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Congé de paternité et féminisme : Analyse des enjeux et perspectives pour l'égalité

La question du congé de paternité est inextricablement liée aux enjeux féministes contemporains. Les politiques publiques relatives à la parentalité, et plus particulièrement les congés parentaux, sont souvent perçues comme des leviers potentiels pour réduire les inégalités entre les femmes et les hommes, tant sur le plan professionnel que domestique. Cependant, les dispositifs actuels, tels que le congé maternité et le congé de paternité, sont critiqués pour leur contribution au maintien d'un modèle de "paternité discrète", qui entrave l'égalité des sexes. Cet article vise à dresser un panorama des congés parentaux en France, à analyser leur impact sur les inégalités de genre et à explorer les pistes de réforme possibles dans une perspective féministe.

Maternité et inégalités économiques : un cercle vicieux

La maternité continue de pénaliser économiquement les femmes, contribuant significativement à l'écart global de rémunération entre les sexes. En France, cet écart s'élève à 22,3%, et même à 15,4% à temps de travail égal. Les chiffres de l'Insee de 2022 révèlent que, cinq ans après une naissance, les mères salariées du secteur privé ont des revenus salariaux inférieurs d'environ 25% par rapport à ce qui se serait produit sans enfant, alors que les pères sont peu ou pas affectés. Les femmes précaires sont les plus touchées, avec une perte de revenus pouvant atteindre 40%.

Le nombre d'enfants a également un impact sur l'écart salarial net en équivalent temps plein entre les femmes et les hommes. En 2019, cet écart était de 7,3% en moyenne pour les salariés sans enfant, et de 30,9% pour les parents de trois enfants ou plus. Si l'on tient compte des effets du temps partiel, ce chiffre monte à 44,6%.

L'année suivant une naissance, près de la moitié des mères (47%) déclarent avoir réduit ou arrêté leur activité professionnelle, contre seulement 6% des pères. Une récente étude de l'Apec révèle que 78% des mères cadres estiment qu'une femme qui a des enfants est freinée dans son évolution professionnelle.

Aux inégalités professionnelles s'ajoutent les inégalités domestiques. Les femmes consacrent toujours plus de temps que les hommes aux tâches parentales et domestiques, et cet écart s'accentue après une naissance. La maternité constitue ainsi une trappe à inactivité pour de nombreuses femmes. Seules 53% des mères avec au moins deux enfants dont un de moins de trois ans travaillent, et seulement 27% à temps plein.

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Ces chiffres alarmants mettent en évidence la nécessité de repenser les politiques de parentalité afin de réduire les inégalités de genre et de favoriser l'émancipation économique des femmes.

Les congés parentaux actuels : un panorama inégalitaire

Le congé de maternité, établi en 1909 et généralisé en 1947, a pour double fonction de protéger la santé des femmes enceintes et des nourrissons, tout en luttant contre les discriminations sur le marché du travail. D'une durée totale de seize semaines (vingt-six à partir du troisième enfant), il comprend une part obligatoire de huit semaines autour de la naissance.

Le "congé de paternité et d'accueil du jeune enfant", apparu au début des années 2000 et étendu en 2021 à vingt-huit jours, dont sept obligatoires, est quatre fois plus court que le congé maternité. Il est indemnisé dans les mêmes conditions que le congé maternité et est accessible à presque tous les co-parents. Bien qu'il permette à l'autre parent de passer du temps avec leur bébé, d'atténuer l'isolement des mères et de réduire les inégalités dans les couples, sa courte durée en fait un congé de parent auxiliaire.

Le congé parental d'éducation, optionnel, permet aux parents de suspendre leur contrat de travail (jusqu'à trois ans), mais n'est indemnisé que pour une durée limitée (de six à vingt-quatre mois). En raison de sa faible indemnisation (429 euros par mois pour un temps plein), il est peu attractif pour les familles de la classe moyenne et constitue une trappe à inactivité et/ou à pauvreté pour certaines femmes.

La brièveté du congé de paternité/du second parent conforte, au sein des couples hétérosexuels, un schéma familial traditionnel basé sur un parent principal (la mère) et un parent secondaire (le père).

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Le congé de naissance : une réforme aux enjeux féministes mitigés

En janvier 2024, le gouvernement a annoncé le remplacement du congé parental par un nouveau "congé de naissance", plus court et mieux rémunéré. Ce congé supplémentaire, d'un à deux mois par parent, s'ajoute aux congés maternité et paternité existants, avec un niveau d'indemnisation de 70% du salaire net le premier mois et 60% le second.

Bien que cette réforme soit perçue comme un pas dans la bonne direction, les associations féministes restent sceptiques. Elles craignent que ce congé soit principalement pris par les femmes, en raison des inégalités de salaires entre les sexes. Le collectif Nous Toutes souligne que cela reviendrait à "garder la mère à la maison et ne favorise pas du tout une égalité de traitement entre les femmes et les hommes".

De plus, l'indemnisation, bien qu'améliorée, pourrait rester insuffisante pour les familles les plus précaires, les empêchant de bénéficier de ce congé. Le gouvernement a lui-même anticipé que, trois ans après sa mise en place, le premier mois de ce congé serait pris par 55% des mères, contre 20% des pères.

Vers un congé parentalité égalitaire et obligatoire

Pour garantir une réelle égalité entre les femmes et les hommes, de nombreuses féministes plaident pour un congé parentalité égalitaire, c'est-à-dire de même durée pour chaque parent et avec un caractère obligatoire. Cette mesure permettrait un rééquilibrage des responsabilités parentales, une plus grande implication des pères dans les soins aux enfants dès la naissance et une moindre assignation des femmes aux tâches ménagères et parentales.

Un congé parentalité égalitaire contribuerait également à réduire les stéréotypes de genre, de sorte que les soupçons liés à la parentalité pesant sur les femmes pèseraient désormais également sur les hommes, éliminant ainsi une des causes de discrimination à l'encontre des femmes.

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Plusieurs études ont mis en évidence l'effet pénalisant de la maternité sur les trajectoires professionnelles des femmes. Des comparaisons de pays européens montrent que les congés paternité contribuent à une répartition plus équitable des tâches parentales.

La Suède, pays précurseur, a substitué les congés maternité et paternité au profit d'un congé parental de 480 jours, dont 90 sont réservés à chaque parent de manière non transférable.

Au-delà des congés : un service public de la petite enfance

Il est essentiel de ne pas se focaliser uniquement sur les congés parentaux, mais également de développer un véritable service public de la petite enfance. Le manque de places d'accueil pour les tout-petits en France est un frein majeur à l'activité professionnelle des femmes, en particulier des plus précaires.

Il manque en effet entre 160 000 et 200 000 places d'accueil pour les tout-petits en France. Conséquence : alors que seulement 31% des parents souhaiteraient que leur enfant de moins de trois ans soit gardé par les parents ou la famille, 54% des familles ont pourtant recours à cette solution. Les inégalités sociales et territoriales dans l'accès aux modes de garde étant très fortes, ces difficultés se concentrent notamment sur des femmes précaires invisibilisées dans le débat public.

Un investissement massif dans la création de places d'accueil de qualité, accessibles à toutes les familles, est indispensable pour permettre aux femmes de concilier vie professionnelle et vie familiale, et pour réduire les inégalités de genre.

tags: #congé #paternité #féminisme

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