotique
Le déclenchement est aussi utilisé quand la poche des eaux s’est rompue mais que les contractions n’ont pas encore commencé.
Une autre indication, plus discutable, est la suspicion de macrosomie fœtale (poids du bébé estimé à + de 4kg à terme) ou d’un retard de croissance avéré. Toutefois, les estimations de poids pendant les échographies de fin de grossesse ne sont que des estimations, comportant parfois des erreurs à +/- 15%. Un bébé pourra être estimé à 4,3 kg à terme alors que dans la réalité il ne pèsera que 3,8 kg. De plus, la corpulence du bébé n’est pas vraiment ce qui pose le plus de problème pendant l’accouchement. Important à savoir aussi : la corpulence du bébé est souvent assortie à celle de la mère. Des parents très grands vont plus souvent avoir des grands bébés avec un poids pouvant dépasser les 4kg et la mère est parfaitement “équipée” pour faire naître son propre bébé. C’est la même chose avec des parents de petit gabarit qui vont avoir des bébés estimés à - de 3kg sans que ça signifie que que le bébé a un problème de développement. En conclusion, les déclenchements liés à l’estimation du poids de naissance doivent être discutés ouvertement avec les médecins et réfléchis avec beaucoup de bon sens !
Le Dépassement de Terme : Quelle Tolérance en Belgique ?
Parfois, le déclenchement est davantage discuté et discutable, notamment quand la grossesse dépasse le terme. Physiologiquement, une grossesse est censée durer entre 37SA et 42 SA. En Belgique, le terme de la grossesse est calculé sur la base de 40 SA. En France, une grossesse est censée durer 41 semaines d’aménorrhées (41 SA). Le dépassement de terme se calcule donc à partir de cette 41ème semaine. La femme enceinte bénéficie donc d’une surveillance rapprochée pendant les quelques jours qui suivent sa 41ème semaine. L’accouchement est déclenché si le travail n’a pas commencé à 41+3j et cela peut aller jusqu’à 41+6j pour les établissements les plus tolérants. En Suisse, le terme de la grossesse est calculé sur la base de 40 SA. C’est la même chose en Belgique, en Espagne et en Angleterre.
“Un accouchement normal débute de façon spontanée et ne s’accompagne que de faibles risques identifiés au début du travail. Cette situation perdure tout au long du travail et de l’accouchement. L’enfant nait spontanément en position du sommet entre 37 et 42 semaines d’aménorrhée. L’accouchement normal est confirmé par la normalité des paramètres vitaux de l’enfant et des suites de couches immédiates pour la mère. Les modalités de prise en charge de l’accouchement normal respectent le rythme et la physiologie du travail et de l’accouchement. L’accouchement normal exclut donc le déclenchement et se caractérise par un déroulement spontané qui peut s’accompagner, selon les préférences des femmes et en fonction de l’évolution de la situation clinique de la mère et de l’enfant.
Méthodes de Déclenchement : Naturelles, Mécaniques et Chimiques
Petit conseil : si le déclenchement est nécessaire, préférez les techniques mécaniques plutôt que les déclenchements chimiques. En tout cas, commencez toujours par des techniques naturelles (quelques jours avant la date prévue du déclenchement). Si cela n’a pas été efficace, demandez à ce qu’on active le travail par des actes mécaniques (décollement des membranes, ballonet).
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Techniques Naturelles
- L’acupuncture peut aider à faire maturer le col et déclencher les contractions. C’est une méthode plutôt efficace. L’ostéopathie peut aussi préparer le corps à la naissance et favoriser le début du travail. La méthode italienne (qui s’appelle la méthode à la française partout ailleurs dans le monde 🙂 !!!) : il s’agit d’avoir des rapports sexuels répétés en fin de grossesse. Sur un col favorable, le contact du sperme (qui contient des prostaglandines naturelles), peut aider à faire maturer le col ou à déclencher le travail. Et dans tous les cas, le plaisir est très indiqué en fin de grossesse.
Techniques Mécaniques
- Le décollement des membranes : Il est pratiqué par une sage-femme ou un obstétricien. Lors d’un examen, elle va simplement glisser un doigt puis effectuer un mouvement circulaire dans le col de votre utérus, afin de décoller les membranes de la paroi utérine. Le décollement favorise la mise en route spontanée du travail, c’est particulièrement efficace si votre col est déjà bien mature et la tête de votre bébé déjà bien basse.
- Le ballonnet : La méthode consiste à introduire une sonde souple en caoutchouc dans le col de l’utérus. Une fois la sonde en place, un petit ballonnet est progressivement gonflé avec de l’eau. Il permet d’ouvrir le col et de décoller les membranes. Le ballonnet est souvent posé le soir, au cours d’un examen gynécologique, à l’aide d’un spéculum. Sa pose peut être désagréable. Même avec le ballonnet en place, vous pouvez marcher, manger, aller aux toilettes ou prendre un douche. Cette technique est à privilégier surtout en fin de travail quand le bébé tarde à s’engager. Parfois, cette rupture va entrainer la naissance dans les minutes qui suivent. Toutefois, je ne recommande pas cette méthode en début de travail ou comme technique de déclenchement.
- Rupture artificielle des membranes : La rupture des membranes et l'ocytocine.
Techniques Chimiques
- Prostaglandines : En fonction des modifications du col, on peut vous proposer un médicament contenant des prostaglandines. Les prostaglandines existent sous 2 formes : le tampon (ex: propess) ou le gel. Elles sont appliquées par voie vaginale (au contact du col). Les prostaglandines permettent de faire maturer le col. La procédure dure en général 24 à 72 heures. Des contractions utérines de forte intensité peuvent apparaître. Un enregistrement du rythme cardiaque fœtal est fait pendant au moins une demi-heure avant la pose des prostaglandines, puis pendant 2 heures suivant la pose.
- Ocytocine de synthèse : C’est la technique de déclenchement que redoutent toutes les femmes qui ont un projet de naissance physiologique. L’ocytocine de synthèse agit très vite, une fois injectée en intraveineuse. Elle va déclencher le travail en seulement 30 sec à 5 minutes. Les contractions artificielles sont directement très intense. La maman est souvent scotchée par la douleur. Un détail qui n’arrange rien, les mamans qui sont déclenchées chimiquement doivent être surveillées par un monitoring continu de 2 heures. Le point positif, c’est que le produit lance le travail et a une durée d’action limitée pouvant aller de 30 minutes à 3 heures.
Accoucher Sans Péridurale Malgré un Déclenchement : Stratégies et Conseils
Elles l’ont fait ! C’est toujours la clé. En vous préparant à un accouchement sans péri, vous allez apprendre plein de choses sur la physiologie de la naissance. Vous serez formée en quelque sorte. Et si votre obstétricien ou votre maternité vous parle de déclenchement vous serez un peu plus armée pour leur répondre ou pour négocier tout simplement. Le déclenchement va a l’encontre de la physiologie. Mais en connaissant le sujet sur le bout des doigts, vous pourrez trouver toutes les astuces pour conserver une naissance naturelle malgré l’environnement médicalisé. Alors préparez vous comme un sportif de haut niveau !
Oui et non. Visiblement il y a déjà une différence entre le fait d’être déclenchée sur un col favorable (déjà mou ou déjà un peu dilaté) ou sur un col encore fermé et tonique. Sur un col fermé, les contractions vont monter crescendo et vous laisser le temps de vous habituer à l’intensité. Sur un col déjà favorable, les contractions risquent de devenir intenses très rapidement. Selon la méthode utilisée la douleur va être intense immédiatement. C’est pour ça qu’il est intéressant de privilégier les méthodes de déclenchement mécaniques car elles lancent le travail en “douceur”. Au contraire, les déclenchements chimiques, avec une injection d’ocytocine par exemple, vont provoquer des contractions très puissantes et très douloureuses dans les secondes qui suivent. C’est un peu le choc… Le corps n’a pas le temps de s’adapter et le mental rentre en panique. Les endorphines n’ont pas eu le temps d’être sécrétées et la douleur est “sèche”, vive. Mais le produit ne se diffuse pas éternellement. Une fois le travail lancé et la perfusion fermée, il faudra environ 30 minutes au produit pour perdre progressivement son effet. Ensuite, les contractions vont redevenir naturelles.
- Mobilité et Monitoring : Le problème avec un déclenchement c’est que le contrôle par monitoring est obligatoire. Il va durer 2 heures après votre déclenchement. Or, on le sait, être allongée pendant la phase active du travail peut être une vraie torture. Essayez de demander un monitoring mobile ou sans fil pour conserver votre mobilité à chaque instant. Installez vous sur le ballon ou restez debout.
- Concentration et Techniques de Gestion de la Douleur : Dans le cas d’un déclenchement, il faut vraiment rester très concentrée dès le départ. Il faut vous focaliser sur les vagues des contractions et les accompagner dès le début par des sons graves ou par le souffle. Il n’y aura pas vraiment de crescendo, alors il faut “s’engager” tout de suite dans le travail. Les techniques d’auto-hypnose marchent très bien (visualisations positives entre autre).
- Préservation de la Poche des Eaux : Si je peux vous donner un conseil, essayez de « garder » la poche des eaux intacte le plus longtemps possible. Sauf si elle se fissure naturellement (et dans ce cas là, c’est la nature qui décide). N’optez pas pour une rupture provoquée de la poche des eaux.
- Utilisation du Bain et Positions : Le bain peut aussi être d’une grande aide pour absorber la douleur des contractions (mais pas avant 5 de dilatation, sinon ça peut ralentir le travail). Quand les contractions seront très intenses, privilégiez les positions debout et demandez à votre partenaire de vous appuyer très fort sur la région lombaire, ça soulage énormément !
- Péridurale et Accouchement Physio : Rester Actrice : Si jamais les choses tournent mal, que la douleur devient insupportable et que vous craquez pour la péri, ne perdez pas de vue votre souhait d’accouchement physio. Il existe quelques petites astuces pour rester actrice de la naissance même avec une péridurale. Parfois la vie n’en fait qu’à sa tête et rien ne se passe comme prévu le jour de l’accouchement. Ok, avec une péridurale vous ne pourrez pas accoucher à quatre pattes ou debout. Vous ne serez pas mobile non plus. Visualisez le canal de la naissance qui s’ouvre grand. La visualisation a un grand pouvoir sur le corps. Restez concentrée sur votre corps, vos sensations. Et surtout, restez connectée à votre bébé. Vous pouvez masser votre ventre, lui parler, l’encourager. Si le travail stagne ou que la progression du bébé ralentie, n’hésitez pas à demander au papa de vous aider à bouger sur le lit (avec des lianes c’est possible aussi). Vous pouvez vous relever un peu, vous mettre sur le côté. Bref, soyez créative, restez dans votre bulle, faites-vous du bien. L’ocytocine est naturellement sécrétée dans un état de plaisir et de bien-être alors n’hésitez pas à baisser les lumières, à faire des sons graves, à vivre le rythme de votre accouchement avec votre bébé. Visualisez que votre périnée s’ouvre grand. Tout n’est pas perdu. Car même quand les événements nous dépassent, il y a toujours un moyen d’être présent à ce qui se passe. Actrice. Concentrée.
Risques et Considérations Importantes
Le déclenchement sur col non mûr est associé à un risque important de césarienne. Un col défavorable peut vous mener à une césarienne. Le déclenchement à l'ocytocine est dans le domaine du possible, si les conditions sont bonnes. La rupture utérine, même si elle est rare, est un risque qui doit être pris en compte, surtout chez une femme ayant un utérus cicatriciel. Une surveillance fœtale, peut s'avérer nécessaire chez une femme ayant un utérus cicatriciel.
Tendances Actuelles et Controverses
Malgré les controverses liées à la médicalisation de la naissance, en France et dans les pays industrialisés, le déclenchement artificiel intervient de plus en plus tôt, dès la trente-neuvième semaine. Le déclenchement artificiel de l’accouchement augmente. Si, dans certains cas, il est nécessaire - dépassement du terme, qui, en France, est de quarante et une semaines et cinq jours d’aménorrhée, rupture prématurée de la poche des eaux, hypertension artérielle -, il progresse aussi chez les femmes qui n’ont aucune indication médicale nécessitant un déclenchement et peut survenir à quarante semaines, voire à trente-neuf semaines. Aux Etats-Unis, le taux de déclenchement a bondi à plus de 30 % en 2020. En Europe, tous les pays sont concernés par une augmentation, même les Scandinaves, réputés pour leur limitation de la médicalisation du travail, qui consiste à provoquer des contractions utérines. En France, alors que le taux de déclenchement était plutôt stabilisé aux alentours de 22 % entre 2010 et 2016, il a grimpé quasiment à 26 % en 2021, selon les résultats de la dernière enquête nationale périnatale. « On est sans doute largement au-dessus aujourd’hui. Toutes les régions et toutes les maternités, quels que soient leur taille et leur statut, sont concernées », a affirmé Camille Le Ray, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital Port-Royal (AP-HP).
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