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Le Doudou de Mons: Histoire, Traditions et Ferveur Populaire

La Ducasse de Mons, communément appelée "Doudou", est une fête rituelle profondément ancrée dans l'histoire et l'identité de la ville. Reconnue par l'UNESCO comme patrimoine immatériel depuis 2005, elle attire chaque année des milliers de personnes venues vivre ou revivre ce moment unique. La Ducasse rituelle en constitue l'apogée.

Origines et Signification

Les origines de la Ducasse remontent au XIVe siècle. Le terme "ducasse" est une déformation du mot "dédicace", désignant la fête de consécration d'une église. À Mons, cette fête est intimement liée à sainte Waudru, fondatrice de la cité. L’origine du nom de la ville vient des Romains qui l’avaient baptisée Montes, désignant les 5 monts bordant la vallée de la Haine.

Sainte Waudru: Figure Emblématique

Issue d’une famille noble et influente, Waudru naît au début du VIIe siècle. Après un mariage et quatre enfants (Aldetrude, Madelberte, Landry et Dentelin), elle décide, ainsi que son mari, de changer de vie et de se consacrer à Dieu. Son mari, Vincent Madelgaire part vers Hautmont puis Soignies alors qu’elle se retire sur la colline qui plus tard deviendra Mons. Elle mène une vie de dévotion et de prière. Petit à petit, ce modeste lieu de culte se développe en une puissante institution.

Les Rituels Clés de la Ducasse

La Ducasse de Mons est rythmée par plusieurs rituels qui se déroulent sur plusieurs jours, chacun porteur de sens et d'émotions.

La Descente de la Châsse

La Descente de la châsse des reliques de Madame sainte Waudru, fondatrice de la cité. Elle fait l'objet d'une émouvante cérémonie, le samedi soir, dans la collégiale qui porte son nom. A travers cette séance solennelle, le Doyen confie au Bourgmestre les reliques de la sainte afin de les processionner le lendemain dans les rues de la ville. Cette tradition est scellée par l'air du Doudou entonné avec ferveur par toute l'assistance. Cet air sera scandé tout au long des festivités. Renouant avec une tradition qui remonte à 1426, la châsse de sainte Waudru est descendue de son emplacement et est confiée, au cours d'une cérémonie solennelle, par le Doyen de Mons à la garde du Collège des Bourgmestre et Echevins de la Ville.

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La Procession du Car d'Or

La Procession. Le dimanche matin, la châsse est posée sur un char d'apparat, le Car d'Or. C'est le coup d'envoi d'une journée chargée d'émotions et de joies. Quelque mille cinq cents participants, répartis en une soixantaine de groupes, défilent en costumes d'époque. Ils reconstituent les confréries et les corporations qui, depuis le Moyen Âge, ont fait la richesse et la puissance de la capitale hainuyère. Attelé de six robustes chevaux de trait, le Car d'Or attirera tous les regards au cours de son périple dans la cité.

Cessons d'appeler « Saint Georges en armure », l'homme de fer de la Procession du Car d'or à Mons . Nous savons tous que cette procession dite « d'action de grâce » tire son origine dans les processions votives initiées pour la fin des grandes épidémies et perpétuées dans le temps …On retrouve toujours actuellement ces processions à Nivelles (Grand tour Saint Gertrude), à Soignies (Grand tour saint Vincent et Procession historique) et à Mons où le grand tour à disparu mais où la procession historique a subsisté. Le combat di lumecon était au départ un « jeu processionnel » et il faut attendre 1819 pour qu'il soit extrait de la procession et amené sur la Grand Place. Les Grands tours consistaient en des processions qui visitaient les différentes paroisses, les oratoires et les chapelles autour de la ville … Il fallait donc sortir les reliques de la cité et les protéger … « L'homme de fer » est donc le chevalier armé et payé par la cité pour la protection des trésors religieux hors des murs de la cité. « L'homme de fer » de la procession est l'évocation de ce chevalier protecteur. Un autre reliquat de cette période subsiste lorsque, lors de la descente de la chasse le samedi, le bourgmestre de la cité assure « sans coût ni frais, la garde et la protection du corps de Madame Sainte Waudru » durant la période de la procession.Mais d'où viens donc cette « confusion » dont même l'esprit de beaucoup de montois est frappé … Probablement du fait que, Aramis Tournay, une fois sa charge de Saint Georges remise entre les mains de son fils Jimmy, occupa la fonction « d'homme de fer ». L'ancien Saint Georges devant ainsi un « Saint Georges en armure » ! Pour terminer le parallèle avec les autres « grand tour », il faut savoir que les membres de la confrérie de Saint Vincent mange toujours, à la veille de la procession, un repas issu de leur origine médiévale composé de pain, de vin, de jambon accompagné seulement de moutarde … et que dit ce couplet peu chanté du chant du doudou : « Les Dames du Chapître n'auront pas du gambon, Parce qu'ell's n'ont pas fait El tour dé procession. C'est l'doudou … »Alors, ce repas au jambon …

La Montée du Car d'Or

À la fin du parcours de la Procession, le public se rassemble massivement derrière le Car d'Or. Dans l'enthousiasme général, des milliers de mains hissent alors l'attelage au sommet du raidillon pavé qui longe la collégiale. L'enjeu est d'importance : la légende dit que le Car d'Or doit gravir d'un seul élan la rampe pour éviter le malheur à la ville. La Montée ne dure qu'une vingtaine de secondes. Elle est à ce point intense, qu'elle se ponctue dans une vibrante clameur du public.

Le Combat du Lumeçon

Le Combat appelé " Lumeçon ". Les reliques de sainte Waudru ont à peine regagné la collégiale que, déjà, saint Georges se prépare à affronter le Dragon. Il est accompagné des personnages du Lumeçon : Diables et Chins-Chins, Hommes Blancs et Hommes de Feuilles, Pompiers, Policiers en casques blancs ou bleus. Il est environ 12h30. Les acteurs du Combat entament alors la descente triomphante de la collégiale vers la Grand-Place (appelée la " descente de la rue des Clercs "). Face à l'Hôtel de Ville, des milliers de personnes se sont déjà amassées. Elles sont avides d'arracher le crin porte-bonheur qui termine la queue " d'el biète ", le Dragon. Arrivé au cœur de la Place, saint Georges, entouré des personnages du Jeu, combat le Dragon (d'abord à la lance et au sabre ; finalement au pistolet). Ce sera une demi-heure d'intense exaltation rythmée par le son frénétique du " Doudou ". Le Dragon est enfin terrassé par saint Georges d'un dernier coup de pistolet. L'ensemble des personnages du Lumeçon rentre dans la cour de l'Hôtel de Ville. La foule enthousiaste, quant à elle, scande " Et les Montois ne périront pas ! ". Le destin de la cité est pérennisé. La fête peut continuer !

Les Personnages du Lumeçon

  • Saint Georges: Le héros qui combat le dragon.
  • Le Dragon (el biète): Monstre d'osier revêtu de toile verte et garni de rubans aux couleurs belges et montoises. Pour les uns, c'est clair : le Doudou, c'est le Dragon. D'autres emploient volontiers " Doudou " pour désigner la" Ducasse ". En réalité, même si l'origine exacte du terme n'est pas connue, " Doudou "désigne plus que probablement le Dragon lui-même. Par extension, c'est devenu l'air bien connu joué durant le Combat, véritable " hymne national " montois.
  • Diables et Chins-Chins: Alliés de Saint Georges. Les Chin-Chins sont les alliés de saint Georges pendant le Lumeçon.
  • Hommes Blancs: Au nombre de 11, ils portent le Dragon. Ils sont vêtus de blanc des pieds à la tête. Seul élément noir : une large ceinture. Des rubans rouges sont attachés à leurs coudes et aux genoux. Un ruban de même couleur leur sert de cravate. Les Hommes Blancs et les Hommes de Feuilles participent également à un moment important du rituel le dimanche matin : ils procèdent à la pose de la châsse de sainte Waudru sur le char baroque qui la processionnera toute la matinée et sortent ensuite le Car d’Or de la collégiale en vue de la Procession.
  • Hommes de Feuilles: Au nombre de 8, ils soutiennent la queue du Dragon à l’aide de leur massue. Apparus pour la première fois en 1723, ces Hommes de Feuilles sont inspirés de l'image que les différents conquérants se faisaient des peuples vivant en pleine forêt.
  • Pompiers et Policiers: Maintiennent l'ordre durant le combat.

La Légende de Saint Georges et le Dragon

Jacques de Voragine, en effet, qui s'inspirant des différents récits épars, a défini et imposé les circonstances du combat contre le dragon, à commencer par le fait que combat il y a eu. Ses talents d'auteur et son autorité ecclésiastique ont conféré à l'ensemble un cachet d'authenticité. Le "Jeu du dragon", inspiré de la Légende dorée, traduite très tôt en français, en flamand, en anglais et en allemand, est né au Moyen Âge et s'est répandu dans toute l'Europe. Les traductions françaises les plus récentes de cette oeuvre datent du XIXe siècle et prennent une grande liberté à l'égard du texte latin. L'on propose ici une traduction de l'épisode du combat de saint Georges contre le dragon, établie sur l'édition de Theodor Graesse, Jacobi a Voragine Legenda Aurea, vulgo historia Lombardica dicta. (T. Graesse, 3e éd., Breslau, 1890, reprod. Osnabrück, 1965). Georges était originaire de Cappadoce et servait avec le grade de tribun dans l'armée romaine. Un jour il arriva dans une ville de Lybie nommée Silène. Près de cette ville, il y avait un étang aussi grand qu'une mer, dans lequel un dragon pestilentiel se tenait caché. Souvent il avait mis en fuite le peuple venu en armes pour le combattre et, quand il s'approchait des murs de la ville, il empoisonnait tous ceux qui venaient à portée de son souffle. Afin d'apaiser sa fureur, les habitants furent contraints de lui donner chaque jour deux brebis, autrement, il s'avançait jusqu'aux murs de la ville et empoisonnait l'air. Il causait ainsi la mort de beaucoup de personnes. Comme les brebis viendraient bientôt à manquer et qu'il n'était plus possible de s'en procurer la quantité nécessaire, les citoyens, après avoir tenu conseil, décidèrent de livrer au monstre une brebis et un être humain. Alors que le sort désignait les fils et les filles de tous les habitants et n'épargnait personne, et que déjà presque tous les fils et toutes les filles avaient été dévorés, un jour la fille unique du roi ne put échapper à son destin et elle fut adjugée au dragon.Le roi en fut affligé au-delà de toute mesure et dit: "Prenez l'or, l'argent et la moitié de mon royaume, mais laissez-moi ma fille pour lui éviter une fin aussi cruelle." Le peuple en fureur lui répondit: "Ô roi, c'est toi-même qui as promulgué cet édit et maintenant que tous nos enfants sont morts, tu veux sauver ta fille? Si tu n'observes pas scrupuleusement envers ta fille le traitement que tu as infligé aux autres, nous te brûlerons, toi et ton palais" Quand le roi entendit cela, il commença à pleurer sa fille en disant: "Que je suis malheureux, ô ma très douce fille, que ferai-je pour toi? Ou que dirai-je? Au bout de huit jours, le peuple furieux revint vers lui en disant: "Pourquoi extermines-tu ton peuple à cause de ta fille? Voilà que nous allons tous périr par le souffle du dragon." Le roi voyant alors qu'il ne pourrait pas sauver sa fille, la revêtit d'habits royaux, l'embrassa et lui dit en larmes: "Que je suis malheureux, ô ma très douce fille, je croyais élever tes fils dans le giron royal, et maintenant tu pars pour être dévorée par le dragon. Ah, que je suis malheureux, ma très douce fille, j'espérais inviter les princes à tes noces, décorer le palais de perles, entendre les tambourins et toutes sortes d'instruments, et maintenant tu pars pour être dévorée par le dragon." Il la couvrit de baisers puis la laissa aller en lui disant: "Que ne suis-je mort avant toi, ma fille, au lieu de te perdre ainsi." Alors, elle tomba aux pieds de son père et lui demanda sa bénédiction. Saint Georges vint à passer par là par hasard et la vit toute en pleurs. Il lui demanda ce qu'elle avait. Et elle répondit: "Bon jeune homme, remonte vite sur ton cheval et fuis pour ne pas mourir avec moi de la même mort." Georges répliqua: "Ne crains rien, jeune fille, mais dis-moi ce que tu attends ici pendant que tout le peuple assemblé regarde?" Elle répliqua: "Comme je vois, bon jeune homme, tu as le cœur noble, mais pourquoi désires-tu mourir avec moi? Enfuis-toi au plus vite." Georges dit: "Je ne partirai pas d'ici tant que tu ne m'auras pas confié ton tourment." Lorsqu'elle lui eut raconté toute l'histoire, Georges ajouta: "Jeune fille, ne crains rien car au nom du Christ je te viendrai en aide." Elle reprit: "Bon chevalier, hâte-toi donc de te sauver toi-même pour ne pas périr avec moi. Il suffit en effet que je sois seule à mourir. Tandis qu'ils s'échangeaient ces mots, le dragon vint à la surface et éleva la tête au-dessus du lac. Toute tremblante, la jeune fille s'écria alors: "Fuis, mon bon seigneur, fuis vite." Alors Georges enfourcha son cheval, fit le signe de la croix et chargea hardiment le dragon qui arrivait sur lui. Brandissant sa lance avec force et se recommandant à Dieu, il blessa gravement le monstre et le terrassa. Après il s'adressa à la pucelle: "Lance, sans crainte, ta ceinture autour du cou du dragon, jeune fille." Quand elle l'eut fait, le dragon la suivit comme un chien très familier. Quand elle l'eut conduit dans la ville, les habitants, à cette vue, commencèrent à s'enfuir par monts et par vaux en criant: "Malheur à nous, car nous allons tous périr !" Alors saint Georges leur fit signe et s'écria: "Ne craignez rien, car le Seigneur m'a envoyé vers vous afin de vous délivrer des crimes du dragon. Alors le roi et tout le peuple furent baptisés, saint Georges dégaina son épée, tua le dragon et ordonna de l'emporter hors de la ville. Alors quatre paires de boeufs conduisirent le monstre dans un grand champ. Ce jour-là, vingt mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, reçurent le baptême. En l'honneur de la sainte Vierge et de saint Georges, le roi fit construire une église d'une étendue considérable. De l'autel de cette église jaillit une source de vie dont une gorgée guérit tous les malades. Le roi offrit à saint Georges une immense somme d'argent qu'il refusa de recevoir et qu'il recommanda de distribuer aux pauvres. Alors Georges instruisit brièvement le roi de quatre préceptes: d'avoir soin des églises de Dieu, d'honorer les prêtres, de suivre attentivement l'office divin et de toujours penser aux pauvres. Puis, après avoir embrassé le roi, il quitta la région.

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Au-Delà du Rituel: Ferveur Populaire et Identité Montoise

La Ducasse de Mons est bien plus qu'une simple reconstitution historique ou religieuse. Elle est l'expression d'une ferveur populaire profonde, un moment où l'identité montoise se réaffirme et se transmet. « Adolescent, j’ai participé au combat ! « Ça vient des tripes ! La Ducasse rituelle en constitue l'apogée.

L'Importance de la Participation

L’identité locale se reconstruit ainsi annuellement dans les rites festifs de la ducasse, très réglés malgré le désordre temporaire apparent qu’ils instaurent, et « l’essentiel se joue dans le sens attribué aux modalités de participation et à la manière dont chacun se rattache à l’événement, plutôt qu’au contenu de l’événement lui-même » (p.

L'Air du Doudou: Un Hymne Rassembleur

L'air du Doudou, entonné avec ferveur lors de la Descente de la Châsse et scandé tout au long des festivités, est un véritable hymne national montois. Il symbolise l'unité et la fierté de la communauté.

La Quête des Crins du Dragon

La foule se rue sur le dragon, avide d'arracher un crin porte-bonheur de sa queue. Cette pratique, à la fois ludique et symbolique, témoigne de l'attachement des Montois à leur Doudou.

Le Musée du Doudou: Un Espace de Découverte

Situé dans le Jardin du Mayeur, le Musée du Doudou vous invite à découvrir la Ducasse rituelle et son riche univers, véritable bijou du patrimoine mondial et du folklore montois.

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Consacré à la Ducasse de Mons, reconnue patrimoine immatériel par l’UNESCO depuis 2005, ce musée vous propose une véritable immersion pour assister au combat légendaire entre saint Georges et le Dragon.

Divers Regards sur un Patrimoine Exceptionnel

Le parcours muséal vous invite à découvrir ce patrimoine exceptionnel, mis en valeur à travers différents regards : historique, anthropologique, scientifique, artistique, laïc ou religieux.

Entre réalité et imaginaire, il s’attache notamment à comprendre et à valoriser les différents aspects de cette histoire universelle et multiséculaire.

Le Jardin du Mayeur: Un Écrin de Verdure

Une visite au Musée du Doudou est aussi l'occasion de découvrir le Jardin du Mayeur, réalisé en 1930 et abritant notamment la célèbre Fontaine du Ropieur.

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