L'article explore la complexité de la contraception abortive, en mettant en lumière les différentes méthodes contraceptives et leur potentiel impact sur le développement embryonnaire précoce. Il aborde également les aspects médicaux, éthiques et sociaux liés à cette question.
Introduction
La contraception est définie comme l'ensemble des méthodes utilisées pour prévenir une grossesse. Cependant, certaines méthodes contraceptives peuvent agir après la fécondation, en empêchant l'implantation de l'embryon dans l'utérus. Ces méthodes sont qualifiées d'abortives, car elles interrompent le développement d'une grossesse débutante.
Le Paradoxe Français et la Contraception
Une étude de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) a mis en évidence un « paradoxe français » : malgré le taux d’utilisation de contraceptifs le plus élevé d’Europe, la France affiche un nombre d’avortements très élevé, environ 200 000 par an. Ce constat soulève des questions sur l'efficacité des méthodes contraceptives utilisées et sur leur potentiel effet abortif.
Selon Jacques Suaudeau, ancien chercheur en chirurgie au National Institute of Health (USA) et conseiller scientifique à l’Académie pontificale pour la Vie, la contraception, loin de faire reculer l’avortement, est devenue elle-même toujours davantage abortive.
Distinction entre Contraception et Interception/Contragestion
Il est essentiel de distinguer la contraception, qui empêche la fécondation, des méthodes interceptives et contragestives, qui agissent après la fécondation. Les méthodes interceptives empêchent l'implantation de l'embryon dans l'utérus, tandis que les méthodes contragestives provoquent l'élimination de l'embryon à peine implanté.
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Mécanismes d'Action des Contraceptifs Hormonaux
Les contraceptifs oraux, souvent présentés comme de « purs anti-ovulants », ont en réalité plusieurs mécanismes d'action. Ils peuvent :
- Coaguler la glaire cervicale et freiner la remontée des spermatozoïdes vers l’utérus, empêchant la fécondation.
- Bloquer l’ovulation, avec un taux d’échappement ovulatoire variable (environ 5% avec les dosages initiaux, et jusqu'à 9% avec les dosages allégés).
- Empêcher le développement de la muqueuse endométriale, rendant l’utérus hostile à la vie si une fécondation s’est produite. Dans ce cas, l’effet est abortif.
Les progestatifs, présents dans de nombreuses pilules contraceptives, inhibent partiellement l'ovulation et agissent principalement sur le col utérin et l'endomètre, les rendant non réceptifs à l'embryon. Ils causent également une coagulation du mucus cervical et une perturbation de la motilité des trompes de Fallope, ce qui rend difficile la progression de l'embryon et augmente le taux de grossesses extra-utérines.
Les Différentes Formes de Progestatifs
Les progestatifs sont administrés sous différentes formes :
- La mini-pilule ou pilule à faible dosage, utilisée en cas de dysovulation, pourrait entraîner un avortement par an sans que la femme ne s'en doute.
- Les progestatifs injectables (DMPA ou Depo-Provera, NET-EN, Lunelle, etc.) ont la même action que la mini-pilule avec une grande efficacité. Le Depo-Provera est souvent associé aux « politiques de contrôle de population » dans les pays en voie de développement.
- Les implants sous-cutanés (Norplant, Norplant II, Capronor) sont des produits de longue durée qui agissent plusieurs années en diffusant l'hormone de manière uniforme et constante.
Le Stérilet (DIU) et son Mode d'Action
Le stérilet, ou dispositif intra-utérin (DIU), est un dispositif en plastique ou en argent qui empêche principalement l’implantation de l’embryon sur l’endomètre. L’endomètre, irrité par la présence d’un corps étranger dans l’utérus, rend celui-ci inapte à la nidation et augmente l’activité contractile des trompes et du col utérin, retardant d’une part l’ascension des spermatozoïdes et empêchant d’autre part l’implantation de l’œuf fécondé.
La Contraception d'Urgence (Pilule du Lendemain)
La contraception d’urgence, ou contraception post-coïtale, a une action encore mal connue. Si elle peut avoir un effet contraceptif lorsque l’ovulation n’a pas eu lieu, cela ne suffit pas à expliquer l’efficacité du produit. De nombreuses études ont montré un lien entre la prise d’un contraceptif d’urgence et l’apparition de déséquilibres hormonaux et d’anomalies au niveau de l’endomètre utérin.
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Il existe une incertitude quant à l’action exacte des moyens de contraception d’urgence, mais ce doute penche en faveur d’une action abortive, par empêchement de l’implantation. Les moyens contraceptifs d’urgence agissent essentiellement en bloquant l’ovulation.
Les Molécules Utilisées dans la Contraception d'Urgence
Les contraceptions d’urgence actuelles utilisent des composés hormonaux, délivrés en général par l’ingestion de pilules, qui interfèrent avec les processus hormonaux, et conduisent ainsi à un blocage de l’ovulation, à son retard, ou à une inhibition de l’implantation.
- Lévonorgestrel : La « pilule du lendemain » la plus courante en France ne comprend que ce seul progestatif (le lévonorgestrel). Une fois que l’ovulation a eu lieu, le lévonorgestrel semble avoir un effet essentiellement sur le mucus cervical et le fluide utérin : le transport des spermatozoïdes est bloqué, ce qui diminue fortement la probabilité de fécondation.
- RU-486 (Mifépristone) : Le RU-486 (ou mifépristone) a aussi fait la preuve de son efficacité comme contraceptif d’urgence. Cette molécule présenterait l’intérêt de ne nécessiter qu’une unique prise, et d’induire encore moins d’effets secondaires désagréables.
La Pilule Abortive (RU 486) : Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) Médicamenteuse
La pilule abortive, à base de mifépristone (RU 486), est un médicament destiné à provoquer un avortement et non une contraception. Elle est autorisée en France pour les avortements survenant au premier trimestre de grossesse.
Mécanisme d'Action de la Mifépristone (RU 486)
La mifépristone agit comme une antihormone, bloquant l’action de la progestérone, l’hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Elle favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin.
Étapes de l'IVG Médicamenteuse
L’IVG médicamenteuse se déroule en plusieurs étapes :
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- Prise du premier médicament (mifépristone) : Ce médicament bloque l’action de la progestérone et arrête la grossesse. Il est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation.
- Prise du second médicament (misoprostol) : Elle a lieu dans un délai de 24 à 48 heures après la prise du premier médicament. Ce médicament augmente les contractions et provoque l’IVG.
- Visite de contrôle : 14 à 21 jours après la première prise de médicament, une visite de contrôle est nécessaire pour s’assurer que la grossesse est bien interrompue et qu’il n’y a pas de complications.
Efficacité et Contre-Indications de l'IVG Médicamenteuse
L’IVG médicamenteuse a un taux de réussite d’environ 95%. Elle peut être pratiquée jusqu’à la 7e semaine de grossesse (soit 9 semaines d'aménorrhée).
La méthode médicamenteuse est contre-indiquée si on a diagnostiqué une grossesse extra-utérine, en cas d’allergie à l’un des deux médicaments utilisés, ou en cas d’insuffisance rénale chronique ou de porphyrie héréditaire.
Effets Indésirables et Complications Possibles
Les douleurs lors d’une IVG médicamenteuse sont fréquentes et leur intensité varie d’une femme à l’autre. Elles ressemblent généralement à des douleurs de règles plus intenses que d’habitude. Des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées) surviennent fréquemment. Des saignements, souvent plus abondants que des règles, accompagnent systématiquement l’expulsion de la grossesse.
Certaines complications peuvent survenir après une IVG médicamenteuse, telles qu’une hémorragie, une infection ou des douleurs persistantes.
IVG Instrumentale (Chirurgicale)
La technique instrumentale (chirurgicale) consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus. L'intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale. L'hospitalisation dure en général quelques heures, et l'intervention en elle-même dure une dizaine de minutes. L'IVG instrumentale est pratiquée obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie). Elle peut avoir lieu dans un centre de santé autorisé ayant établi une convention avec un établissement de santé autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie.
Aspects Légaux et Remboursement de l'IVG en France
En France, l'avortement est légal et réglementé. Une femme enceinte, y compris mineure, qui ne souhaite pas poursuivre une grossesse peut en demander l'interruption. La pratique de l'avortement est réglementée et plusieurs étapes doivent être respectées, avant et après l'intervention.
Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'avortement et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Il n'y a aucune avance de frais et aucun dépassement d’honoraire possible.
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