L'avortement chez les chèvres, défini comme l'expulsion d'un fœtus ou d'un animal mort-né ou succombant dans les douze heures suivant la naissance (à l'exclusion des avortements d'origine manifestement accidentelle), peut avoir des causes diverses et variées. Bien qu'il soit normal d'observer quelques avortements dans un troupeau, en particulier en fin de gestation, un taux supérieur à 5% est considéré comme une anomalie. Cet article explore les causes possibles de l'avortement chez les chèvres, les méthodes de diagnostic et les stratégies de prévention, tout en tenant compte des aspects réglementaires et des options de traitement disponibles.
Causes infectieuses de l'avortement chez la chèvre
Les causes infectieuses sont parmi les plus courantes d'avortement chez les chèvres. Parmi celles-ci, on retrouve :
- Brucellose: Bien que la France soit officiellement indemne de brucellose, le risque de réapparition existe toujours en raison du déplacement d'animaux provenant de zones infectées. La brucellose est une zoonose, c'est-à-dire une maladie animale transmissible à l'homme. Chez l'animal, elle peut provoquer des avortements et une réduction de la fertilité. Chez l'homme, elle se manifeste par des fièvres intermittentes, des douleurs et des maux de tête.
- Fièvre Q: Cette zoonose bactérienne provoque des avortements, principalement en fin de gestation, ainsi que des infections de l'utérus et des métrites. Elle a un impact significatif sur la fertilité des animaux. Chez l'homme, les symptômes se manifestent généralement par un état grippal. Les animaux infectés peuvent excréter des bactéries par les sécrétions vaginales, le placenta, le lait et les excréments, contaminant ainsi l'environnement.
- Chlamydiose: Causée par des bactéries du genre Chlamydia, en particulier l'espèce Chlamydia abortus, la chlamydiose est une cause majeure de troubles de la reproduction chez les ovins et les caprins. L'infection se traduit par des vagues d'avortements tardifs (en fin de gestation) touchant jusqu'à 60% du cheptel caprin sur une période de 1 à 2 ans. Les sources d'infection principales sont les déjections (urines, fèces), les fœtus, les annexes fœtales, les sécrétions vaginales et utérines, ainsi que le lait des femelles infectées.
- Toxoplasmose: Les jeunes chatons sont excréteurs de toxoplasmes pendant une courte durée de leur vie, ce qui peut constituer une source de contamination pour les chèvres.
- Salmonellose: Une autre cause infectieuse possible d'avortement chez les chèvres.
Diagnostic de l'avortement chez la chèvre
Il est impossible de déterminer la cause d'un avortement par la simple observation du fœtus ou de la mère. La recherche de la cause passe donc par des analyses de laboratoire. D'un point de vue réglementaire, il est obligatoire de faire venir son vétérinaire sanitaire pour procéder à une recherche de brucellose par prise de sang. En même temps, il est utile de rechercher la présence de Fièvre Q, de Chlamydiose et de Toxoplasmose. Cette recherche se fait généralement par PCR (Polymerase Chains Reactor) sur des écouvillons vaginaux, associée parfois à des dosages d'anticorps par prise de sang.
Pour le diagnostic direct de la chlamydiose lors d'un avortement, les prélèvements doivent être réalisés le plus tôt possible par le vétérinaire : placenta et organes de l'avorton (liquide gastrique, foie, rate), écouvillon vaginal. S’il s’agit d’un épisode abortif dans le cheptel (plus de 3 avortements en 7 jours ou moins), il faudra prélever au minimum 3 femelles afin d’effectuer un diagnostic de groupe.
Prévention de l'avortement chez la chèvre
Pour éviter l'apparition d'avortements dans son troupeau, il est essentiel d'éviter d'y faire entrer des animaux (mâles reproducteurs, agnelles ou chevrettes) au statut sanitaire inconnu. C'est particulièrement vrai pour la chlamydiose (et la brucellose). Les mélanges d'animaux originaires de troupeaux différents favorisent le passage des maladies d'un animal excréteur à un animal sensible.
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En cas d'avortements inexpliqués et/ou de suspicion de Chlamydiose, il est recommandé de contacter votre vétérinaire qui effectuera les prélèvements pour des analyses complémentaires en laboratoire et mettra en place des mesures pour limiter la contamination du milieu extérieur.
Traitement de l'avortement chez la chèvre
Il n'y a pas de remède en soi pour un avortement. Cependant, en cas d'avortements infectieux (Fièvre Q, Chlamydiose, Toxoplasmose), il faut tenter d'arrêter les avortements avant qu'ils ne touchent l'ensemble des animaux. Les traitements conventionnels font recours aux antibiotiques, notamment les tétracyclines. Il a été constaté chez les petits ruminants que l’administration de tétracyclines (antibiotique) en 2 à 3 injections espacées de 15 jours en fin de gestation permettait de diminuer la fréquence des avortements. Ce traitement peut être intéressant en cas de pic abortif dans le troupeau.
Pour l'éleveur qui ne le souhaite pas, il est possible de faire de l'isothérapie. L'isothérapie est une méthode qui consiste à préparer une teinture-mère à partir de produits organiques prélevés sur l'animal malade (lait en cas de mammite, urine en cas d'infection générale, glaires vaginales dans les cas des avortements). Concrètement, il faut réaliser un écouvillon vaginal. Au bout de 48h, il mettre 1 ml de la teinture-mère dans 90 ml d'eau (eau de source ou eau minérale), puis taper 20 fois le flacon contre de la paume de sa main our redynamiser. On obtient ainsi une 1 CH.
Aspects réglementaires
En France, la déclaration d'un avortement est obligatoire et entre dans le cadre de la prophylaxie contre la brucellose. En bovin, on considère qu’il y a avortements répétés lorsque deux avortements (ou plus) sont signalés en moins d’un mois ou s’il y a plus de 4% d’avortements sur la campagne.
Utilisation d'hormones pour induire l'avortement
Dans le cadre de projets de recherche, des hormones telles que le cloprosténol peuvent être utilisées pour induire un avortement précoce chez les brebis. Par exemple, un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 09/01/2023 visait à obtenir l'autorisation d'utiliser une hormone pour obtenir un avortement précoce en cas de gestation chez la brebis, et ceci de façon répétée. Cette procédure était utilisée dans un projet dont l’objectif est de développer un gel contraceptif d’origine naturelle (non hormonal) à destination des femmes.
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Le cloprosténol est une prostaglandine de synthèse utilisée en médecine vétérinaire pour ses propriétés lutéolytiques. Il provoque une régression du corps jaune, ce qui entraîne une chute du taux de progestérone et, par conséquent, l'interruption de la gestation.
Indications du cloprosténol chez la chèvre
Bien que l'information fournie se concentre principalement sur les bovins, les chevaux et les porcins, le cloprosténol peut également être utilisé chez les caprins (chèvres) pour :
- L'induction et la synchronisation de l'œstrus chez les chèvres possédant un corps jaune fonctionnel pendant la saison de reproduction.
- L'induction de l'avortement jusqu'à 150 jours de gestation.
Posologie du cloprosténol chez la chèvre
La dose recommandée de cloprosténol pour l'induction de l'œstrus chez les chèvres est de 100 à 125 microgrammes par animal, ce qui correspond à 0,4 à 0,5 mL de médicament vétérinaire. Pour la synchronisation de l'œstrus, une deuxième dose doit être administrée 10 à 12 jours après la première dose. Pour l'induction de l'avortement, une dose unique est administrée entre le 5ème et le 150ème jour de gestation.
Contre-indications et précautions d'emploi
Il est important de ne pas administrer le cloprosténol aux femelles gestantes chez lesquelles l'induction de l'avortement n'est pas désirée. Il est également contre-indiqué chez les animaux présentant une fonction cardiovasculaire compromise, un bronchospasme ou une dysmotilité gastro-intestinale.
Les prostaglandines de type F2α, telles que le cloprosténol, peuvent être absorbées par la peau et provoquer un bronchospasme ou une fausse-couche. Des précautions doivent être prises lors de la manipulation du médicament vétérinaire afin d’éviter toute auto-injection ou contact cutané. Les femmes enceintes, les femmes en âge de procréer, les asthmatiques et les personnes atteintes d’autres maladies des voies respiratoires doivent éviter tout contact lors de la manipulation de ce médicament vétérinaire.
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Effets indésirables possibles
Les effets indésirables possibles chez les chèvres incluent une infection au site d'injection et, très rarement, une anaphylaxie. Le cloprosténol peut également provoquer des effets similaires à l’activité de la prostanglandine F2α dans les muscles lisses, tels qu’une augmentation de la fréquence des mictions et des défécations.
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