Le co-sleeping, ou sommeil partagé, est une pratique qui suscite de nombreux débats parmi les parents et les professionnels de la santé. Bien que certains y voient un moyen de renforcer le lien parent-enfant et de faciliter l'allaitement, d'autres soulignent les risques potentiels, notamment celui de la mort subite du nourrisson (MSN). Cet article vise à explorer en profondeur la relation entre le co-sleeping et la MSN, en s'appuyant sur des études récentes et les recommandations d'organisations de santé reconnues.
Qu'est-ce que la Mort Subite du Nourrisson ?
La mort subite du nourrisson (MSN) est définie comme le décès subit et inattendu d'un enfant de moins d'un an, en apparence bien portant, sans cause apparente après une enquête approfondie, incluant une autopsie. Elle se produit le plus souvent pendant le sommeil. Il est important de distinguer la MSN de la mort inattendue du nourrisson (MIN), qui englobe tous les décès inattendus, qu'ils soient expliqués (par une infection, une malformation cardiaque, etc.) ou inexpliqués (MSN).
En France, on dénombre chaque année entre 250 et 350 cas de MIN. Bien que les campagnes de prévention aient permis de réduire considérablement le nombre de décès depuis les années 1990, ce nombre stagne depuis les années 2000.
Co-sleeping : De quoi parle-t-on ?
Le terme "co-sleeping" englobe deux pratiques distinctes :
- Le partage de chambre : Le bébé dort dans la même pièce que ses parents, mais dans son propre lit (berceau ou lit cododo).
- Le partage de lit : Le bébé dort dans le même lit que ses parents. Cette pratique est également appelée "sommeil partagé" ou "bed-sharing".
Risques Associés au Partage de Lit
Plusieurs études ont mis en évidence une association entre le partage de lit et un risque accru de MSN, particulièrement chez les nourrissons de moins de trois mois.
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- Étude du British Medical Journal (2013) : Une étude importante publiée dans le British Medical Journal a révélé que 88 % des décès survenant lors du partage de lit pourraient être évités si le bébé était couché sur le dos dans un lit adapté près de celui de ses parents. Cette étude dénonce les messages de prévention qui ne déconseillent le co-dodo que si les adultes fument, boivent, se droguent, sont très fatigués ou si l’enfant est prématuré.
- Étude publiée dans la revue Pediatrics : Une étude analysant 7 595 cas de mort subite du nourrisson de moins de trois mois a révélé que 59,5 % des nourrissons décédés subitement étaient en co-dodo au moment de leur décès, et 75,9 % dormaient dans un lit d’adulte.
- Travaux réalisés aux États-Unis : Des travaux réalisés aux États-Unis, sur 8 207 décès de nourrissons montrent que le co-sleeping (ou couchage partagé) est lié aux décès d’environ 75 % des nourrissons de 0 à 3 mois et d’environ 59 % des nourrissons de 4 à 12 mois.
Ces études suggèrent que le partage de lit augmente le risque de MSN en raison de plusieurs facteurs :
- Risque d'étouffement : Le bébé peut être étouffé par les couvertures, les oreillers ou le corps d'un adulte, surtout si le matelas est mou.
- Hyperthermie : La chaleur corporelle des parents et les couvertures peuvent entraîner une augmentation excessive de la température du bébé, ce qui est un facteur de risque de MSN.
- Accidents d'écrasement : L'adulte peut se retourner pendant son sommeil et écraser le bébé, en particulier si l'adulte est fatigué ou a consommé de l'alcool ou des drogues.
Facteurs Aggravants
Certaines situations augmentent considérablement les risques liés au partage de lit :
- Tabagisme : Le tabagisme des parents, même en dehors du lit, augmente considérablement le risque de MSN.
- Consommation d'alcool ou de drogues : La consommation d'alcool ou de drogues par les parents diminue leur vigilance et augmente le risque d'écrasement du bébé.
- Fatigue : La fatigue extrême des parents, en particulier après l'accouchement, peut également diminuer leur vigilance et augmenter les risques.
- Prématurité ou faible poids à la naissance : Les bébés prématurés ou de faible poids à la naissance sont plus vulnérables et présentent un risque accru de MSN en cas de partage de lit.
- Couchage sur un canapé ou un fauteuil : Dormir avec un bébé sur un canapé ou un fauteuil est particulièrement dangereux en raison du risque accru d'étouffement et d'écrasement.
Avantages Potentiels du Partage de Chambre
Contrairement au partage de lit, le partage de chambre (bébé dans son propre lit dans la chambre des parents) est généralement considéré comme bénéfique.
- Réduction du risque de MSN : Plusieurs études ont montré que le partage de chambre réduit le risque de MSN de 50 %, probablement en facilitant la surveillance de l'enfant et une intervention rapide en cas de besoin.
- Facilite l'allaitement : Le partage de chambre facilite l'allaitement maternel, car la mère peut allaiter son bébé pendant la nuit sans avoir à se lever.
- Améliore le sommeil des parents : Certains parents trouvent que le partage de chambre leur permet de mieux dormir, car ils se sentent plus proches de leur bébé et peuvent répondre rapidement à ses besoins.
Recommandations Officielles
Les organisations de santé du monde entier, telles que l'Académie Américaine de Pédiatrie (AAP) et la Société Canadienne de Pédiatrie (SCP), formulent des recommandations claires concernant le sommeil des nourrissons :
- Toujours coucher bébé sur le dos : C'est la mesure la plus efficace pour réduire les risques de MSN. Même pour une sieste, cette position est impérative. Le nombre de décès a baissé de 50 à 80 % depuis l’adoption de cette règle.
- Utiliser un matelas ferme et plat, dans un lit conforme : Le lit doit être adapté à la taille de bébé, avec des barreaux et un matelas ferme. Pas de coussins, surmatelas, ni inclinaison.
- Le lit de bébé doit être vide : Aussi mignons soient-ils, peluches, doudous, oreillers, couvertures ou tours de lit sont à proscrire.
- Partage de chambre sans partage de lit : Le partage de chambre est conseillé pendant les 6 premiers mois : bébé dort dans la même pièce que ses parents, mais dans son propre lit.
- Éviter le partage de lit : La Société canadienne de pédiatrie (SCP) encourage les parents à dormir avec leur bébé dans la même chambre jusqu’à l’âge de 6 mois, mais chacun dans son propre lit. Les pédiatres français ont les mêmes conseils. Eviter le partage du lit en raison de décès de nourrissons qui surviennent chaque année pendant qu’ils dormaient avec leurs parents.
L'OMS recommande que l'enfant reste dans la chambre parentale jusqu'à ses 6 mois dans un lit à part, à proximité des parents. Ceci est une recommandation, naturellement.
Lire aussi: Recommandations pour prévenir la mort subite du nourrisson
Alternatives Sûres au Partage de Lit
Pour les parents qui souhaitent avoir leur bébé près d'eux pendant la nuit sans partager leur lit, il existe des alternatives plus sûres :
- Lit cododo : Il existe de petits lits à installer à côté du lit des parents, avec un côté ouvert vers le lit parental, pratiques pour allaiter pendant la nuit sans avoir à se lever.
- Berceau : Un berceau placé à côté du lit des parents permet de garder le bébé à portée de main tout en lui offrant un espace de sommeil sûr.
Comprendre les Causes des Morts Inattendues du Nourrisson
La mort inattendue du nourrisson est considérée depuis plusieurs années comme d’origine plurifactorielle selon le modèle du « triple risque » :
- Un enfant vulnérable par son histoire (prématuré, petit poids de naissance, etc.).
- Une période critique de son développement neurologique, respiratoire et cardiaque (1 à 4 mois - 75 % des décès survenant avant les 6 mois de l’enfant).
- Une exposition à des facteurs « de stress » environnementaux (décubitus ventral ou latéral, tabagisme passif, couchage sur une surface inadaptée, objets dans le lit, infections, etc.).
Ces trois facteurs réunis constituant alors une situation à risque majeure pour l’enfant.
Prévention des Morts Inattendues du Nourrisson
La prévention reste le meilleur levier pour réduire le nombre de décès. Les recommandations de l’American Academy of Pediatrics (AAP) reposent sur des données scientifiques basées sur les preuves (Evidence-Based Medecine) et ont pour objet d’informer les professionnels de santé et les parents sur les mesures de prévention à adopter, permettant de créer un environnement de sommeil plus sûr.
L’AAP recommande :
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- De coucher les nourrissons strictement en décubitus dorsal, dans une turbulette adaptée à leur taille et à la saison, sur un matelas ferme et dans un lit à barreaux sans coussin, drap, couette, oreiller, matelas surajouté, cale-bébé, tour de lit ni autres objets (doudous, peluches, etc.) qui puissent recouvrir, étouffer ou confiner l’enfant.
- Que la chambre ne doit pas être surchauffée (entre 18 et 20°C) et l’air doit circuler.
- De faire dormir l’enfant dans la chambre de ses parents au moins les 6 premiers mois (âge critique de la MIN) voire la première année.
- D’allaiter les 6 premiers mois grâce aux effets bénéfiques de l’allaitement maternel, l’effet protecteur étant majoré en cas d’allaitement maternel exclusif et de durée prolongée.
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