Plusieurs zones de la Charente-Maritime ont révélé une incidence anormalement élevée de cancers pédiatriques, suscitant des inquiétudes et des investigations approfondies. Une étude financée par la Ligue contre le cancer a mis en lumière ces clusters, pointant du doigt des facteurs environnementaux potentiels, notamment l'utilisation intensive de pesticides.
Découverte et Réaction Initiale
L'étude, commandée par la Ligue contre le cancer de Charente-Maritime, a été motivée par les observations des médecins de l'hôpital de Poitiers, qui ont constaté un nombre élevé de cancers infantiles dans la région de La Rochelle. Jean-Marie Piot, le président de la Ligue contre le cancer de Charente-Maritime, a souligné que chaque année, les analyses aboutissaient à la même conclusion : un excès de risque compte tenu de la faiblesse des effectifs. Cette étude, la première de son genre à l'échelle départementale, a révélé que, bien que le taux global de cancer dans le département soit dans la moyenne, certaines zones spécifiques présentaient des taux significativement plus élevés.
Zones Géographiques Concernées
L'étude a identifié plusieurs zones préoccupantes, notamment :
- La région de La Rochelle : Des quartiers tels que Laleu, la Pallice, Mireuil, la Rossignolette, Chef-de-Baie et Port-Neuf, situés à l'ouest de la ville, ont montré une sur-incidence de certains cancers. Plus précisément, les hommes de ces quartiers présentaient une sur-incidence de 33 % pour les cancers des voies aérodigestives supérieures et de 27 % pour les cancers du poumon par rapport à la moyenne départementale. Les femmes de ces mêmes quartiers ont également montré une sur-incidence significative de 7 % de l'ensemble des cancers et des cancers solides.
- La plaine d'Aunis : Cette zone, caractérisée par une agriculture intensive, semble payer le prix fort en termes d'exposition aux pesticides. Des analyses ont révélé la présence de pesticides dans les cheveux et les urines d'enfants habitant les communes de Périgny, Saint-Rogatien, Montroy, Clavette, Bourgneuf et Dompierre-sur-Mer.
- L'ouest de Saintes : Une zone viticole à l'ouest de Saintes a également révélé des taux de cancers pédiatriques préoccupants. Entre 2008 et 2022, on a constaté un excès de risque de 54 cas de cancers chez les moins de 24 ans pour un peu moins de 30 attendus.
Pesticides : Un Suspect Majeur
L'utilisation intensive de pesticides est fortement suspectée d'être un facteur contributif à ces clusters de cancers pédiatriques. La plaine d'Aunis et les vignobles de Saintonge sont régulièrement pointés du doigt pour des contaminations de l'environnement aux pesticides. En 2022, des niveaux record d'un herbicide, le prosulfocarbe, avaient été mesurés dans l'air de la plaine d'Aunis. De plus, des analyses concomitantes menées par Atmo Nouvelle-Aquitaine ont soulevé des questions sur l'exposition aux pesticides dans la zone de Saintes, où la vigne est prédominante.
Premières Alertes et Mobilisation
Une première alerte sanitaire avait été lancée dès 2018 par le CHU de Poitiers à l’ARS en raison d’un nombre élevé de patients de Saint-Rogatien soignés à Poitiers pour des hémopathies et autres cancers. Depuis, une association de victimes, Avenir santé environnement, a été créée et s’est mobilisée. En octobre 2024, elle a fait analyser les cheveux et urines de 72 enfants de six communes de la plaine d’Aunis (Périgny, Saint-Rogatien, Montroy, Clavette, Bourgneuf et Dompierre-sur-Mer), par le laboratoire de toxicologie et de pharmacovigilance du CHU. Résultat : 45 molécules différentes ont été retrouvées dans les cheveux et 14 dans les urines. Parmi elles, des substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques, comme le folpel, un fongicide, ou le pendiméthaline, un herbicide, mais aussi des produits interdits en France, connus pour leurs effets neurotoxiques.
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Réactions et Mesures Prises
Face à ces découvertes, plusieurs acteurs ont réagi :
- Les élus locaux : Le maire de Pisany, Pierre Tual, a exprimé son inquiétude et a souligné que personne ne lui avait parlé de cette étude avant sa publication. Le maire de Saint-Vivien a organisé une réunion d'information avec la Ligue contre le cancer, les chercheurs, les services de l'agglomération de La Rochelle et potentiellement l'Agence Régionale de Santé. La CDA de La Rochelle a été sollicitée pour installer un capteur d'analyse de l'air à Saint-Vivien.
- Les associations : L'association Avenir Santé Environnement, créée par des parents d'enfants malades, a appelé l'État à prendre la mesure de la situation et à agir. Elle a également souligné la nécessité d'un registre territorialisé des cancers qui serve d'outil d'alerte.
- Les autorités : Le député écologiste de Charente-Maritime, Benoît Biteau, a interpellé le gouvernement sur le sujet. La préfecture de Charente-Maritime a organisé plusieurs réunions publiques pour informer la population. Le préfet de Charente-Maritime a saisi d'une "mission de conseil" la Commission Nationale du débat public.
- L'agglomération de La Rochelle : L'agglomération de La Rochelle ne souhaite pas enterrer l'affaire et considère la santé publique et environnementale comme une priorité. Elle prévoit d'adapter les politiques de santé en conséquence.
Défis et Obstacles
Plusieurs défis et obstacles entravent la compréhension et la résolution de cette problématique :
- La difficulté à établir un lien de causalité : Bien que les suspicions soient fortes, rien ne permet officiellement de lier la forte utilisation de pesticides à ces cancers pédiatriques. Des études étiologiques approfondies sont nécessaires pour identifier les causes exactes.
- La réticence à parler du sujet : Sur le terrain, il est difficile d'obtenir des témoignages des élus et des habitants, qui se montrent réservés sur ce type de maladies.
- Le manque d'informations et de communication : Certains habitants se plaignent d'être laissés dans le flou par les autorités et aimeraient être davantage informés et associés aux futures études.
- Les délais d'obtention des résultats : Les études nécessaires pour identifier les causes de ces sur-incidences peuvent prendre plusieurs années, ce qui peut paraître trop long pour les personnes concernées.
Perspectives et Recommandations
Pour faire face à cette situation préoccupante, plusieurs pistes peuvent être envisagées :
- Renforcer la recherche : Il est crucial de financer des études étiologiques approfondies pour identifier les causes des clusters de cancers pédiatriques et déterminer le rôle des facteurs environnementaux, notamment les pesticides.
- Améliorer la surveillance : La création d'un registre territorialisé des cancers dans chaque département permettrait de détecter rapidement les sur-incidences et de lancer des investigations.
- Réduire l'exposition aux pesticides : Des mesures doivent être prises pour réduire l'utilisation de pesticides, notamment en promouvant des pratiques agricoles alternatives et en renforçant les contrôles sur les épandages.
- Informer et impliquer la population : Il est essentiel d'informer la population sur les risques potentiels et de l'impliquer dans les processus de décision.
- Renforcer la communication : Les autorités doivent communiquer de manière transparente et régulière avec les habitants des zones concernées et répondre à leurs questions.
- Mettre en place des politiques de santé adaptées : Les politiques de santé doivent être adaptées aux spécificités des zones concernées, en mettant l'accent sur la prévention, le dépistage et la prise en charge des cancers.
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