Introduction
André Lwoff (1902-1994) fut un biologiste français d'origine russe, dont les travaux ont profondément marqué le domaine de la génétique et de la virologie. Il est reconnu comme l'un des fondateurs du renouveau de la génétique en France, notamment grâce à son influence à l'Institut Pasteur. Ses recherches sur les bactéries lysogènes, l'expression des gènes et la classification des virus lui ont valu le Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1965, partagé avec Jacques Monod et François Jacob.
Jeunesse et Formation
André Michael Lwoff est né le 8 mai 1902 à Ainay-le-Château. Ses parents étaient d'origine russe : son père était médecin-psychiatre des Asiles de la Seine, et sa mère était peintre et sculpteur. Après des études secondaires au lycée Voltaire, il entreprend des études supérieures à la faculté de médecine de Paris et à la Sorbonne.
Début de Carrière à l'Institut Pasteur
En 1921, Lwoff rejoint l'Institut Pasteur, marquant le début d'une longue et fructueuse carrière scientifique. Il commence par collaborer avec Edouard Chatton sur les protozoaires ciliés. En 1927, il obtient son doctorat en médecine, suivi d'une thèse en 1932 sur la nutrition des protozoaires. De 1929 à 1938, il dirige le laboratoire consacré aux parasites responsables de maladies exotiques à l’Institut Pasteur, après y avoir été boursier (1921) et assistant (1925). En 1936, il approfondit ses connaissances en biochimie cellulaire à Cambridge.
Contributions Scientifiques Majeures
Étude des Ciliés et de l'Hétérotrophie
Dès 1925, André Lwoff s'intéresse à l'alimentation des ciliés, ce qui l'amène à étudier le problème de l'hétérotrophie, un domaine lié à l'évolution physiologique et biochimique. Il apporte des données nouvelles sur la nutrition des flagellés et des bactéries. En 1932, il propose une hypothèse fondamentale : le besoin en un facteur de croissance traduit un défaut de synthèse de ce dernier, résultant d'une perte de fonction. Cette hypothèse est devenue une notion de base en biochimie comparée de la nutrition, en génétique physiologique et en évolution. En 1934, il démontre que l'hématine, bien que non synthétisée par certaines bactéries, est essentielle à leur croissance, identifiant ainsi le premier facteur de croissance. Il identifiera par la suite les premiers facteurs de croissance pour des protozoaires libres, ce qui lui permettra par exemple de cerner le mode d’action des sulfamides, dont la présence bloque l’utilisation normale d’un de ces métabolites.
Sa technique de dosage de la vitamine PP lui permet de déterminer, pour la première fois, la teneur en vitamine de divers tissus et organes (1941). Il propose un milieu de nutrition des organismes photosynthétiques. Ces travaux sont, parmi d’autres, à l’origine de la notion de chaîne métabolique. La variation de l’activité des enzymes de ces chaînes sous l’effet de l’environnement le pousse à proposer à Monod le sujet de thèse suivant : l’étude de la manière dont une bactérie comme le colibacille s’adapte à une variation de la composition en sucre du milieu de culture.
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La Lysogénie et la Génétique Bactérienne
André Lwoff est surtout connu pour ses travaux sur les bactéries lysogènes. Il élucide complètement le phénomène de la lysogénie, c'est-à-dire la manière dont certains virus s’intègrent au chromosome bactérien, mais peuvent en être excisés sous l’effet de facteurs extérieurs. Ces recherches constituent la partie « virus » des découvertes relatives à l’expression des gènes qui seront récompensées par le prix Nobel de 1965.
Classification des Virus
En 1962, André Lwoff propose, avec Robert Horne et Paul Tournier, une nouvelle classification des virus. Cette classification prend en considération quatre critères essentiels :
- La nature du matériel génétique (ADN ou ARN)
- La symétrie de la capside (hélicoïdale ou cubique)
- L'absence ou l'existence d'une enveloppe entourant la nucléocapside
- Les dimensions
Cette classification, bien qu'ayant suscité des débats, a été largement adoptée depuis.
Autres Contributions
En 1955, il aborde l'étude des poliovirus, de la lutte de l'organisme contre l'infection virale et du mécanisme d'action des températures supra-optimales.
Tout comme sa femme Marguerite (1905-1979), il a travaillé sur le rôle de la fièvre dans la guérison des infections virales.
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Prix Nobel et Reconnaissance Internationale
Les contributions scientifiques d’André Lwoff lui valent de recevoir, avec ses deux plus proches collaborateurs de l’Institut Pasteur, le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1965. Ce prix récompense leurs découvertes en biologie moléculaire sur « la régulation génétique de la synthèse d’enzymes et de virus ». En France, l’image publique des sciences de la vie connaît un renouveau important à la suite de l’attribution de ce prix Nobel aux généticiens André Lwoff, Jacques Monod et François Jacob.
Enseignement et Transmission du Savoir
De 1959 à 1968, André Lwoff est nommé professeur de microbiologie à la faculté des sciences de Paris. Il a aussi été un remarquable professeur à l’université de Paris, jouant un rôle déterminant dans l’enseignement de la génétique moléculaire moderne.
L'Ordre Biologique et Réflexions Philosophiques
André Lwoff a aussi été un remarquable professeur à l’université de Paris, jouant un rôle déterminant dans l’enseignement de la génétique moléculaire moderne.
Parmi ses plus de trois cents publications, citons son livre L'Ordre biologique (1962), un ouvrage de conférences destiné à amener les physiciens et les chimistes du Massachusetts Institute of Technology à s'intéresser aux problèmes de la biologie moderne. Ce livre traduit une réflexion personnelle sur l’idée qu’un ordre biologique, tout comme une information biologique, serait essentiellement qualitatif et donc différent de l’ordre thermodynamique des physiciens et des chimistes. L’ordre biologique ne se dissout donc pas, comme on pouvait le craindre, dans le mécanicisme de la biologie moléculaire. C’est en ce sens qu’il faut noter que les deux dernières publications scientifiques de Lwoff, en 1990, qui portent sur la génétique des ciliés, sont aussi une sorte de réflexion sur ses premiers travaux ainsi que sur le flou entourant la notion d’héritabilité de caractères morphologiques chez les protistes.
Engagement Social et Témoignage
André Lwoff est également intervenu, en qualité de témoin présenté par la défense de Patrick Henry (assurée par Me Robert Badinter et Me Robert Bocquillon) lors du procès de celui-ci devant la cour d'assises de Troyes (janvier 1977). Le prix Nobel qui lui avait été décerné en faisait un témoin de poids pour ce procès de la peine de mort.
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Héritage et Postérité
André Lwoff est décédé à Paris, le 30 septembre 1994, à l’âge de quatre-vingt-douze ans. Son œuvre scientifique, riche de plus de trois cents publications, continue d'inspirer les chercheurs en biologie moléculaire et en génétique. Il reste une figure emblématique de la science française, ayant contribué de manière significative à l'avancement des connaissances sur les virus, les bactéries et les mécanismes fondamentaux de la vie.
En 1965, après une longue période de disette, un prix Nobel venait enfin couronner la science française, en l'occurrence la biologie. Si les noms de Jacques Monod et François Jacob sont demeurés célèbres, celui du troisième lauréat, André Lwoff, a depuis retrouvé un certain anonymat. Pourtant, c'est lui qui sut voir en Monod puis Jacob des collaborateurs de talent et qui aiguilla leurs recherches vers des voies fécondes. C'est lui qui sut créer dans le fameux « grenier » - son laboratoire à l'Institut Pasteur - les conditions d'un travail d'équipe toujours productif et intense.
Bibliographie sélective
- « Lysogeny », dans Microbiological Review (1953)
- L’Ordre biologique (1962)
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