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L'Enseignement Moral et Civique : Un Défi Constant pour Apprendre à Vivre Ensemble

Depuis la loi du 28 mars 1882 instaurant l’enseignement laïc, gratuit et obligatoire de Jules Ferry, l'éducation morale et civique (EMC) est un pilier de l'instruction en France. Cet enseignement, oscillant entre instruction et éducation, morale et civique, a connu des évolutions significatives au gré des contextes politiques et sociaux. Cet article se propose d'examiner les enjeux et les méthodes de l'EMC, en s'appuyant sur les contributions de figures emblématiques telles que Jules Ferry et Jean Jaurès, et en tenant compte des évolutions récentes de la société française.

Les Fondements de l'Enseignement Moral et Civique : Jules Ferry et Jean Jaurès

La promotion de l'EMC par Jules Ferry, Ministre de l'Instruction publique, et Jean Jaurès, député socialiste, témoigne des luttes idéologiques de leur époque. L'un des enjeux majeurs était de substituer une morale laïque à l'instruction religieuse, une ambition qui rencontrait l'opposition de l'Église Catholique.

La vision de Jules Ferry : une morale pragmatique

Dans sa circulaire du 17 novembre 1883, Jules Ferry exhorte les enseignants à s'investir dans ce nouvel enseignement, en réponse aux critiques et aux résistances rencontrées. Il justifie l'EMC par son caractère universel et rassure les enseignants en soulignant la simplicité de la tâche. Selon Ferry, il ne s'agit pas de discourir ou de faire des dissertations savantes, mais d'aider les familles et la société à élever des enfants honnêtes. Il préconise une approche pragmatique, privilégiant les actes et le vivre ensemble dans la classe. « On a compté sur vous pour leur [les enfants] apprendre à bien vivre par la manière même dont vous vivez avec eux et devant eux. »

L'apport de Jean Jaurès : une morale laïque fondée sur le devoir

Jean Jaurès, fervent défenseur d'une morale laïque distincte de l'instruction religieuse, a participé à la rédaction de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État. Pour Jaurès, la morale laïque, fondée sur la pure idée du devoir, existait déjà grâce à la Révolution française qui a permis d' « affirmer les droits et devoirs de l’homme ». Il insiste sur l'importance de cet enseignement pour tous les citoyens, quels que soient leur origine ou leur métier. Il préconise une réflexion sur les approches pédagogiques à mettre en œuvre, en soulignant l'importance d'interpréter les faits historiques et économiques à travers le prisme de la noblesse humaine et du progrès ouvrier. Il met en avant les méthodes actives d'enseignement, prônant l'observation directe et la réflexion personnelle, conformément aux idées du philosophe Alain. « Il faut donner le moins possible à la mémoire, le moins possible aux mots qui insinuent dans l’esprit des idées vagues, le plus possible à l’observation directe ». Il précise que l’éducateur doit donner « aux enfants une éducation concrète », pour les mettre « en face de la nature et de la vie ». « Tous les éducateurs tous ceux qui écrivent sur l’éducation sont d’accord pour recommander au maître d’habituer l’enfant à la réflexion personnelle. »

Évolutions et Réformes de l'Enseignement Moral et Civique

L'EMC a connu des transformations significatives au fil des décennies, influencées par des événements conjoncturels et des évolutions sociétales.

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Les années 1960-1980 : contestation et disparition temporaire

Dans les années 1960, l'EMC est fortement contestée et accusée de véhiculer des préjugés et une morale stigmatisante. La réforme de 1969 le fait disparaître du primaire, puis la réforme Haby de 1977 le supprime au collège. L'esprit de mai 1968, avec sa remise en cause de l'ordre établi et des valeurs traditionnelles, a probablement contribué à cette évolution.

La réintroduction de l'éducation civique dans les années 1980

Face à une fracture sociale, un abstentionnisme grandissant et des violences scolaires croissantes, l'éducation civique est réintroduite au primaire et au secondaire en 1985, dans le cadre de la réforme Chevènement. À cette époque, la pandémie mondiale du Sida impose une nouvelle approche de la morale et un respect des malades.

L'Enseignement Civique, Juridique et Social (ECJS) à partir de 1999

À partir de 1999, une heure d'Enseignement Civique, Juridique et Social par semaine est dispensée au Lycée, privilégiant le débat comme méthode pédagogique. Au même moment, la guerre fratricide dans les « ex. pays de la Yougoslavie » met en lumière les dangers des revendications nationalistes, ethniques et religieuses. En France, les revendications d'intégristes, perçues comme une opposition aux valeurs de la laïcité, suscitent des interrogations.

L'Enseignement Moral et Civique (EMC) depuis 2015

L’enseignement moral et civique a été créé par la loi du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République. Ce nouvel enseignement est mis en œuvre de l’école au lycée à partir de la rentrée 2015. Il se substitue aux programmes d’éducation civique existants à chacun des niveaux de l’école élémentaire, du collège et du lycée. L'EMC vise à transmettre un socle de valeurs communes, telles que la dignité, la liberté, l'égalité, la solidarité, la laïcité, l'esprit de justice, le respect de la personne, l'égalité entre les femmes et les hommes, la tolérance et l'absence de toute forme de discrimination. Il vise également à développer le sens moral et l'esprit critique des élèves, en les incitant à adopter un comportement réfléchi. Dans la continuité des recommandations du Parlement et du Conseil européens, la France se dote en 2015 d’un « Socle commun de connaissances, de compétences et de culture » pour l’école. Il précise le concept de compétence, en particulier dans le domaine relationnel, la coopération, le respect des autres, des règles et des lois. « Une compétence est l'aptitude à mobiliser ses ressources (connaissances, capacités, attitudes) pour accomplir une tâche ou faire face à une situation complexe ou inédite. Compétences et connaissances ne sont ainsi pas en opposition. »

Les Défis Actuels de l'Enseignement Moral et Civique

L'EMC est confronté à des défis majeurs dans le contexte actuel, marqué par des tensions sociales, des attentats terroristes et une quête identitaire complexe chez certains élèves.

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La réponse aux attentats de 2015

Au lendemain des attentats de janvier 2015, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, publie onze mesures pour remobiliser le pays et former les futurs citoyens au respect des valeurs républicaines. L'EMC doit permettre aux élèves de comprendre le bien-fondé des règles régissant les comportements individuels et collectifs, de lire et de décrypter l'information et l'image, d'aiguiser leur esprit critique et de se forger une opinion.

L'importance des compétences relationnelles et de la gestion des conflits

« L'élève exprime ses sentiments et ses émotions en utilisant un vocabulaire précis. (…) L'élève apprend à résoudre les conflits sans agressivité, à éviter le recours à la violence grâce à sa maîtrise de moyens d'expression, de communication et d'argumentation. Il respecte les opinions et la liberté d'autrui, identifie et rejette toute forme d'intimidation ou d'emprise. Apprenant à mettre à distance préjugés et stéréotypes, il est capable d'apprécier les personnes qui sont différentes de lui et de vivre avec elles. »

Le respect des règles et la participation à la vie de la communauté éducative

« L'élève comprend et respecte les règles communes, notamment les règles de civilité, au sein de la classe, de l'école ou de l'établissement, qui autorisent et contraignent à la fois et qui engagent l'ensemble de la communauté éducative. Il participe à la définition de ces règles dans le cadre adéquat. »

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