L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une expérience complexe qui peut avoir des répercussions profondes sur la vie d'une femme, mais aussi sur la dynamique du couple. Bien que l'avortement soit un droit fondamental pour les femmes, il reste un sujet tabou, entouré de préjugés et de silences. Cet article vise à explorer les conséquences d'un avortement sur le couple, en abordant les difficultés émotionnelles, les enjeux de communication et les pistes pour surmonter cette épreuve.
Le Syndrome Post-Avortement : Une Réalité Méconnue
Après un avortement, une femme peut ressentir un large éventail d'émotions, allant du soulagement à la culpabilité, en passant par la tristesse et l'anxiété. Certaines femmes développent ce que l'on appelle le syndrome post-avortement, un ensemble de symptômes psychologiques qui peuvent inclure :
- Des problèmes psychologiques liés à l'enfant avorté : incapacité de supporter la vue d'une femme enceinte ou d'un bébé, crises de larmes, voire tentatives de suicide ou dépression sévère nécessitant une hospitalisation.
- Une faible estime de soi : sentiment de ne pas être aimable, de ne rien valoir, et de ne pas avoir su protéger son enfant.
- Un sentiment de culpabilité : impression de ne pas avoir été à la hauteur de la situation.
- Un sentiment de frustration : l'impression de ne pas avoir été écoutée, entendue, ou d'avoir été contrainte à l'avortement.
Ces symptômes peuvent avoir un impact dévastateur sur la vie personnelle, familiale et conjugale de la femme.
L'Avortement : Un Signe de Dysharmonie dans le Couple ?
Un avortement peut révéler une dysharmonie préexistante au sein du couple, un manque d'amour ou un problème sous-jacent. Il peut être le catalyseur de disputes, de reproches et de ressentiments mutuels. Après un avortement, il est fréquent que le couple se rejette la responsabilité de cet acte, ce qui peut mener à une rupture, parfois même des années après l'événement.
Comme le souligne Caroline Van Assche, thérapeute de couple, une grossesse interrompue est une décision impactante pour un couple. Pour ceux qui n’ont pas encore d’enfant, soit on reste à deux, soit on prend la décision de devenir une famille, au sens classique du terme. Mais toute la difficulté réside dans ce choix qui peut être source de conflits.
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Dans un couple qui a déjà une communication où l’un et l’autre échangent leur point de vue de manière apaisée, l’avortement ne va pas remettre en question le lien, bien qu’il puisse y avoir de la déception, de la tristesse. Mais chez les couples où l’on n’ose pas trop dire à l’autre ce qu’on ressent, cela peut être plus compliqué. La spécialiste observe généralement un décalage de registre entre les partenaires : “L’un est dans le pratico-pratique de l’intervention, l’autre dans l’émotionnel. Et quand on n’est pas sur le même registre, ou qu’on est dans des émotions opposées - la joie et la colère - on ne peut pas se comprendre.“
Les Non-Dits et les Secrets : Un Fardeau pour le Couple
La communication est souvent présentée comme le socle des relations sentimentales solides. Pourtant, il est fréquent que l’un des partenaires, parfois même les deux, choisissent de garder certaines choses pour eux. Ces silences, qu’ils soient volontaires ou simplement protecteurs, peuvent prendre des formes variées : du petit oubli délibéré au secret plus lourd.
Dans le contexte d'un avortement, les non-dits peuvent être particulièrement destructeurs. La peur du jugement, de l'incompréhension ou du rejet peut pousser l'un ou l'autre partenaire à cacher ses émotions, ses doutes ou ses regrets. Ce silence peut créer une distance émotionnelle et empêcher le couple de surmonter cette épreuve ensemble.
Morgane, une femme de 34 ans vivant avec un trouble anxieux généralisé, témoigne avoir choisi de cacher son trouble à ses partenaires, suite à un avortement. Pour elle, garder le silence, c’est une façon de réduire son trouble, comme si l’ignorer pouvait le rendre moins important, voire le faire disparaître. Pendant des années, elle s’est naturellement tournée vers des relations sans attachement profond, où elle n’a jamais ressenti le besoin de se dévoiler. « C’était plus simple comme ça », nous confie-t-elle.
Le Rôle de l'Homme : Soutien ou Absence ?
L'homme joue un rôle crucial dans la façon dont la femme va vivre l'avortement et ses conséquences. Un homme présent, compréhensif et soutenant peut aider la femme à traverser cette épreuve plus sereinement. En revanche, un homme absent, indifférent ou culpabilisant peut aggraver la souffrance de la femme et compromettre l'avenir du couple.
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Malheureusement, de nombreux hommes sont laissés-pour-compte dans ce moment difficile. Ils ont encore moins le droit à la parole bien qu’ils puissent trouver des interlocuteurs dans les centres de planification : ils n’en sont tout simplement pas informés, mis à l’écart dans ce moment difficile. Pourtant, 50 % des hommes vivent cette expérience de manière douloureuse.
L'histoire de Violette illustre le manque de soutien et d'empathie que certaines femmes peuvent ressentir de la part de leur partenaire. Le copain de Violette n'est pas transparent sur ce qu'il ressent et n'est pas vraiment source de soutien, ni d'empathie. «Je pense que chez certains hommes hétérosexuels, il y a aussi un réel manque d’éducation à l’empathie. Ils se détachent de ce que vit leur partenaire parce qu'ils se disent que ce n'est pas leur corps», lance Léa Castor.
La Communication : La Clé pour Surmonter l'Épreuve
Comme le souligne notre thérapeute de couple, au-delà de la prise de décision et de l’avortement en lui-même, le plus décisif est la façon dont le couple se soutient dans cette épreuve. “Ce que j’entends souvent en consultation, c’est que la personne ne s’est pas sentie assez accompagnée, écoutée. Est-ce que le conjoint est venu le jour J ? Il y a des couples où la question ressort des années après, alors que la décision de pratiquer une IVG avait fait consensus. Parce que le souci c’est qu’elles ont eu le sentiment d’avoir vécu ça toute seule.“
Pour se préserver et maintenir la relation, il est essentiel de communiquer ouvertement et honnêtement sur ses émotions, ses doutes et ses peurs. Il faut pouvoir entendre les ressentis de l’autre, ses arguments, ses peurs, et oser exprimer ses propres ressentis, conseille Caroline Van Assche. Et ça, on ne peut le faire que quand on a suffisamment ce sentiment de sécurité dans le lien à l’autre.
Voici quelques conseils pour améliorer la communication au sein du couple après un avortement :
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- Créer un espace d'écoute et de dialogue : choisir un moment et un lieu propices à la discussion, où chacun se sent à l'aise pour exprimer ses émotions.
- Être attentif aux besoins de l'autre : essayer de comprendre ce que ressent l'autre, sans jugement ni critique.
- Exprimer ses propres émotions avec sincérité : ne pas avoir peur de montrer sa vulnérabilité et de partager ses doutes.
- Éviter les reproches et les accusations : se concentrer sur la recherche de solutions et sur le soutien mutuel.
- Ne pas hésiter à demander de l'aide extérieure : consulter un thérapeute de couple ou un professionnel de la santé mentale peut être bénéfique pour surmonter les difficultés.
Le Soutien Professionnel : Une Aide Précieuse
Dans les moments difficiles, il est important de ne pas rester seul et de chercher un soutien professionnel. Les centres de planification familiale, les associations d'aide aux femmes et les thérapeutes spécialisés peuvent offrir un accompagnement adapté aux besoins de chaque couple.
Consulter un.e thérapeute de couple, se rendre ensemble aux rendez-vous médicaux, peuvent être de bonnes solutions pour dialoguer. “Une personne tierce va permettre de faciliter la compréhension de l’un et de l’autre. Il est important enfin de remettre la décision dans une temporalité : si l’on ne veut pas d’un enfant à ce moment-là, pour X ou Y raisons, cela ne veut pas forcément dire qu’on n’en voudra jamais.
L'Avortement : Une Épreuve qui Peut Renforcer le Couple
Bien que l'avortement soit une épreuve difficile, il peut aussi être l'occasion pour le couple de se rapprocher et de renforcer son lien. En surmontant ensemble cette épreuve, le couple peut développer une plus grande compréhension mutuelle, une meilleure communication et une plus grande résilience.
Après son intervention, Claire a traversé une “période d’après choc“. Cependant, elle considère aujourd’hui que cet épisode les a rapprochés. “Il avait été très présent le jour où j’ai expulsé le ‘sac de grossesse’ et on a vécu une période de grande tendresse, sans sexualité, avec beaucoup de mots doux et de communication autour de ‘tu te rends compte, on aurait pu avoir un enfant’. On ressentait un peu de vertige tous les deux.“ Lorsque nous réalisons l’interview, Claire précise qu’il aurait été prévu qu’elle accouche ces jours-ci si elle avait maintenu sa grossesse. “On y a pensé tous les deux, ça a été l'occasion d’en rediscuter. A posteriori je pense que ça a renforcé notre couple : même si nous n’étions pas d’accord, nous avons su prendre soin l’un de l’autre et nous écouter. Et quand je vois mon couple évoluer aujourd’hui, je me dis qu’on a pris la bonne décision.
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