L'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, y compris les couples de femmes et les femmes seules, suscite un débat passionné en France. Si les partisans mettent en avant l'égalité des droits et la lutte contre les discriminations, les opposants soulèvent des questions éthiques, sociétales et relatives au bien-être de l'enfant. Cet article explore les principaux arguments avancés contre la PMA pour toutes, en tenant compte des différentes perspectives et des enjeux sous-jacents.
La Filiation et l'Absence de Père
Un argument central des opposants à la PMA pour toutes est la question de la filiation et de l'absence de père. Ils estiment que priver intentionnellement un enfant de père est une injustice et un déni de ses besoins fondamentaux. Connaître son père - et sa mère bien sûr -, savoir qui nous a donné la vie, être en relation avec eux, est un besoin très humain. La PMA (procréation médicalement assistée) en l’absence de père conduirait à concevoir des enfants volontairement privés de père et de filiation paternelle. Ces enfants ne connaîtraient jamais leur père et seraient élevés en son absence totale.
Certes, il est vrai que de nombreuses personnes sont élevées sans père, mais il s'agit souvent d'accidents de la vie, et non d'une situation délibérément créée. Un certain nombre d’entre elles, en outre, savent qui étaient leur père. Elles connaissent son histoire, celle de sa famille, éventuellement leurs grands-parents paternels, etc. Prétendre qu’on peut délibérément priver un enfant de père revient à prétendre que les enfants n’en ont pas besoin, ce qui est évidemment faux. Ce serait une injustice terrible et un déni délibéré des conséquences.
Cependant, il est important de noter qu'il n'existe pas de consensus scientifico-médical sur l'impact de l'absence de père sur le développement de l'enfant. Il n'existe pas de consensus scientifico-médical qui permette, à ce jour, de dire que les enfants élevés par un seul parent ou deux parents du même sexe sont plus malheureux que d'autres, notamment des enfants de parents divorcés. De plus, l'enfant peut bénéficier de figures masculines significatives dans son entourage, telles que des oncles, des grands-pères ou des amis de la famille.
Le "Droit à l'Enfant" et l'Intérêt de l'Enfant
Un autre argument avancé par les opposants est la dénonciation d'un prétendu "droit à l'enfant". Ils estiment que la PMA ne doit pas céder à une volonté égoïste d'avoir un bébé "au mépris du droit des enfants". Ce "droit à l'enfant", également dénoncé par La Manif pour tous, sous-entend que la loi céderait à une volonté égoïste d'avoir un bébé "au mépris du droit des enfants".
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Si ce droit existait, pour une adoption ou dans un centre de PMA, vous iriez devant les tribunaux en cas de refus. De fait, actuellement, les médecins des Cecos (Centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains) peuvent refuser à un couple hétérosexuel l'accès à la PMA après examen de leur dossier.
Ils opposent ce "droit à l'enfant" au "droit de l'enfant", qui met en avant l'intérêt supérieur de l'enfant. L'organisation considère que la PMA ouvrirait ce "droit à l'enfant", dont elle réfute l'existence. "Le droit à l’enfant n’existe pas, ni pour les couples homme/femme, ni pour les couples composés de deux personnes du même sexe, ni pour les célibataires. Selon les soutiens de la Manif pour tous, ce "droit à l'enfant" entrerait alors en contradiction avec le "droit de l'enfant", à savoir l'intérêt de la progéniture avant tout. Un argument déjà avancé lors du débat sur le mariage pour tous.
Cependant, les partisans de la PMA pour toutes affirment que leur démarche est motivée par le désir d'offrir un environnement familial stable et aimant à un enfant, et qu'ils sont pleinement conscients des responsabilités parentales.
La Dénaturation de l'Acte Médical
Certains opposants à la PMA pour toutes estiment qu'elle dénature l'acte médical. Si la PMA est aujourd'hui autorisée pour les couples infertiles ou pour éviter la transmission d'une maladie grave, son extension aux couples de femmes et aux femmes seules serait une évolution vers les "demandes sociétales" et non plus une réponse à une pathologie.
Ils considèrent que la médecine doit se concentrer sur la réparation des pathologies et non sur la satisfaction de "demandes sociétales". "Une réflexion fondamentale sur la médecine (et son budget) mériterait d’être engagée avant que celle-ci soit insidieusement portée à s’exercer vers des demandes exponentielles de la société, sans qu’aucun critère soit élaboré pour discerner son juste exercice, autre que celui de la discrimination", écrit Pierre d’Ornellas, archevêque catholique de Rennes, dans une tribune au Monde.
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Cependant, les partisans de la PMA pour toutes soulignent que la médecine a toujours évolué pour répondre aux besoins de la société, et que l'accès à la parentalité est un enjeu de bien-être et d'épanouissement personnel. "La médecine est aussi un instrument qui crée du lien social et qui répond à des demandes de société", note la sociologue Dominique Mehl. "La médecine s’est (…) toujours inscrite dans une forme de transgression", abonde Jacques Gonzalès, médecin, historien de la médecine, interrogé par Pèlerin magazine.
Le Risque de Dérive vers la GPA
Un autre argument souvent avancé est la crainte d'une dérive vers la gestation pour autrui (GPA). Si l’on autorise la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, des hommes voudront donc la légalisation de la gestation pour autrui (GPA). Certains font toutefois le lien entre l'ouverture de la PMA et une éventuelle future légalisation de la GPA. Selon Laurent Wauquiez, le fait d'ouvrir la PMA à toutes les femmes crée une inégalité envers les hommes. Le seul moyen d'y remédier serait donc, selon lui, de permettre à la gent masculine de procréer et, de facto, de recourir à la GPA, à laquelle il est opposé.
Ils estiment que l'ouverture de la PMA aux couples de femmes ouvrirait la voie à la légalisation de la GPA pour les couples d'hommes, au nom du principe d'égalité. Et si la GPA était un jour autorisée, cela créerait - entre autres problèmes - une autre inégalité : des femmes seraient réduites à leurs fonctions reproductives, exploitées comme incubatrices, pour obtenir un enfant.
Cependant, les partisans de la PMA pour toutes affirment que la GPA est une pratique distincte et qu'il n'y a aucune raison de lier les deux questions. De fait, la GPA n'est absolument pas à l'ordre du jour de l'agenda politique : rares sont les personnalités favorables à sa légalisation.
Les Inégalités et les Délais d'Attente
Certains opposants soulignent que la PMA sans père créerait également une inégalité entre les couples homme-femme et les couples de femmes : en effet, si les premiers recourent à la PMA, c’est parce qu’ils souffrent d’une pathologie de la fertilité. Ils suivent un parcours éprouvant et long. Or il est évident que si l’on étend la PMA, les délais d’attente s’allongeront, et en matière de fécondité, plus on avance en âge, plus les chances de succès faiblissent.
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