La pandémie de COVID-19 a posé des défis sans précédent aux systèmes de santé du monde entier, obligeant à une réévaluation des parcours de soins et des priorités médicales. Si la relation directe entre le COVID-19 et la colique néphrétique n'est pas encore pleinement établie, des liens indirects sont possibles et méritent une attention particulière. Cet article explore les liens potentiels entre le COVID-19 et les problèmes rénaux, les facteurs de risque de la colique néphrétique, les stratégies de prévention et l'impact à long terme du COVID-19 sur la santé rénale.
L'Impact du COVID-19 sur le Système Rénal
Le SARS-CoV-2, responsable du COVID-19, est un virus complexe avec un large éventail de symptômes. Bien que les symptômes respiratoires soient les plus courants, des études ont montré que le virus peut également affecter les reins.
Atteinte Rénale et COVID-19
Plusieurs études ont mis en évidence la présence du virus dans les urines et au niveau rénal. L'équipe de Wuhan a constaté qu'une protéinurie (présence de protéines dans les urines) est fréquente dans les premiers stades de la maladie chez les patients hospitalisés. Ils ont également observé une augmentation de la créatininémie (taux de créatinine dans le sang), indiquant une possible atteinte aiguë de la fonction rénale. D'autres équipes chinoises, ainsi que le Dr Brad Rovin de l'université d'État de l'Ohio, ont confirmé l'impact du coronavirus sur la fonction rénale, même chez les patients sans antécédents de maladie rénale.
Impact sur le Système Immunitaire et les Maladies Rénales
Le SARS-CoV-2 affecte profondément le système immunitaire, induisant une réponse inflammatoire systémique qui peut endommager divers organes, y compris les reins. Cette réponse immunitaire exacerbée, caractérisée par une tempête de cytokines, peut entraîner une atteinte rénale aiguë (IRA) chez certains patients. Des études ont montré une corrélation entre la gravité de l'infection au COVID-19 et le risque de développer une IRA. De plus, le virus peut directement infecter les cellules rénales, contribuant à la lésion rénale. L'impact à long terme du COVID-19 sur la fonction rénale reste encore à approfondir, mais des recherches suggèrent un risque accru de maladies rénales chroniques (MRC) chez les patients ayant souffert d'une forme sévère de la maladie.
Coagulopathies et Complications Thrombotiques
Le COVID-19 est associé à un risque accru de troubles de la coagulation, notamment de coagulopathies et de complications thrombotiques. Ces manifestations sont liées à une activation anormale du système de coagulation, induite par l'infection virale. Le SARS-CoV-2 peut directement interagir avec les cellules endothéliales, favorisant l'activation des plaquettes et la formation de thrombi. L'inflammation systémique associée au COVID-19 contribue également à ce processus, augmentant la viscosité sanguine et le risque de thrombose. Ces complications thrombotiques peuvent toucher différents organes, incluant les reins, entraînant une ischémie rénale et une altération de la fonction rénale.
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COVID-19 Long et Complications Rénales
Le Covid-19 long peut entraîner des complications rénales à long terme. Une surveillance médicale est nécessaire pour détecter et traiter précocement toute atteinte rénale persistante, incluant une évaluation de la fonction rénale et la recherche de protéines dans les urines. Des recherches sont en cours pour mieux comprendre et traiter ces complications.
Colique Néphrétique : Un Aperçu
La colique néphrétique est une douleur intense causée par un calcul rénal qui bloque les voies urinaires. Les calculs rénaux se forment lorsque certaines substances présentes dans l'urine se cristallisent et s'accumulent dans les reins ou la vessie.
Symptômes et Diagnostic
Les coliques néphrétiques provoquent des douleurs très intenses, voire insupportables, se propageant du milieu du dos vers l’aine, parfois accompagnées de nausées et de vomissements. Une colique néphrétique (en dehors du contexte de femme enceinte) devra être authentifiée par un scanner (Se 93,1 % Sp 96,6 %) [7] en raison de sa valeur diagnostique supérieure à celle de l’échographie qui nécessite de plus la présence sur place d’un radiologue et dont l’accès a été limité dans de nombreux centres.
Facteurs de Risque de la Colique Néphrétique
Plusieurs facteurs augmentent le risque de colique néphrétique. Une déshydratation importante, un régime alimentaire pauvre en eau et riche en certains nutriments (oxalate, calcium), des antécédents familiaux, certains médicaments et infections urinaires sont des facteurs clés.
Déshydratation et Régime Alimentaire
La déshydratation est un facteur de risque majeur de colique néphrétique. Lorsque l'organisme manque d'eau, l'urine devient plus concentrée, favorisant la formation de cristaux et la précipitation de sels minéraux. Le régime alimentaire joue également un rôle crucial. Une alimentation riche en aliments contenant de l'oxalate (épinards, rhubarbe, chocolat) ou du calcium peut favoriser la formation de calculs calciques. De même, une alimentation riche en protéines animales peut augmenter l'acidité de l'urine et favoriser la formation de calculs d'acide urique.
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Antécédents Familiaux et Facteurs Génétiques
Les antécédents familiaux de colique néphrétique constituent un facteur de risque significatif. Ceci suggère une composante génétique importante dans la susceptibilité à la formation de calculs. Plusieurs gènes ont été associés à un risque augmenté de colique néphrétique, influençant différents aspects du métabolisme minéral.
Médicaments et Infections Urinaires
Certains médicaments peuvent augmenter le risque de colique néphrétique. Les diurétiques thiazidiques, fréquemment utilisés pour traiter l'hypertension artérielle, sont connus pour diminuer l'excrétion urinaire de calcium, ce qui peut favoriser la formation de calculs calciques. De même, certains antiacides contenant du calcium peuvent contribuer à l'augmentation de la concentration de calcium dans l'urine. Les infections urinaires peuvent également jouer un rôle dans la formation de calculs rénaux. Une infection urinaire persistante ou récurrente peut créer un environnement propice à la précipitation des sels minéraux.
Prévention et Gestion de la Colique Néphrétique en Période de COVID-19
Devant une crise dont la durée et l’évolution restent indéterminées, la prévention lithiasique (conseils diététiques, …) doit être poursuivie afin de limiter les risques de récidive. Cependant, la réalisation des bilans métaboliques qui a été arrêtée durant la phase critique de l’épidémie ainsi que le confinement devra être reconsidérée avec leur allègement, notamment pour les patients à fort risque de récidive.
Prévention de la Colique Néphrétique
La prévention repose sur une hydratation suffisante, une alimentation équilibrée, la gestion des facteurs de risque (antécédents familiaux, médicaments…), et un suivi médical régulier incluant des analyses d'urine. Une bonne hygiène de vie est primordiale.
Hydratation et Alimentation Équilibrée
L'hydratation joue un rôle crucial dans la prévention de la colique néphrétique. Une consommation quotidienne suffisante de liquides, principalement d'eau, permet de diluer l'urine, réduisant ainsi la concentration des substances minérales qui peuvent former des calculs. Il est recommandé de boire au moins deux litres d'eau par jour, et davantage en cas de forte transpiration ou d'activité physique intense. Un régime alimentaire équilibré, riche en fruits et légumes, est également conseillé, en limitant la consommation d'aliments riches en oxalate et en protéines animales.
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Gestion des Facteurs de Risque
La gestion efficace des facteurs de risque est primordiale pour prévenir la colique néphrétique. Pour les individus ayant des antécédents familiaux de calculs rénaux, une surveillance médicale régulière est essentielle. La prise de certains médicaments, comme les diurétiques thiazidiques, peut augmenter le risque de calculs rénaux ; la discussion avec un médecin est cruciale pour évaluer le rapport bénéfice/risque et envisager des alternatives thérapeutiques si nécessaire. Le traitement rapide et efficace des infections urinaires est également important.
Surveillance Médicale et Dépistage
Une surveillance médicale régulière est essentielle pour la prévention de la colique néphrétique, particulièrement chez les personnes à risque. Des analyses d'urine périodiques permettent de détecter la présence de cristaux ou de substances susceptibles de former des calculs, permettant une intervention précoce. Des examens d'imagerie, comme les radiographies abdominales ou les échographies rénales, peuvent être utilisés pour détecter la présence de calculs rénaux existants ou pour évaluer l'état des reins.
Adaptation des Pratiques Urologiques pendant la Pandémie
La pandémie de COVID-19 a nécessité une adaptation des pratiques urologiques pour assurer la sécurité des patients et des soignants.
Gestion des Urgences et des Consultations
En France, 1 à 2 % des motifs de consultations aux urgences sont liées aux calculs urinaires [1]. Durant l’épidémie de COVID19 on réduira au maximum les consultations physiques pour bilan initial ou de suivi de SBAU liés à l’HBP non compliquée. Le traitement médical des HBP sans complications doit être privilégié, la réévaluation par téléconsultation après 4 à 6 semaine est suffisante. En cas d’échec du traitement médical, le recours à la chirurgie est différable. Il faut privilégier un drainage chronique des urines en attendant une prise en charge chirurgicale. La prise en charge de cette complication ne souffre aucun retard. Elle devra se faire conformément aux recommandations de prise en charge des infections urinaires masculines à risque de complication. La prise en charge sera ambulatoire avec suivi par téléconsultation autant que possible.
Procédures et Interventions
Les extractions de calcul par urétéroscopie sont à préférer à la lithotripsie extracorporelle (LEC) durant cette crise sanitaire en raison des risques de colique néphrétique pouvant survenir en post traitement et de l’élimination incertaine des fragments. La surveillance (Figure 1) des patients lithiasiques, en l’absence de complication, peut être éventuellement effectuée en téléconsultation afin de limiter la fréquentation des établissements de santé notamment s’il existe pour l’urologue un accès informatisé aux examens d’imagerie pour les consulter. La programmation (Figure 1) devra se faire en raison des risques de complication et de fréquentation des urgences, dans un délai de 2 semaines. Elle devra se conformer aux modalités de dépistage d’infection à COVID-19 de l’établissement de santé d’exercice. Hors contexte d’urgence (Figure 1), un patient programmé alors dépisté COVID+doit avoir son intervention reportée. La durée de séjour hospitalier devra être limitée à la fois pour diminuer le risque de contamination nosocomiale par le COVID-19 mais aussi pour permettre de libérer des ressources médicales et paramédicales pour d’autres activités.
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