La question de l'intervalle idéal entre deux grossesses est une préoccupation légitime pour de nombreux couples. Existe-t-il un délai optimal pour mettre en route un deuxième enfant ? Plusieurs études et recommandations existent, mais il est essentiel de prendre en compte divers facteurs individuels pour prendre une décision éclairée. Cet article explore les recommandations actuelles, les risques potentiels des grossesses rapprochées ou trop espacées, et les aspects à considérer pour planifier au mieux l'arrivée d'un nouvel enfant.
Recommandations générales et études récentes
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande généralement d'attendre au moins 18 mois entre la naissance d'un enfant et la conception du suivant. Cette recommandation vise à réduire le risque d'issues défavorables de la grossesse, telles que la prématurité. Cependant, des études récentes ont remis en question cette durée, suggérant qu'un intervalle plus court pourrait être acceptable, voire préférable dans certains cas.
Une étude de l'Université Curtin (Australie) a comparé près de trois millions de naissances issues de 1,2 million de mères ayant eu au moins trois enfants. Les chercheurs ont constaté que les frères et sœurs nés après un intervalle de plus de 60 mois présentaient un risque accru d'issues défavorables à la naissance. Le Dr Gizachew Tessema de la Curtin School of Population Health a souligné que les conseils de l'OMS étant basés sur des preuves limitées provenant de pays à ressources limitées, il était nécessaire de déterminer si la recommandation de 15 ans était pertinente pour les milieux à revenu élevé, mais précise que les résultats de l'étude ne sont pas applicables aux parents de tous âges.
Une autre étude, réalisée par des chercheurs de l'Université de la Colombie-Britannique et de la Harvard TH Chan School of Public Health, a révélé qu'il vaut mieux attendre 12 à 18 mois entre un accouchement et une autre grossesse. Cette étude a également souligné qu'une grossesse peu espacée (moins de 12 mois après un premier accouchement) était associée à des risques pour les femmes âgées de 35 ans et plus, et pour le nourrisson (mortalité à la naissance, naissance prématurée, poids faible à la naissance), peu importe l'âge de la mère.
Risques potentiels des grossesses rapprochées
On estime qu'il faut 9 mois pour faire un bébé, et au moins 9 autres mois à la femme pour s'en remettre. En dessous de ce seuil de 18 mois, on peut parler de grossesses rapprochées, comme lorsque deux enfants ont un an d'écart par exemple. Les grossesses rapprochées peuvent présenter plusieurs risques pour la mère et l'enfant :
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Épuisement des réserves maternelles : La grossesse engendre énormément de changements dans le corps : élargissement du bassin, relâchement des ligaments, du col, du diaphragme, de l'utérus et des abdominaux. Or, même s'il ne se remet jamais totalement, le corps de la femme enceinte a besoin d'un temps de repos pour que tout se remette en ordre. Cet espacement entre deux grossesses va aussi permettre à la jeune maman de perdre éventuellement les quelques kilos restants et de retrouver son tonus musculaire. Sinon, "cette seconde grossesse pourrait peser sur les ligaments et le corps en général engendrant davantage de douleurs, de fatigue et de contractions" prévient la généraliste.
Diastasis abdominal : L'autre risque majeur en retombant trop rapidement enceinte est d'avoir un diastasis abdominal c'est-à-dire un écartement des abdominaux. Un trouble qui va bien au-delà de l'aspect inesthétique comme le détaille le Dr. De Gasquet : "il peut provoquer des douleurs abdominales nécessitant parfois une intervention chirurgicale".
Descente d'organes : D'autre part,"si l'utérus n'a pas eu suffisamment de temps pour se remettre, il y a aussi un risque de descente d'organes". D'où l'importance de ne pas faire l'impasse sur la rééducation du périnée et des abdominaux, y compris entre deux grossesses.
Risque accru de complications : Des grossesses trop rapprochées semblent accroître le risque de prématurité, de petit poids de naissance et de retard de croissance. Lorsque l’intervalle entre deux grossesses est inférieur à six mois, le taux de prématurité atteindrait 40 % et passerait à 14 % entre six et douze mois. Ce phénomène s’expliquerait par le fait que les mamans n’auraient pas eu le temps suffisant pour reconstituer leurs réserves. De même, une anémie, fréquente après un accouchement, peut persister plusieurs mois. Si votre première grossesse s’est accompagnée d’hypertension ou de diabète, mieux vaut attendre que le bilan soit revenu à la normale avant d’agrandir la famille. Même conseil pour celles qui ont accouché par césarienne, car une grossesse et un accouchement trop rapprochés peuvent fragiliser la cicatrice utérine.
Difficultés organisationnelles et financières : Faire un deuxième bébé trop rapidement a aussi d'autres conséquences, comme le fait de devoir gérer deux enfants en bas âge, des nuits d'autant plus saccadées ou le fait de devoir investir dans une poussette double. D'ailleurs, "le premier bébé est souvent le plus difficile à gérer pour les parents qui découvrent avec lui la parentalité" constate la généraliste. Ce qui complexifie l'organisation lors de l'arrivée du deuxième. Les enfants nés à peu de temps d'intervalle nécessitent des coûts initiaux plus élevés. Il est vrai que la maison est déjà adaptée à l'arrivée d'un jeune frère ou d'une jeune sœur après le premier enfant, mais de nombreux articles de puériculture doivent être achetés en double. Des dépenses doubles vous attendent également pour l'inscription à la crèche, aux activités ou à l'école.
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Impact sur la relation de couple : Enfin, y a aussi la question du couple. Beaucoup ne tiennent malheureusement pas longtemps après l'arrivée des enfants. Aussi, peut-être que d'accorder du temps à son couple avant de concevoir de nouveau peut permettre à chacun de trouver sa place…
Risques potentiels des grossesses trop espacées
À l'inverse, attendre trop longtemps entre deux grossesses peut également présenter des inconvénients :
Augmentation des risques liés à l'âge maternel : D'autre part, le Dr. De Gasquet tient à souligner qu'aujourd'hui la fertilité a beaucoup diminué et que nombre de couples peinent à concevoir un bébé. "Si le premier a mis beaucoup de temps à venir et que l'on a passé les 35 ans, il est préférable de ne pas attendre trop longtemps entre les deux car il y a un risque que le second ne vienne pas non plus tout de suite". Elle constate d'ailleurs de plus en plus d'hypofertilité (diminution de la fertilité chez la femme ou/et chez l'homme) au moment de la conception du deuxième enfant.
Risque accru de complications obstétricales : Inversement, il ne faut pas trop attendre ! Au-delà de six ans, le risque de fausse couche et de décès à la naissance augmenterait. Les futures mamans seraient également plus à risques de complications comme la pré-éclampsie (précédent la crise d'éclampsie) ou le diabète gestationnel. Ces problèmes proviendraient d’une perte de la protection acquise après l’accouchement précédent. Les femmes, enceintes après un intervalle prolongé, se retrouveraient alors avec les mêmes risques de complications que lors d’une première grossesse.
Décalage entre les enfants : A l'inverse, attendre trop pour faire le suivant peut générer un décalage. L'un fait la sieste, l'autre non, les centres d'intérêts ne sont plus forcément les mêmes ce qui complexifie le choix d'activités en famille. Idem pour les jouets surtout s'ils partagent la même chambre. Le bébé peut aussi réveiller son frère ou sa sœur la nuit avec ses pleurs. Et puis, il peut être difficile de remettre le nez dedans quand vous êtes sortie des couches, que votre grand dort bien, bref, que vous avez retrouvé une certaine indépendance, un certain confort. Les enfants ne sont pas aussi proches : ils demandent des activités, des jeux et des dessins animés différents.
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Facteurs individuels à considérer
En dehors de ces considérations importantes, le côté médical intervient lui aussi pour déterminer le meilleur intervalle. Ni trop tôt ni trop tard, pour vivre une grossesse sereine et donner naissance à un bébé en pleine forme. En réalité, ce sont aux futurs parents de décider. Plusieurs facteurs individuels doivent être pris en compte pour déterminer l'intervalle idéal entre deux grossesses :
L'âge de la mère : Même si l’on est encore très jeune à 35 ans, notre réserve d’ovules commence toutefois à diminuer.
L'état de santé de la mère : Si votre grossesse ou votre accouchement ont été compliqués ou si vous avez eu une césarienne, ce délai peut être prolongé. Également, si votre grossesse s’est compliquée de pré-éclampsie ou de diabète, il vaut mieux s’assurer que les bilans sanguins sont redevenus normaux. Si vous avez accouché par césarienne, la cicatrice doit se consolider.
Le vécu de la première grossesse et de l'accouchement : Vous vous sentez prêtes à porter et à accueillir un nouvel enfant ? Vous rêvez de retrouver les sensations de la grossesse et de materner un nouveau-né ? Au-delà de vos envies, il est important d'écouter son corps et son intuition.
La situation familiale et professionnelle : Comptez sur une plus grande implication du partenaire. Le marché du travail évolue rapidement, et les connaissances que vous aviez avant votre congé maternité peuvent ne plus correspondre aux tendances actuelles. Cela est particulièrement vrai dans des domaines en constante évolution comme le marketing ou l'informatique. S'absenter du travail pendant 2 à 3 ans peut avoir un impact négatif sur votre position professionnelle.
Le désir des deux parents : Le couple doit être en accord pour accueillir un autre enfant. Même si c’est la maman qui porte le bébé, l’avis du papa compte tout autant que l’horloge biologique de la femme. Ce dernier a peut-être envie de prendre son temps, pour jouer et s’occuper de bébé en toute sérénité. Il est important de se sentir prêt et rétablie, afin de se préparer pour une nouvelle grossesse.
Contraception après l'accouchement
L'allaitement n'est pas un contraceptif, vous pouvez vous faire prescrire une contraception adaptée dès la sortie de la maternité. Il existe plusieurs modes de contraception féminine. Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. Si on n'allaite pas, la pilule peut-être prescrite dès le 15e jour après l’accouchement, sinon le médecin peut proposer une micropilule, sans incidence sur le lait.
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