L'interruption volontaire de grossesse (IVG), qu'elle soit médicamenteuse ou instrumentale, est une intervention médicale encadrée. Bien que généralement sûre, elle peut entraîner des effets indésirables et, dans de rares cas, des complications. Cet article vise à informer sur ces aspects, en s'appuyant sur des données médicales et des témoignages, afin de permettre une prise de décision éclairée et une gestion adéquate des suites de l'IVG.
Effets Indésirables et Complications Immédiates
Au cours ou immédiatement après une IVG, certains effets indésirables peuvent survenir. Il est essentiel de les connaître pour pouvoir réagir de manière appropriée et consulter un professionnel de santé si nécessaire.
IVG Médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse, réalisée grâce à la prise de médicaments comme la mifépristone et le misoprostol, induit des contractions utérines visant à expulser la grossesse. Les effets indésirables les plus fréquents incluent :
- Douleurs: D'intensité variable, similaires à des douleurs menstruelles plus fortes que d'habitude. Des antidouleurs sont systématiquement prescrits pour les gérer.
- Troubles gastro-intestinaux: Nausées, vomissements, diarrhées peuvent survenir. Si ces troubles se manifestent dans les 30 minutes suivant la prise de misoprostol, il est important de contacter le médecin ou la sage-femme pour évaluer la nécessité de reprendre un comprimé.
- Saignements (Métrorragies): Toujours présents, souvent plus abondants que les règles, ils accompagnent l'expulsion de la grossesse. Ils surviennent généralement dans les 3 à 4 heures suivant la prise du misoprostol et peuvent persister jusqu'à 30 jours après la prise du premier médicament. Il est crucial de noter que les saignements ne confirment pas l'expulsion complète de la grossesse, d'où l'importance d'une visite de suivi.
Les complications après une IVG médicamenteuse sont rares, mais nécessitent une attention particulière. Elles incluent :
- Hémorragie: Pertes de sang très abondantes.
- Infection: Signalée par de la fièvre (température supérieure à 38 °C).
En cas de fièvre, de pertes de sang très abondantes, de fortes douleurs abdominales ou de malaise dans les jours suivant l'IVG, il est impératif de contacter rapidement le professionnel de santé en charge.
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IVG Instrumentale
L'IVG instrumentale, réalisée par aspiration ou curetage, peut également entraîner des complications, bien que rares.
- Lésions: Des lésions au niveau du col de l'utérus ou de la paroi utérine sont possibles, mais peu fréquentes.
- Complications liées à l'anesthésie: Comme pour toute intervention chirurgicale, des réactions allergiques aux produits d'anesthésie peuvent survenir. La consultation d'anesthésie préopératoire vise à minimiser ces risques.
Les complications post-IVG instrumentale sont similaires à celles de l'IVG médicamenteuse :
- Hémorragie
- Infection
- Douleurs persistantes malgré la prise d'antalgiques.
La conduite à tenir en cas de ces symptômes est la même que pour l'IVG médicamenteuse : contacter immédiatement le professionnel de santé.
Suivi Post-IVG : Consultation de Contrôle et Disparition des Symptômes de Grossesse
Afin de s'assurer de l'absence de complications, une consultation de contrôle est programmée 15 à 21 jours après l'IVG, qu'elle soit médicamenteuse ou instrumentale.
Les symptômes de grossesse, tels que la fatigue persistante, les nausées ou la sensibilité des seins, disparaissent généralement quelques jours après l'IVG. Si ces symptômes persistent au-delà de sept jours, il est conseillé de consulter le professionnel de santé qui a réalisé l'IVG. Un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG. C’est l’échographie réalisée lors de la consultation de contrôle qui permet de confirmer l’arrêt de la grossesse.
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Impact sur la Fertilité et Contraception
L'IVG, lorsqu'elle est réalisée dans des conditions optimales (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé), n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme. Il est possible de tomber enceinte très rapidement après une IVG. C'est pourquoi la question de la contraception est abordée durant la procédure d'IVG.
Soutien Psychologique
Après une IVG, il est essentiel de pouvoir parler, se sentir écoutée et soutenue. Un "coup de blues" est une réaction normale. Il est recommandé de se confier à une personne de confiance, un professionnel de santé ou un psychologue. Des ressources telles que les antennes du Planning Familial et le numéro vert national "IVG, contraception, sexualité" sont disponibles pour orienter vers des associations et des professionnels adaptés. Les centres de santé sexuelle et les Espaces vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) sont également des lieux d'écoute et de soutien.
Avortements clandestins et leurs conséquences historiques
Entre 1966 et 1972, le service de réanimation rénale de l'hôpital Tenon a étudié les complications infectieuses et rénales liées aux avortements clandestins. Sur quatre-vingt-cinq dossiers, douze patientes sont décédées. Neuf femmes ont subi une ablation de l'utérus et de ses annexes, les rendant stériles. Deux femmes ont développé une insuffisance rénale chronique nécessitant hémodialyse et greffe de rein. Pendant leur hospitalisation, la majorité des femmes ont souffert d'infections généralisées, d'arrêt rénal, d'anémie aiguë et d'hypotension. La plupart étaient des femmes au foyer ou occupaient des emplois modestes, souvent mères de plusieurs enfants, et ignoraient l'existence de moyens contraceptifs. Les méthodes abortives utilisées étaient archaïques : queue de persil, aiguilles à tricoter, injections d'eau savonneuse.
Fausse couche : un événement courant
Une fausse couche, ou fausse couche précoce, est un événement courant. On estime qu’environ 15 à 20 % des grossesses s’arrêtent spontanément au cours du 1er trimestre. Une grande partie survient avant même que la femme ait réalisé qu’elle était enceinte. Dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’un accident isolé qui n’a aucun risque de se renouveler. Les raisons qui provoquent une fausse couche varient selon le stade de la grossesse (précoce ou tardive) et selon l’histoire médicale de la femme. Une fausse couche isolée n’a rien d’inquiétant, même si elle demeure un évènement qui affecte profondément les femmes. 90% des fausses couches isolées sont dues à une anomalie chromosomique de l’embryon. Dans l’immense majorité des cas, la grossesse suivante se déroulera normalement. Il peut s’agir de l’expulsion d’un œuf clair. Dans certains cas, très rares (1 grossesse sur 2000), la fausse couche peut être attribuée à la présence inexpliquée d’une tumeur bénigne du placenta, appelée « môle hydatiforme ». Elle se manifeste par des hémorragies et une grande fatigue et se diagnostique précisément à l’échographie. La môle hydatiforme se développe aux dépens du tissu placentaire et empêche l’œuf de s’implanter normalement. Elle doit être enlevée rapidement, la plupart du temps par curetage. Une première fausse couche n’alerte pas les médecins. Mais à partir de trois fausses couches, des examens spécialisés (échographie, hystéroscopie, cœlioscopie) peuvent être réalisés.
Des anomalies comme l’utérus cloisonné (séparé par une cloison), bicorne (avec 2 cavités), la présence de fibromes ou de synéchies (cicatrices de la paroi utérine qui gênent l’implantation de l’œuf) peuvent perturber la nidation et le développement de l’embryon. Il en est de même pour les polypes, fibromes, endométriose (prolifération de la muqueuse utérine en dehors de l’utérus). Un traumatisme important (accident de la circulation, chute grave, choc abdominal) peut exceptionnellement provoquer une fausse couche. Carences alimentaires : un déficit en acide folique peut accroître le risque d’anomalies embryonnaires. Certaines infections peuvent entraîner une fausse couche et sont dangereuses pour le bon développement de l’embryon. La béance cervicale est responsable de nombreuses fausses couches tardives (après 14 semaines). Le col ne fait alors plus office de verrou de l’utérus. Un déficit en progestérone, en œstrogènes, ou une maladie de la thyroïde peuvent entraîner une fausse couche. Le diabète mal équilibré, l’insuffisance rénale, l’hypertension sévère ou certaines maladies auto-immunes augmentent le risque de fausse couche. Un suivi médical adapté avant et pendant la grossesse est essentiel pour limiter ces risques. Si la mère est rhésus négatif et le fœtus rhésus positif, il existe un risque d’allo-immunisation. Sans prévention, les globules rouges du fœtus peuvent être détruits, ce qui entraine l’arrêt de la grossesse. Une fausse couche est dite tardive entre 14 et 22 semaines d’aménorrhée. 15 % des grossesses s’arrêtent spontanément au 1er trimestre. Le risque augmente avec l’âge : 10-15 % avant 30 ans, 30 % à 39 ans, 75 % à 42 ans. Le surpoids accroît de 67 % le risque de fausses couches précoces ou répétées. Exposition aux solvants pendant la grossesse : risque accru de fausse couche et de malformations. La plupart sont dues à une anomalie chromosomique de l’embryon. C’est une grossesse où le sac gestationnel est vide. Elles peuvent révéler une anomalie utérine, hormonale ou immunitaire.
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Suites des IVG
Il est normal de subir les désagréments suivants pendant les premiers jours ou les premières semaines qui suivent une IVG médicamenteuse, chirurgicale ou instrumentale. Saignements, contractions, douleurs abdominales ou lombaires. Désagréments hormonaux. Diarrhées ou nausées causées par les antibiotiques (uniquement en cas d’IVG chirurgicale par aspiration ou d’avortement instrumental). Tension mammaire et/ou engorgement (lait). Si vous souffrez d’un ou de plusieurs effets secondaires énumérés ci-dessous, il faut toujours nous en informer ou consulter votre médecin traitant. Fièvre (plus de 38,5°C pendant plus d’une journée). Saignements abondants et douleurs. Saignements et douleurs pendant les jours qui suivent l’intervention, vous pouvez souffrir de maux de dos, de contractions et de saignements, comparables à ceux d’une menstruation normale. Souvent, les saignements les plus importants n’apparaissent que 4 à 7 jours après l’intervention et peuvent durer plus longtemps qu’une menstruation. Les saignements se terminent souvent par un écoulement brunâtre. Ils peuvent également être constitués de caillots. Les saignements peuvent disparaître un certain temps, puis reprendre, cela varie d’une femme à l’autre. Contre la douleur, vous pouvez prendre de l’ibuprofène, ou Aleve, éventuellement en association avec du paracétamol. Ne prenez pas d’aspirine. Lisez toujours attentivement les notices des antalgiques et respectez les quantités prescrites.
Désagréments hormonaux Les symptômes de la grossesse disparaissent généralement en l’espace de quelques jours à deux semaines. Les hormones de la grossesse sont présentes dans votre organisme pour un certain temps encore, si bien que les tests de grossesse peuvent rester positifs jusqu’à trois ou quatre semaines après l’avortement. Tension mammaire et/ou engorgement Si vous étiez enceinte depuis un certain nombre de semaines déjà, vos seins peuvent rester tendus et douloureux pendant quelque temps encore après l’intervention. Vous pouvez même souffrir d’un engorgement ou avoir des écoulements de lait. Le port d’un soutien-gorge serré (sans armatures) permet de réduire ces symptômes. Il ne faut surtout pas masser les seins. Les poches de glace peuvent aussi vous soulager. Vous pouvez éventuellement prendre un antalgique. Reprise des menstruations En général, les menstruations reprennent 4 à 6 semaines après l’intervention. Au début, elles peuvent être moins régulières qu’en temps normal. Sous pilule contraceptive, les règles reviennent généralement dès la fin de la première plaquette. Les premières règles sont souvent très différentes des menstruations habituelles. Elles sont soit beaucoup plus abondantes ou plus longues, soit beaucoup moins importantes et plus courtes.
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