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Paul Éluard : Vie et Œuvre d'un Poète Engagé

Surtout connu comme l’un des éminents poètes de la Résistance, avec son plus célèbre poème "Liberté" écrit en 1942, c’est en fait toute sa vie durant que Paul Éluard, né Eugène Grindel à Saint-Denis en 1895, s’illustra comme un homme et un poète engagé. De Paul Éluard, nous avons ses multiples recueils mais il y a aussi les photos, les lettres, qui donnent à voir un homme, un ami, un père, un amant tout entier engagé dans la vie, l’amour, la poésie. Il interroge le mot, l’image, il parle de la lumière, de l’amour, du corps de la femme aimée, du visage ami. Lire un recueil de Paul Éluard c’est voyager dans un bout de sa biographie.

Jeunesse et Premières Influences (1895-1918)

Eugène Émile Paul Grindel, qui deviendra Paul Éluard, naît le 14 décembre 1895 à Saint-Denis, commune limitrophe de Paris. Il est le fils d'un comptable, Clément-Eugène Grindel, et d'une couturière, Jeanne, Marie Cousin, issus de la petite-bourgeoisie. Ses premières années se passent à Saint-Denis, avant que sa famille ne s'installe à Paris en 1908, au 43, rue Louis-Blanc.

Il suit les cours de l’école communale d’Aulnay-sous-Bois, après avoir fréquenté celle de sa ville natale, puis entre comme boursier à l’École municipale supérieure Colbert. Il obtient son brevet en 1912. Cependant, sa scolarité est perturbée par une santé fragile.

En juillet 1912, victime d’une crise hémoptysique, il est contraint à un séjour prolongé à la montagne, et reste au sanatorium de Clavadel près de Davos jusqu’en février 1914. C'est là qu'il rencontre Helena Dimitrovnie Diakonova, dite Gala (1894-1982), une étudiante russe en exil, qui deviendra sa muse et sa première épouse. Gala l'initie à la poésie et devient sa muse. Cette rencontre marque le début de son intérêt pour la poésie amoureuse.

En décembre 1914, il est mobilisé mais, une fois encore, sa santé fragile se manifeste et l’oblige à rentrer. Il est désigné pour le service auxiliaire. Bientôt affecté à la 22e section d’infirmiers militaires, puis en août 1916 à l’hôpital militaire d’évacuation n° 18 à Hargicourt (Somme), il est le témoin bouleversé des souffrances des blessés et des horreurs de la guerre. Gagné par les idées pacifistes et libertaires, il lit Le Bonnet rouge d’Almereyda et Le Canard enchaîné.

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Le 21 février 1917, devenu majeur et éloigné du front, Paul Éluard épouse Gala, au cours d’une permission. En mai 1917 il est évacué, hospitalisé, puis définitivement affecté au service auxiliaire. En février 1917 paraissait sous le nom de Paul Éluard Le Devoir et l’Inquiétude, par les soins de son ami l’éditeur et relieur d’art J. Gonon, disciple de Zo d’Axa. En juillet 1918, il fait imprimer ses Poèmes pour la Paix qu’il envoya à de nombreux écrivains.

Ces expériences, notamment la guerre, le marquent profondément et influencent ses premiers écrits.

Dadaïsme et Surréalisme (1919-1938)

Démobilisé en 1919, Paul Éluard se retrouve très vite aux côtés de Tristan Tzara et de ses amis, Aragon, Breton et Soupault qui venaient de faire paraître Littérature ; un de ses poèmes paraissait dans le numéro 3. P. Éluard fondait en février 1920 sa propre revue, Proverbe et participait, à partir de mai 1920, au mouvement Dada et à certaines de ses manifestations. Il collaborait au Cœur à barbe de Tzara mais, en juillet 1923, il rompait avec Tzara.

Il entre en contact avec les figures du mouvement Dada et participe activement à ses manifestations. En 1924 Éluard disparaissait pour une longue course autour du monde qui durera jusqu’en octobre. Il publiait Mourir de ne pas mourir, dédié à André Breton. Il prend part, par la suite, au surréalisme.

Éluard approuva cependant de nombreuses déclarations surréalistes, comme celle du 27 janvier 1925 ; il participa également à des manifestations comme celle du banquet Saint-Pol-Roux (juillet 1925). Il fut un des signataires du manifeste « La Révolution d’abord et toujours » (La Révolution surréaliste, 15 octobre 1925) qui, après l’action commune que les surréalistes avaient menée avec la revue Clarté au moment de la guerre du Rif, exprimait le ralliement des surréalistes à la conception marxiste de la révolution et le désir de collaboration des deux groupes. Éluard écrivit dans la revue Clarté à laquelle il donna notamment une triple chronique intitulée « L’intelligence révolutionnaire » (octobre-novembre-décembre 1926, 15 janvier 1927, 15 février 1927).

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En 1926, Éluard suivait Breton dans son évolution politique et adhérait avec lui au Parti communiste en même temps qu’Aragon, Péret et Unik. La brochure Au Grand Jour (1927) essayait de dissiper les malentendus que cette adhésion suscitait, tant du côté surréaliste que du côté communiste. Affecté à une cellule de traminots, Éluard ne fut guère plus à l’aise que Breton dans le Parti.

Cette période est marquée par une intense activité créatrice et une exploration des thèmes de l'amour, du rêve et de l'inconscient. En 1928 Gala le quitte pour le peintre Salvador Dalì. En 1929, Éluard publiait L’amour la poésie, dédié à Gala. Il se liait avec René Char qui adhérait bientôt au mouvement et il suivait Breton dans le tournant qu’il imprimait au mouvement surréaliste, approuvait le Second Manifeste du Surréalisme (décembre 1929) et la transformation de La Révolution surréaliste en Le Surréalisme au service de la Révolution (juillet 1930). Il rencontrait Nush (de son vrai nom Maria Benz). En 1930, Éluard et Breton publiaient L’Immaculée Conception, éblouissant recueil de poèmes en prose.

En 1934, il épouse Maria Benz, qu'il surnomme Nusch. Pendant ce temps, il voyage, en tant que poète ambassadeur du surréalisme.

Cependant, des divergences idéologiques et personnelles conduisent à sa rupture avec le mouvement surréaliste en 1938. Au congrès international des Écrivains pour la défense de la culture (juin 1935), les surréalistes exclus du congrès en raison de divers incidents, n’y furent admis qu’en raison du suicide de Crevel le 18 juin, la veille de l’ouverture ; le discours de Breton fut lu par Éluard le 25 juin dans une petite salle, à une heure tardive (dans le compte rendu des travaux du congrès publié par Monde de Barbusse, on pouvait lire qu’« Éluard se prononça contre le pacte franco-soviétique et contre une collaboration culturelle entre la France et l’URSS »). Éluard suivait Breton dans sa rupture avec le communisme de la IIIe Internationale et la Russie de Staline et il signait en août 1935 le tract collectif « Du temps que les surréalistes avaient raison », qui marquait la rupture définitive entre le groupe surréaliste et le PC. Éluard se retrouvait à Contre-Attaque (octobre 1935) dont il signait le manifeste (« Union de lutte des intellectuels révolutionnaires »).

Engagement Politique et Résistance (1926-1945)

Sur un plan militant, Éluard participait activement avec Louis Aragon à la préparation de l’Exposition anticoloniale des communistes (1931). Pour avoir notamment signé ce tract, Éluard est parfois présenté comme ayant été exclu du PC en juillet 1933. Il semble plutôt avoir cessé de participer à la vie de sa cellule. Il démissionna de l’AEAR en 1933 à la suite de l’exclusion d’André Breton (Breton, Entretiens, p.

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Au lendemain du ralliement de L. Aragon aux thèses du congrès de Karkhov et de sa rupture avec le surréalisme, Éluard participa à la rédaction de la brochure Paillasse ! (Fin de « l’Affaire Aragon ») en mars 1932. Il décerna à son ancien camarade un « Certificat » qui est un des textes les plus durs qui ait été écrit sur l’évolution politique d’Aragon (Éluard et Aragon se réconcilieront au moment de la Résistance).

En 1926 Paul Eluard avec Louis Aragon et André Breton entre au parti communiste français et prend position contre le fascisme. Exclus du parti communiste en 1933 comme les autres surréalistes, il continue sa lutte en faveur des révolutions. Il voyage dans toute l’Europe soumise à des régimes fascisants.

Mobilisé dès septembre 1939 dans l’intendance, en juin 1940 il s’installe avec Nusch à Paris. Pendant la période de l’occupation allemande, Paul Éluard fait partie de la résistance. Il participe à la littérature clandestine à la tête du Comité national des écrivains zone Nord. Il continue à publier jusqu’à la libération en 1945. En 1942 est également l’année où P. Éluard demanda sa réintégration dans le Parti communiste alors dans l’illégalité. Il entra dans la clandestinité et Édith Thomas le mit en rapport avec P. de Lescure, fondateur avec Vercors, des Éditions de Minuit. Éluard constitua le Comité national des Écrivains pour la zone Nord : les poèmes de Poésie et Vérité connurent un grand succès et des exemplaires publiés par les Éditions de la revue Fontaine à Alger, en furent parachutés dans les maquis par la RAF. Pour le 14 juillet 1943 les Éditions de Minuit clandestines publiaient la première anthologie des « Poètes de la Résistance », rassemblée par J. Lescure et P. Éluard sous le titre L’Honneur des Poètes ; Éluard, sous le pseudonyme de Maurice Hervent y publia plusieurs poèmes et ce fut lui qui écrivit le texte liminaire du recueil. En décembre 1943, Éluard faisait paraître, sous le pseudonyme de Jean du Haut, Les Sept poèmes d’amour en guerre, imprimé clandestinement à Saint-Flour. De novembre 1943 à février 1944, il dut se cacher à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban en Lozère où l’abrita le docteur Lucien Bonafé. En février 1944, Éluard retourna à Paris et y prépara un second tome de L’Honneur des poètes (Europe) qui parut le 1er mai. En juin, il créa avec Louis Parrot L’Éternelle Revue. Les armes de la douleur, écrit par Éluard et publié sous son nom pour la libération de Toulouse, parurent sous l’égide du Comité national des Écrivains, tandis que les Francs-Tireurs et Partisans français du Lot publiaient pour la libération de Cahors, une édition de Liberté, avec le nom du poète.

Son poème "Liberté", écrit en 1942, devient un symbole de la résistance et est diffusé clandestinement. En avril 1942, son poème « Liberté » paraît dans le recueil Poésie et vérité (1942) avant d’être repris à Londres par la revue La France libre. Le texte est alors parachuté à des milliers d'exemplaires par des avions britanniques au-dessus du sol français. Cette ode à la liberté face à l’occupation allemande reste une pièce majeure de la poésie française.

Après-Guerre et Dernières Années (1945-1952)

Les deux années qui allaient s’écouler après la Libération furent pour Éluard des années de création poétique intense : Une longue réflexion amoureuse (1945), Poésie ininterrompue (1946), Le dur désir de durer (1946). En janvier 1946, il entra au Comité directeur d’Europe ; en avril, il se rendit en Tchécoslovaquie où il prononça plusieurs conférences (« La poésie au service de la vérité », « La poésie française contemporaine ») ; il se rendit ensuite en Italie, à Milan et à Rome, puis parcourut la Yougoslavie et la Grèce.

Cependant, sa vie personnelle est marquée par la tragédie avec la mort de Nusch en 1946. Le 28 novembre 1946, Nusch meurt d’une hémorragie cérébrale. La mort de Nush, sa femme, en novembre 1946, le plongea dans le désespoir (Le Temps déborde). Corps mémorable (1947) était écrit « après le plus grand abandon ».

Il assista avec Picasso, F. Léger, I. Joliot-Curie, Vercors, au congrès mondial de la Paix réuni à Wroclaw (Pologne) en août 1948. En avril 1949, il participa au congrès de Paris, comme délégué du Conseil mondial de la Paix. Ses Poèmes politiques, traduisant son engagement au sein du Parti depuis 1944, avaient paru en 1948, avec une préface d’Aragon. Le recueil s’ouvrait sur un texte, « De l’horizon d’un homme à l’horizon de tous », expression du drame personnel d’Éluard ; on pouvait y lire « La Grèce en tête », dédié à Markos, « Dans Varsovie la ville fantastique », ou « À Paul Vaillant-Couturier ». Fin mai début juin 1949, Éluard voyagea en Grèce avec Yves Farge et il passa quelques jours auprès de partisans grecs du Mont Grammos ; de leurs tranchées, il s’adressa aux soldats gouvernementaux les adjurant de ne plus combattre les partisans ; son appel fut traduit en grec et diffusé par porte-voix (voir Œuvres complètes, II, Bibl. de la Pléiade, p. 905 sous le titre « Fils de Grèce… » ; paru antérieurement dans Europe, juillet 1949). Le poème Athena qu’il avait écrit en 1944 fut édité en tract au profit de la Grèce démocratique. Il publiait de nouveaux poèmes, Grèce ma rose de raison (1949).

Il retrouve l'amour avec Dominique Lemort, qu'il épouse en 1951. En septembre 1949, il partit pour Mexico comme délégué du conseil mondial de la paix ; il y rencontra Dominique Lemor avec laquelle il revint et qu’il épousera en 1951. En 1950, il publiait Hommage aux martyrs et aux combattants du ghetto de Varsovie. Il se rendit avec Dominique en avril en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Bulgarie, puis en URSS où il assista aux fêtes du Premier Mai en tant que délégué de l’association France-URSS. Il avait écrit un poème sur Staline à l’occasion du 70e anniversaire de celui-ci. Ce poème (« Joseph Staline ») figura dans Hommages (1950) ainsi que « 12e congrès » (écrit pour le congrès d’avril 1950 du PCF à Gennevilliers), poème à la gloire de Maurice Thorez (qui figura aussi dans Poèmes pour tous) et que « l’URSS seule promesse ». En octobre 1951, il publiait Le visage de la paix, avec 29 lithographies de Picasso.

Il continue de militer pour la paix et la justice sociale. De plus en plus engagé au sein du PC, Éluard opposa une fin de non-recevoir à la lettre ouverte que Breton lui adressa le 13 juin 1950 pour lui demander d’intervenir en faveur du journaliste tchèque Zavis Kalandra, condamné à mort (le texte de Breton est reproduit dans La Clé des Champs). Éluard participait aux manifestations de propagande du Parti, notamment aux Batailles du Livre.

Paul Éluard meurt d'une crise cardiaque le 18 novembre 1952 à Charenton-le-Pont.

Principales Œuvres

  • 1917 : le Devoir et l'inquiétude.
  • 1918 : Poèmes pour la paix.
  • 1920 : les Animaux et leurs hommes. Les hommes et leurs animaux.
  • 1924 : Mourir de ne pas mourir.
  • 1926 : Capitale de la douleur.
  • 1928 : Défense de savoir.
  • 1929 : l'Amour, la poésie.
  • 1932 : la Vie immédiate.
  • 1934 : la Rose publique.
  • 1935 : Nuits partagées.
  • 1936 : les Yeux fertiles.
  • 1937 : les Mains libres.
  • 1939 : Donner à voir.
  • 1942 : Poésie et Vérité.
  • 1944 : Au rendez-vous allemand.
  • 1946 : Poésie ininterrompue. le Dur Désir de durer.
  • 1947 : Le temps déborde. (sous le pseudonyme de Didier Desroches). Corps mémorable. (sous le pseudonyme de Brun).
  • 1948 : Poèmes politiques.
  • 1949 : Une leçon de morale.
  • 1951 : le Phénix. Tout dire.
  • 1953 : Poésie ininterrompue. (tome II).
  • 1964 : le Poète et son ombre.

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