Loading...

L'Évolution de la Danse Doudou et de la Danse Urbaine : Histoire, Culture et Transnationalisation

Introduction

L'histoire de la danse, en particulier celle de la danse doudou et de la danse urbaine, est un récit riche en transformations culturelles, en appropriations et en expressions identitaires. Cet article explore l'évolution de ces formes de danse, en s'appuyant sur des exemples concrets et des analyses socio-anthropologiques. De l'émergence des discothèques à Paris à la diffusion transnationale du sabar, en passant par l'affirmation de l'internationalisme noir, nous examinerons comment la danse façonne et est façonnée par les sociétés.

L'Émergence des Discothèques et l'Essor des Danses Urbaines

À la fin des années 1970, un phénomène culturel majeur émerge : le développement de la fréquentation des discothèques. Cette évolution, largement ignorée par les études sociologiques de l'époque, marque un tournant dans les pratiques culturelles des Français. Les enquêtes sur les pratiques culturelles des Français ne prennent en compte la « sortie en boîte » qu'à partir de 1989, dans la catégorie des « fréquentations des spectacles ». Ces lieux de danse, qui se multiplient à Paris et dans sa banlieue, deviennent des espaces d'expression et de socialisation pour une nouvelle génération.

C'est dans ce contexte que les danses urbaines, telles que le hip-hop et la street dance, commencent à gagner en popularité. Ces danses, souvent associées à la culture noire américaine (R&B, funk, ragga), séduisent particulièrement les adolescents et les jeunes adultes.

L'Exemple du Studio Urban Dance de Sabrina Declomesnil

Sabrina Declomesnil, alias "Doudou", illustre parfaitement cet engouement pour les danses urbaines. Après 22 ans d'enseignement à la maison de quartier de La Dollée, elle ouvre son propre studio de danse, Urban Dance, à Saint-Lô. Son studio propose des cours de hip-hop, une danse technique axée sur les figures, et de street dance, une danse plus libre inspirée par des artistes comme Rihanna et Beyoncé.

L'école de danse de Sabrina est une association qui accueille des élèves de tous âges et de tous niveaux, des débutants aux danseurs confirmés. Les cours pour adultes ont lieu en soirée, du lundi au jeudi, offrant ainsi une opportunité de pratiquer la danse après le travail ou les études. En fin d'année, les élèves présentent leur travail lors d'un spectacle, témoignant de leur progression et de leur passion pour la danse.

Lire aussi: Maternité et Ballet

La Transnationalisation du Sabar : Entre Tradition et Modernité

Le sabar, une danse et un instrument de musique traditionnels du Sénégal, offre un autre exemple fascinant de la manière dont la danse traverse les frontières et s'adapte à de nouveaux contextes culturels. Initialement associé à l'ethnie wolof et à la caste des griots, le sabar s'est diffusé hors du Sénégal à partir des années 1970, grâce à des artistes en migration et à des musiciens de mbalax comme Youssou N'Dour.

Le Sabar en Europe : Transmission et Appropriation

En Europe, le sabar est enseigné dans des studios de danse et des gymnases, souvent sous l'appellation générique de "danse africaine". Les premiers danseurs sénégalais arrivés en Europe dans les années 1980 enseignaient principalement des répertoires mandingues ou guinéens, car le sabar était perçu comme difficilement transmissible aux Occidentaux.

Un changement s'opère à la fin des années 1990 et au début des années 2000, avec l'arrivée d'un nombre croissant de danseurs et de musiciens de sabar en Europe. Ces artistes, souvent issus de familles de griots ou ayant une expérience dans de grands ballets, basent leur légitimité sur leur origine et leur connaissance de la culture sénégalaise. Ils rencontrent un public européen passionné par les danses africaines, et un marché spécifique se développe, avec des stages, des cours de danse et des festivals dédiés au sabar.

Les Défis de la Transmission et les Frontières Identitaires

La transmission du sabar en Europe soulève des questions complexes liées à l'identité, à la race et aux rapports de pouvoir. Certains enseignants insistent sur l'importance de respecter la tradition et de préserver l'authenticité du sabar, tandis que d'autres adoptent une approche plus ouverte et créative, en adaptant la danse aux sensibilités et aux attentes des élèves européens.

Des polémiques peuvent également surgir, notamment sur le plan économique, avec des inégalités et des rapports de force entre les danseurs africains et les institutions européennes. Ces tensions révèlent que, malgré l'apparente ouverture et l'inclusion de l'altérité, des frontières exclusives persistent dans le domaine de l'enseignement du sabar.

Lire aussi: Moulin Roty et "La petite école de danse"

L'Internationalisme Noir et l'Affirmation des Identités

L'histoire de la danse est également liée à l'affirmation des identités noires et à la lutte contre le racisme et la discrimination. Au début du XXe siècle, des figures comme Paulette Nardal et ses sœurs ont joué un rôle essentiel dans la promotion de la culture noire et dans la création d'un espace de dialogue et d'échange entre les intellectuels noirs des trois continents.

Le Salon des Sœurs Nardal et la Revue du Monde Noir

Dans les années 1920 et 1930, les sœurs Nardal animent un salon littéraire à Clamart, près de Paris, où se rencontrent des écrivains, des artistes et des militants noirs venus d'Afrique, des Amériques et d'Europe. Ce salon devient un foyer de l'internationalisme noir, un mouvement qui vise à créer des liens intellectuels et moraux entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité.

En 1931, Paulette Nardal co-fonde La Revue du monde noir, une revue littéraire qui publie des textes d'auteurs noirs de différentes origines. La revue promeut la culture noire, étudie la civilisation nègre et les richesses naturelles de l'Afrique, et encourage la solidarité et la fraternité entre les Noirs du monde entier.

La Danse comme Expression de la Conscience de Race

Paulette Nardal et sa sœur Jane considèrent la musique et la danse comme des moyens d'expression de la conscience de race et de la fierté d'être noir. Elles mettent en avant les talents des artistes noirs dans le domaine de la musique et de la danse, et critiquent les représentations stéréotypées et exotiques des Noirs dans la culture populaire.

Jane Nardal souligne que, grâce à la multiplication des manifestations autour de "l'art nègre" à Paris, un "esprit de race" est en train de naître chez le nègre. Elle affirme qu'il y a désormais "quelque intérêt, quelque originalité, quelque fierté à être nègre, à se retourner vers l'Afrique, berceau des nègres, à se souvenir d'une commune origine".

Lire aussi: Doudou Danseuse Étoile pour Enfant

La Danse Contemporaine : Innovations et Collaborations

La danse contemporaine, avec ses explorations et ses collaborations audacieuses, offre un autre terrain fertile pour l'innovation et l'expression artistique. Des chorégraphes comme Gilles Jobin, Edmond Russo et Shlomi Tuizer repoussent les limites de la danse et créent des œuvres qui interrogent le corps, l'identité et la société.

Les Prototypes Chorégraphiques et les Dialogues

Le Centre Chorégraphique National du Havre Haute-Normandie, sous la direction de Gilles Jobin, a développé une série de "prototypes chorégraphiques" qui explorent différents aspects de la création en danse, tels que les espaces propices à l'apparition du chorégraphique, la présence vocale dans la partition chorégraphique, la citation comme paradigme à la construction chorégraphique, et la question du corps dansant virtuose ou amateur.

Edmond Russo et Shlomi Tuizer, avec leur compagnie Affari Esteri, collaborent avec des artistes d'horizons différents et mettent en avant les résonances entre l'individu et le collectif. Leurs pièces, présentées dans de nombreux théâtres et festivals en France et à l'étranger, explorent des thèmes tels que la mémoire, l'identité et la relation à l'autre.

L'Importance de la Transmission et de la Formation

La transmission et la formation sont des éléments essentiels pour le développement de la danse contemporaine. Des danseurs et des pédagogues comme Jean-Christophe Paré, Constance et Iris Brocchini s'investissent dans la formation des jeunes danseurs et dans la recherche de nouvelles voies d'exploration du travail de l'interprétation.

Ces artistes, issus de formations diverses (Ballet de l'Opéra national de Paris, CNSMDP, CNDC d'Angers), apportent leur expérience et leur sensibilité à la création et à la transmission de la danse contemporaine. Ils encouragent les jeunes danseurs à développer leur propre singularité artistique et à s'engager dans des projets créatifs et collaboratifs.

tags: #danseuse #doudou #urban #dance #histoire

Articles populaires:

Share: