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L'Infanticide à Berck et les Causes Profondes des Décès de Nourrissons

L'infanticide, un crime tabou et complexe, soulève des questions difficiles sur la société, la santé mentale et la protection de l'enfance. Cet article examine les causes potentielles de décès de nourrissons, en particulier dans le contexte de l'affaire de Berck-sur-Mer, où Fabienne Kabou a été condamnée pour avoir tué sa fille Adélaïde. Il explore également les statistiques, les définitions juridiques et les facteurs psychologiques liés à l'infanticide en France.

Infanticide: Un Crime Tabou

En France, un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups d'un proche. Ces drames, bien que suscitant l'effroi, sont souvent rapidement enveloppés de silence. L'infanticide est un tabou ultime, un impensé sociétal, encore plus que les féminicides.

L'Affaire de Berck-sur-Mer : Un Cas Tragique

Le 19 novembre 2013, Fabienne Kabou a abandonné sa fille Adélaïde, âgée de quinze mois, sur une plage de Berck-sur-Mer, la laissant se noyer avec la marée montante. Condamnée en appel à 15 ans de réclusion criminelle en septembre 2017, Fabienne Kabou a été placée sous le régime de la liberté conditionnelle en fin d’année dernière. Ce fait divers a profondément ému la population de Berck et de tout le Montreuillois.

Profil de Fabienne Kabou

Fabienne Kabou est décrite comme une femme intelligente, qui s’exprime dans un « langage châtié ». Née au Sénégal dans une famille de la bourgeoisie de Dakar, elle a poursuivi ses études en France et s'est inscrite en thèse de philosophie. Elle partageait la vie de Michel Lafon, un compagnon bien plus âgé qu'elle. Selon son avocate, Fabienne Roy-Nansion, Fabienne Kabou va bien et est dans l’état d’esprit d’une personne qui a fait 9 ans de détention, qui est sortie du milieu carcéral et qui a intégré un programme de liberté conditionnelle. Il lui reste 24 mois à purger sous ce régime avant la fin de sa peine, à laquelle succédera une période de suivi socio-judiciaire.

Les Faits Reconstitués

Le soir du 19 novembre 2013, Fabienne Kabou est venue à Berck en train, depuis la région parisienne, accompagnée de son bébé de 15 mois. Alors qu’il faisait un froid glacial et que la mer montait, la jeune mère de 36 ans avait déposé Adélaïde sur le sable avant de repartir. La fillette avait été retrouvée sans vie, par un promeneur, échouée sur la plage le lendemain matin. Quelques jours plus tard, les enquêteurs avaient fini par retrouver la trace de la mère et découvert que l’existence de la fillette était cachée depuis sa naissance.

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Difficultés de Quantification et Catégorisation

Il existe peu de chiffres fiables sur les morts violentes d'enfants. Chaque ministère a ses propres chiffres, rendant impossible leur recoupement. Pire, les morts violentes de nourrissons ne donnent pas lieu systématiquement à enquêtes ni autopsies.

Le "Chiffre Noir" des Infanticides

Les professionnels suspectent un "chiffre noir", autrement dit un nombre important d'infanticides qui passent sous les radars. Julie Ancian, sociologue, souligne qu'on ne connaît des néonaticides que les meurtres qui arrivent dans le giron de la justice.

Complexité des Définitions

La définition même d'"infanticide" est complexe. Le terme englobe des réalités extrêmement diverses, allant des enfants victimes de violences répétées aux bébés tués à la naissance par des mères en détresse. La sociologue Julie Ancian décrypte que le même terme désigne des réalités extrêmement diverses, qu’on ne peut pas analyser avec la même grille de lecture, comme si tous les meurtres d’adultes étaient analysés de la même façon qu’il s’agisse d’une femme tuée par son conjoint violent, d’un règlement de compte entre malfrats ou d’un acte terroriste, et qu’on les appelait tous ‘‘adulticides’’.

Les Causes Possibles de l'Infanticide

Les causes de l'infanticide sont multiples et complexes. Elles peuvent inclure :

  • Le déni de grossesse : Certaines femmes ne prennent conscience de leur grossesse que tardivement, voire au moment de l'accouchement. Elles décrivent leur accouchement comme une sensation de mort imminente. Elles se vident d’elles. Ces femmes sont alors dans un état de dissociation traumatique qui les empêche de voir le bébé qui leur fait face. C’est dans ce contexte bien particulier qu’elles peuvent, dans moins de 1 % des cas, passer à l’acte homicide.
  • Les troubles psychiatriques : Certains parents souffrent de troubles psychiatriques ou de délires qui les poussent à tuer leur enfant.
  • La maltraitance : Des violences répétées sur un enfant peuvent entraîner sa mort.
  • Le "suicide altruiste" : Des parents, ne voyant pas d'avenir serein pour leur enfant, décident de le tuer avant de se suicider eux-mêmes.
  • La pauvreté et l'isolement social : Des conditions de vie difficiles peuvent exacerber les problèmes psychologiques et augmenter le risque d'infanticide.
  • L'incompatibilité de la maternité avec la vie de couple : Dans le cas de Fabienne Kabou, elle a évoqué une « incompatibilité » de sa maternité avec sa « vie de couple ».

Facteurs de risque

Un environnement non propice à l’arrivée d’un enfant peut être un facteur de risque. L’inconscience de la grossesse aura permis généralement de la conduire jusqu’à son terme alors même que les circonstances étaient défavorables (jeunes filles vivant encore au domicile parental, difficultés de couple, etc.).

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La Réponse Judiciaire et la Nécessité d'une Approche Spécifique

La France est dotée de la législation la plus répressive au monde en matière d'infanticide, avec des peines pouvant aller jusqu'à la perpétuité pour homicide aggravé. Cependant, certains experts regrettent la disparition du crime spécifique d'infanticide du Code pénal.

La Commission Nationale des Droits de l'Homme

La Commission nationale des droits de l’Homme conclut que « pour mieux appréhender le phénomène et le comprendre, il faudrait définir une infraction pénale spécifique qui prenne en compte l’âge de la victime. Par exemple, il faut que le syndrome du bébé secoué apparaisse dans la loi », appuie Ophélie Marrel.

La Justice Face aux Cas d'Infanticide

La justice tente de trancher du cas par cas. Les décisions de justice sont très variées, aussi variées que les profils. Tout dépend du contexte, il est primordial de voir ce que les parents peuvent dire sur leur enfant.

Statistiques et Sous-Estimation

Les statistiques officielles concernant les infanticides sont rares et souvent sous-estimées. Le seul chiffre de référence avancé par le Centre d'épidémiologie des causes médicales de décès dépendant de l'Inserm (CepiDc) est de 17 homicides d’enfants de moins de un an en moyenne par an (période étudiée de 1996 à 2000).

L'Étude d'Anne Tursz

Directrice de recherche à l’Inserm et spécialiste de la maltraitance des enfants, la pédiatre Anne Tursz a consacré cinq années à étudier le phénomène en se concentrant sur trois régions (Ile-de-France, Bretagne et Nord-Pas-de-Calais). «En extrapolant les résultats à la France entière, j’ai trouvé les cas de 255 infanticides d’enfants de moins de un an par an. Et encore, je n’ai pas comptabilisé dans cette étude les néonaticides (enfants tués avant d’être déclarés). Mais j’en avais repéré 29 par an», confie-t-elle à 20 Minutes.

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Les Raisons de la Sous-Estimation

Plusieurs raisons expliquent la sous-estimation des chiffres :

  • Les enfants morts avant d’être déclarés par les parents ne rentrent pas dans les statistiques officielles.
  • Beaucoup de cas ne sont pas signalés et ne font pas l’attention d’investigations suffisantes.
  • La pratique de l’autopsie n’est pas systématique et bien souvent n’est pas demandée dans des cas qui pourraient cacher une mort violente.
  • De nombreux médecins signent des certificats de décès avec comme cause la mort subite du nourrisson sans mener d’investigation complémentaire.

Infanticide Paternel vs. Maternel

Les infanticides commis par les pères sont souvent des actes "punitifs", destinés à faire souffrir la mère. A contrario, l’infanticide commis par la mère est souvent sous-tendu par une pathologie psychiatrique. Dans la majorité des cas, la mère est en dépression profonde. Cela peut aller jusqu'au "suicide altruiste". Une mère "aimante" tue son enfant pour le soustraire à une souffrance ou à une situation sans issue.

Un Sujet Tabou

Alors que plusieurs campagnes pour lutter contre les violences faites aux femmes ont été lancées par le gouvernement, aucune n’a été lancée pour lutter contre les maltraitances sur les enfants. «Tous les pays ont une forme de cécité sur ce sujet car c’est très douloureux. C’est tabou», relève Anne Tursz. Interrogée sur la raison de ce tabou, la pédiatre livre une réponse sans équivoque: «Les femmes votent alors que les enfants, non.

tags: #deces #nourrisson #berck #causes

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