Introduction
Le Covid long, ou affection post-Covid-19, se caractérise par une série de symptômes persistants qui apparaissent généralement dans les trois mois suivant l’infection initiale. Alors que le Covid long touche entre 3 et 7 % de la population mondiale, avec une prévalence deux fois plus élevée chez les femmes, différentes études ont mis en évidence des troubles du cycle menstruel chez certaines patientes. Cet article explore la relation complexe entre le Covid long et les perturbations menstruelles, en s'appuyant sur des études récentes et des données scientifiques.
Perturbations Menstruelles Associées au Covid Long
Plusieurs études ont révélé que les femmes atteintes de COVID présentent des perturbations du cycle menstruel, les plus récurrentes étant des saignements abondants et une modification de la longueur du cycle menstruel. Une étude approfondie a révélé que les femmes atteintes de COVID long présentent une augmentation significative du volume menstruel, de la durée des règles et des saignements intermenstruels par rapport aux femmes n’ayant jamais été infectées. En revanche, les femmes guéries après un Covid de durée standard ont déclaré beaucoup moins de perturbations menstruelles.
Symptômes Exacerbés Pendant Certaines Phases du Cycle
Les symptômes quotidiens du Covid long, tels que la fatigue, les maux de tête, les difficultés respiratoires et les douleurs musculaires, peuvent s'intensifier en phase prémenstruelle, mais aussi pendant et juste après les règles. Cela s’explique par le fait que le cycle menstruel ne se limite pas à des variations hormonales : il s’accompagne également de fluctuations du système immunitaire. La phase menstruelle correspond à un état inflammatoire physiologique accru, susceptible d’exacerber des symptômes inflammatoires déjà présents chez les personnes atteintes de Covid long.
Mécanismes Physiologiques Impliqués
Les mécanismes à l’origine de ces perturbations suivent deux pistes physiologiques :
- Un dysfonctionnement au niveau de la fonction ovarienne
- Une dérégulation du système immunitaire et de l’inflammation
Aujourd’hui, les résultats tendent à confirmer la piste inflammatoire et infirmer la piste ovarienne. Une équipe franco-britannique, menée par une chercheuse française du CNRS, aurait ainsi découvert qu’une « réaction inflammatoire » est à l’origine de cette corrélation entre cycle menstruel et Covid long. C’est « la découverte d’amas de cellules immunitaires dans l’endomètre des patientes suivies » qui a permis cette découverte. En revanche, aucune anomalie des hormones ovariennes n’a été détectée.
Lire aussi: Allaitement et vaccin COVID
Rôle des Androgènes et de l'Inflammation
Les analyses ont révélé des taux plus élevés de 5α-dihydrotestostérone, un androgène, et des taux plus faibles des récepteurs aux androgènes endométriaux chez les patientes atteintes de COVID long. Une augmentation de ces hormones pourrait expliquer des saignements menstruels plus abondants chez les femmes atteintes de Covid long. De plus, les niveaux d’inflammation observés dans le sang étaient plus élevés chez les femmes souffrant d’un Covid long, ce qui pourrait également contribuer à des saignements problématiques et influencer la gravité des symptômes pendant les règles.
Études et Méthodologies
Plusieurs études ont permis d'établir ces liens.
- Une enquête en ligne sur la santé reproductive et la COVID au Royaume-Uni a été menée auprès de 12 187 participants, dont 9 423 n’ayant jamais eu la COVID, 1 716 ayant eu une forme aiguë de COVID et 1 048 ayant un COVID long.
- Une étude longitudinale prospective a suivi 54 femmes atteintes de COVID long pour examiner les symptômes durant leur cycle menstruel, avec une surveillance quotidienne de 29 symptômes communs.
- Des analyses approfondies du sérum et de l’endomètre ont été effectuées chez des femmes atteintes d’un COVID long et chez des femmes témoins à 3 phases du cycle menstruel pour évaluer les hormones ovariennes et les marqueurs inflammatoires.
Ces études ont permis d'évaluer l'association entre le COVID long et les saignements utérins anormaux, l'augmentation des symptômes du COVID long avant et pendant les menstruations, et les altérations potentielles de la production d'hormones sexuelles ovariennes ou de la réponse inflammatoire.
Impact sur la Fertilité
À ce jour, aucune donnée ne suggère que le Covid long, le Covid ou encore la vaccination n’affectent la fertilité des femmes.
Vaccins contre la Covid-19 et Troubles Menstruels
Alors que la vaccination visant à lutter contre la covid‑19 a été ouverte à tous les adultes le 31 mai 2021, des troubles menstruels ont été signalés comme des effets indésirables de ce produit dès l’été 2021. Le Collège national des gynécologues obstétriciens s’est montré « plutôt favorable à [pointer] l’existence d’un lien entre la vaccination et l’apparition de troubles menstruels ». L’Agence du médicament a d’ailleurs invité les femmes victimes de tels troubles menstruels à déclarer tout effet secondaire sur le portail du ministère chargé de la Santé.
Lire aussi: En savoir plus sur l'allaitement pendant la pandémie
Les troubles mentionnés visent essentiellement des jeunes femmes et des femmes approchant le stade de la ménopause. D’août 2021 au 4 novembre 2021, la deuxième analyse menée sur la décision du comité de suivi de pharmacovigilance contre la Covid‑19 de l’ANSM a révélé que sur les 3 870 cas d’effets indésirables déclarés, 78 % concernaient des femmes entre 18 et 30 ans et que 2,3 % des cas déclarés étaient tenus pour « graves ». En avril 2022, les centres de pharmacovigilances faisaient état de 9 381 déclarations de troubles du cycle concernant le vaccin Pfizer (avec 58 millions d’injections) et 1 557 pour le vaccin Moderna (pour 12 millions d’injections).
Une étude américaine publiée par la revue scientifique Science Advances, qui a sondé 35 000 femmes, notait que 42 % des femmes interrogées avaient des saignements plus abondants et que 66 % des femmes ménopausées avaient eu un retour de saignements après la vaccination.
Anomalies Temporaires et Bénignes
Une étude a mis en évidence une augmentation de l’incidence de saignements menstruels anormalement abondants, nécessitant une hospitalisation, entre 1 et 3 mois après une primovaccination par un vaccin à ARN, Comirnaty® ou Spikevax®. Cette augmentation n’est pas retrouvée après les injections de rappel des mêmes vaccins. Les anomalies observées semblent très temporaires et le plus souvent bénignes, avec un retour spontané à la normale. D’autres anomalies du cycle menstruel, généralement sans gravité (retards et absence ponctuelle de règles, douleurs) pourraient également être la conséquence de l’utilisation de ces vaccins.
Pistes de Traitements et Importance de la Santé Spécifique des Femmes
Les recherches soulignent l’importance de prendre en compte la santé spécifique des femmes. Dans le cas du Covid long, deux pistes principales se dégagent : l’une liée aux hormones androgènes, comme la testostérone, et l’autre liée à l’inflammation. Il est nécessaire d’identifier rapidement les troubles menstruels et de proposer un traitement aux femmes concernées.
Limitations des Études
Il est important de noter que les chercheurs reconnaissent plusieurs limitations importantes dans ces études. Le recrutement pour l’enquête et les rapports rétrospectifs des symptômes peuvent introduire des biais. Les participantes étaient principalement des femmes d’origine caucasienne et instruites, ce qui reflète celles ayant la capacité de participer à de telles enquêtes. Les femmes issues de minorités ethniques et de groupes socioéconomiques inférieurs font face à des défis supplémentaires ne favorisant pas leur participation. Les auteurs conseillent donc la prudence lors de l’extrapolation des résultats à différentes populations.
Lire aussi: En savoir plus : Recommandations pédiatriques COVID-19
tags: #covid #et #cycle #menstruel #études