L'entrée en maternelle est une étape cruciale dans le développement psychologique de l'enfant. Cette période marque le début de la socialisation, de l'apprentissage des règles et de l'acquisition de compétences fondamentales. Comprendre les enjeux de cette transition et les dispositifs d'accompagnement mis en place est essentiel pour favoriser la réussite et le bien-être de chaque enfant.
Le rôle crucial du service social en faveur des élèves
Le service social en faveur des élèves, placé sous l'autorité du DASEN (Directeur Académique des Services de l'Éducation Nationale), joue un rôle essentiel dans la prévention globale et la lutte contre les inégalités. Ses missions, définies par la circulaire du Ministère de l'Éducation Nationale n°91-248 du 11 septembre 1991, s'étendent à tous les jeunes scolarisés dans les établissements publics du second degré.
L'assistant de service social, soumis au secret professionnel, a une mission de prévention et de protection des élèves (art. L913.1 du Code de l’Éducation). Il offre un espace de parole confidentiel où l'élève peut aborder ses difficultés personnelles, scolaires et environnementales. Toutefois, dans les situations de sévices, privations ou maltraitance, l’assistant de service social est délié du secret professionnel (art.226-14 du Code Pénal).
Le travail de l'assistant de service social s'inscrit dans un partenariat avec le chef d'établissement, l'équipe éducative, les travailleurs sociaux, les services médico-sociaux, les services administratifs et les acteurs locaux de la politique de la ville. L'objectif est d'accompagner l'élève vers une responsabilisation et une citoyenneté active.
L'importance des infirmiers(ères) scolaires
Les infirmiers(ères) scolaires contribuent au bien-être et à la réussite scolaire de tous les élèves. Ils (elles) agissent en tant que conseillers techniques en matière de santé auprès des directeurs et chefs d’établissement et participent à la vie éducative. Ils (elles) peuvent être sollicité(e)s pour participer aux réunions de ZAP (zones d’animation pédagogique), aux conseils d’école et aux conseils d’administration. Ils (elles) participent aux comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté et aux commissions d’hygiène et de sécurité.
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Le rôle du médecin de l'éducation nationale
La mission du médecin de l’éducation nationale s’inscrit dans la politique de promotion de la santé des élèves, de l’école maternelle au lycée. Il peut être sollicité par l’équipe éducative, les familles ou les élèves eux-mêmes pour un conseil, une évaluation ou un avis médical.
Le médecin réalise une visite médicale des enfants dans leur sixième année (Art. Ce bilan est réalisé en présence des parents et se situe dans la suite de l’examen réalisé par le service de PMI (Protection Maternelle et Infantile). Il comprend un examen somatique, sensoriel, psychomoteur ainsi qu’un dépistage des troubles spécifiques du langage et de l’apprentissage. Il participe à l’élaboration du projet d’accueil individualisé (PAI), réalisé à la demande des parents, pour faciliter l’accueil des enfants porteurs de pathologies chroniques.
Pour les élèves scolarisés dans le second degré, le médecin réalise, si nécessaire, une évaluation de l’état de santé de l’élève et des troubles psychologiques éventuellement induits par la situation. Il participe également à la cellule de crise chargée d’analyser et évaluer la situation et d’élaborer le protocole d’intervention spécifique à chaque événement.
Troubles spécifiques des apprentissages : comprendre et agir
Si 15 à 20% des enfants sont confrontés à des difficultés d’apprentissages et scolaires, les troubles spécifiques des apprentissages ne concernent que 5 et 7% des enfants d’âge scolaire. Plus connus sous le nom de troubles « dys », il s’agit de troubles durables, sévères chez 1 à 2% des enfants concernés, avec des répercussions sur leur scolarité et leur vie quotidienne. Leur prise en charge permet cependant d’améliorer et/ou de compenser les fonctions déficientes.
Ces troubles se manifestent chez des enfants qui ont une intelligence et un environnement social adéquat, et ne présentent pas de problèmes sensoriels (vue, audition), psychiatriques ou neurologiques identifiables. Ces enfants éprouvent des difficultés à apprendre à lire, à écrire, à orthographier, à calculer, à s’exprimer ou encore à se concentrer.
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Les troubles spécifiques des apprentissages comprennent (selon la classification internationale DSM‑5) :
- le trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture (communément nommée dyslexie)
- le trouble spécifique des apprentissages avec déficit de l’expression écrite (dysorthographie)
- le trouble spécifique des apprentissages avec déficit du calcul (dyscalculie)
Ces troubles sont souvent associés au :
- trouble du langage oral (dysphasie)
- trouble développemental de la coordination (dyspraxie), incluant certaine forme de dysgraphie (trouble de l’écriture)
- déficits de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH ou TDA)
Dans près de 40% des cas, un enfant concerné par un trouble spécifique des apprentissages présente plusieurs troubles. Des difficultés psychologiques et comportementales sont également fréquemment associées aux troubles spécifiques des apprentissages (anxiété de performance, manque de confiance en soi).
Dyslexie : la difficulté de lire
Après le début de l’apprentissage de la lecture au cours préparatoire, le trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture se manifeste par :
- une mauvaise association entre graphèmes (signes écrits) et phonèmes (sons)
- une incapacité à saisir rapidement un mot dans sa globalité.
L’enfant déchiffre lentement et fait des erreurs. Ce trouble est très souvent associé à une difficulté à maitriser l’orthographe (trouble spécifique des apprentissages avec déficit de l’expression écrite). Ces dysfonctionnements sont souvent liés à un mauvais développement phonologique en amont de l’apprentissage de la lecture : difficultés à discriminer les sons proches, faible conscience phonologique (capacité à percevoir, découper et manipuler les unités sonores du langage telles que la syllabe ou le phonème) et/ou à des problèmes dans le traitement orthographique (confusions et inversion de lettres, mauvais codage de la position des lettres). Des problèmes visuo-attentionnels peuvent être associés.
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Dyspraxie : la difficulté de coordonner ses mouvements
Les enfants concernés ont des difficultés motrices, notamment pour planifier, programmer et coordonner des gestes complexes. Ils ne peuvent pas automatiser un certain nombre de gestes volontaires, notamment l’écriture (ce qui entraîne une dysgraphie). Ces enfants contrôlent laborieusement le dessin de chaque lettre, ce qui absorbe une grande partie de leur attention et les empêche de prêter attention aux autres aspects (orthographe, sens des mots…). Ce trouble est souvent associé à des anomalies de repérage et d’organisation spatiale et à des difficultés de motricité des yeux qui perturbent l’appréhension de l’environnement par l’enfant.
Dyscalculie : la difficulté avec les chiffres
Les enfants concernés ont une mauvaise perception des quantités numériques (sens du nombre), socle sur lequel se construisent les habiletés arithmétiques ultérieures. Ils peuvent aussi rencontrer des difficultés de mémorisation et d’apprentissage des tables d’addition et de multiplication. Le trouble spécifique des apprentissages avec déficit du calcul est souvent combiné à un trouble du langage ou à un trouble développemental de la coordination. Il peut être associé à des anomalies des régions cérébrales impliquées dans la perception des quantités numériques, dans les représentations visuelles (chiffres arabes) ou l’expression verbale (mots désignant les nombres).
Dysphasie : la difficulté de s'exprimer oralement
Les enfants peuvent présenter un trouble de l’expression du langage qui peut concerner la phonologie (des difficultés de prononciation, avec des paroles indistinctes et des mots déformés), le vocabulaire ou la syntaxe (difficultés à composer des phrases), parfois associé à un trouble de la compréhension (vocabulaire et/ou syntaxe). Un dépistage et une prise en charge précoce sont recommandés dès la maternelle, avant 5 ans et si possible dès 3 ans, afin d’améliorer le pronostic ultérieur.
TDA/H : la difficulté de se concentrer
Les enfants présentant des déficits de l’attention, avec ou sans hyperactivité, ont des difficultés à se concentrer et à soutenir leur attention lors d’une tâche ou d’une activité particulière, ceci en dépit de leur bonne volonté. Ce trouble conduit à de nombreuses erreurs d’inattention, à un travail inabouti, au non-respect des consignes et à une mauvaise organisation. Plus de 50% des enfants qui présentent des déficits de l’attention avec ou sans hyperactivité présentent d’autres troubles des apprentissages associés. Ils s’accompagnent fréquemment de difficultés psychologiques et comportementales (comme le trouble oppositionnel).
Comment diagnostiquer les troubles spécifiques des apprentissages ?
Le diagnostic d’un trouble spécifique des apprentissages ne peut être réalisé qu’après avoir exclu l’existence d’une déficience intellectuelle, neurosensorielle (audition et vision) ou de difficultés psychiatriques ou d’environnement social pouvant retentir sur les apprentissages. Le médecin à l’origine du diagnostic utilise des outils de dépistage validés, permettant de déterminer le(s) bilan(s) spécialisé(s) utile(s) et le(s) professionnel(s) concerné(s), en fonction de l’âge et du type de trouble observé. Un bilan d’audition en ORL ou un bilan ophtalmologique et orthoptique sont parfois utiles.
Le bilan spécialisé dépend du type de trouble :
- Pour des difficultés de langage, de lecture ou de cognition mathématique, il s’agira d’un bilan orthophonique.
- Pour la coordination motrice, le graphisme ou les difficultés visuo-perceptives ou visuo-motrices, le bilan spécialisé sera réalisé par un(e) psychomotricien(ne) ou un(e) ergothérapeute.
- Un bilan complémentaire cognitif ou attentionnel et des fonctions exécutives, par un(e) psychologue spécialisé en neuropsychologie peut être utile.
Selon les recommandations de la Haute Autorité de santé de janvier 2018, les parcours de diagnostic et de prise en charge doivent être adaptés aux types de difficultés d’apprentissage, à leur sévérité, à leur pronostic évolutif ainsi qu’à l’environnement de l’enfant. Ces recommandations définissent une organisation sur trois niveaux en fonction de la complexité des interventions utiles, dès lors que les interventions pédagogiques préventives, ciblées sur les difficultés repérées en classe, n’ont pas été efficaces.
- Le niveau 1, « de proximité », correspond au diagnostic, à la prise en charge et au suivi des troubles par le médecin traitant et le rééducateur adapté au type de trouble.
- Un niveau 2, pluridisciplinaire, plus spécialisé, vient en complément pour les enfants dont l’évolution reste insuffisante avec la réponse de niveau 1, ou lorsque les troubles sont plus complexes.
- Enfin, des centres de référence de niveau 3 existent au sein de centres hospitaliers universitaires, permettant des bilans multidisciplinaires pour les patients présentant les cas les plus complexes.
Quelle prise en charge rééducative et orientation ?
Il n’existe pas de technique « miracle » : les troubles spécifiques des apprentissages sont durables. Toutefois, leur prise en charge permet d’améliorer et/ou de compenser les fonctions déficientes. Une prise en charge adaptée, en orthophonie, psychomotricité, ergothérapie, orthoptie, ou par un psychologue, offre à l’enfant la possibilité de développer son potentiel scolaire. Un accompagnement psychologique s’avère souvent utile.
Tous les troubles des apprentissages nécessitent des adaptations pédagogiques à l’école. Elles peuvent être formalisés avec le médecin de l’Education nationale, pour tenir compte des difficultés de l’enfant. Parmi les mesure pouvant être mises en place, citons :
- une lecture orale des consignes des exercices pour les enfants ayant des difficultés de compréhension de la lecture
- des photocopies des cours, ou la possibilité d’utiliser un ordinateur, pour à des enfants qui rencontrent des difficultés d’écriture
- la reformulation les consignes pour aider les enfants présentant un trouble de la compréhension du langage
- du temps supplémentaires pendant les épreuves…
Ces adaptations peuvent se poursuivre jusqu’au brevet, voire jusqu’au bac, selon l’évolution.
Une orientation en classe spécialisée (de type ULIS TSL pour Unité localisée pour l’inclusion scolaire Troubles spécifiques du langage) peut être envisagée pour les enfants présentant des troubles sévères du langage écrit. Certains centres de référence de niveau 3 proposent une prise en charge spécialisée, avec des rééducations intensives sur place et une scolarité spécialisée. Ce dispositif s’adresse à des élèves non lecteurs, présentant des troubles sévères et multiples. A l’issue d’une ou deux années, ils peuvent être réorientés vers le système scolaire, ordinaire ou spécialisé.
Les enjeux de la recherche
Jusqu’ici, le trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture (dyslexie) est le trouble le plus étudié par les chercheurs. Des études génétiques et d’imagerie cérébrale sont toujours en cours. L’existence d’une susceptibilité génétique a été démontrée et, à ce jour, quelques gènes de prédisposition ont été identifiés : ils sont impliqués dans la migration neuronale. Certains sont en outre associés aux troubles du langage oral, dans le cadre de syndromes souvent plus complexes.
L’imagerie cérébrale anatomique et fonctionnelle permet quant à elle de mieux comprendre les mécanismes associés aux troubles de l’apprentissage. Les chercheurs observent de mieux en mieux les aires cérébrales affectées aux différentes fonctions. Ils soupçonnent que des désordres neuronaux dans certaines régions, ou encore un déficit de connexion entre des aires éloignées du cerveau, pourraient expliquer différents troubles des apprentissages.
Les processus de contrôle cognitif, véritables outils de l’apprentissage
Les efforts de recherche se concentrent actuellement vers le développement de méthodes de remédiation innovantes. Il s’agit d’interventions pouvant concerner la population générale d’enfants d’âge scolaires, ou des populations avec un trouble spécifique et durable des apprentissages.
Il est bien démontré que la qualité des apprentissages scolaires repose notamment sur la capacité de l’élève à exercer un contrôle cognitif sur ses processus de pensée et ses comportements. Il s’agit de parvenir à mobiliser de manière efficiente ses capacités attentionnelles, d’inhibition ou encore de flexibilité mentale, entre autres. Elles vont permettre à l’enfant ou à l’adolescent de s’autoréguler sur les plans cognitif et/ou émotionnel. On a montré que la maîtrise de ces processus de contrôle cognitif constitue un meilleur prédicteur de la capacité de l’enfant à s’adapter dès l’école maternelle, que son niveau d’intelligence.
Les apprentissages sont sous-tendus par l’efficience de la mémoire de travail, une mémoire transitoire qui permet le traitement de l’information en temps réel nécessaire à tout comportement dirigé par un but. La qualité de la mémoire de travail est notamment prédictive du développement précoce du langage, des performances en résolution de problèmes, en mathématiques, ou encore en compréhension de texte.
Une approche défendue pour l’accompagnement du développement des capacités de contrôle cognitif chez l’enfant et l’adolescent consiste à leur transmettre des connaissances métacognitives (« comment je fonctionne ») dans l’objectif de développer leur compétence métacognitive : organiser ses connaissances, développer des procédures et stratégies, exercer du contrôle sur son comportement et tirer parti de ses erreurs, réguler ses émotions, entre autres. Dans ce cadre, des outils de remédiation cognitive existent.
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