L'affaire Grégory Villemin, du nom de cet enfant de quatre ans retrouvé mort dans la Vologne en 1984, reste l'une des énigmes judiciaires les plus marquantes de France. Quarante ans après les faits, que sont devenus les principaux acteurs de ce drame familial et judiciaire?
Jean-Marie et Christine Villemin: Une reconstruction dans l'anonymat
Après la libération de Jean-Marie, emprisonné pour l'assassinat de son cousin Bernard Laroche, qu'il croyait être le meurtrier de Grégory, les époux Villemin ont quitté les Vosges pour s'installer en région parisienne, espérant un peu d’anonymat. Ils ont reconstruit leur vie, fondé une famille et sont aujourd'hui parents de trois enfants, Julien, Émelyne et Simon, et grands-parents.
Une vie de famille reconstruite
"Ils ont d'autres enfants, adultes, enseignants et avec des enfants", a indiqué François Saint-Pierre, l'un de leurs avocats. "Ils ont travaillé, mené leur vie, mais sont extrêmement soucieux de leur anonymat." Discrets, ils ne sont plus apparus dans les médias depuis 1994.
Jean-Marie Villemin, aujourd'hui retraité, a travaillé dans l'usine d'un sous-traitant automobile avant de devenir technicien de laboratoire. À sa sortie de prison, son entreprise l'a employé sur un autre site, en banlieue parisienne. Christine Villemin, quant à elle, travaille toujours à Paris. Au début de l'affaire, elle avait été désignée comme possible "corbeau" par des graphologues, puis inculpée et brièvement emprisonnée avant d'être mise hors de cause.
La quête de vérité persiste
Malgré les années écoulées, Jean-Marie et Christine Villemin n'ont jamais renoncé à connaître la vérité sur la mort de leur fils. Ils espèrent toujours que des éléments scientifiques nouveaux permettront d'identifier le ou les coupables. Ils ont d'ailleurs récemment réagi à l'annonce de la convocation de Jacqueline Jacob pour un nouvel interrogatoire, exprimant une "très forte émotion".
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Jean-Marie Villemin a récemment écrit la préface d'un roman graphique, "Grégory" (Les Arènes), qui évoque l'affaire sous le prisme de son procès en 1993. Il y raconte combien le couple a "souffert de la médiatisation" de cette "tragédie". Mari et femme se sont "reconstruits" loin des Vosges et sont des "parents et grands-parents heureux", selon Laurent Beccaria, patron de la maison d'édition Les Arènes. "Ils sont une famille normale."
Les enfants de la reconstruction
Julien, Émelyne et Simon sont les frères et sœur du petit Grégory Villemin. On les a appelés « enfant de la reconstruction » ou encore « enfant de l’espoir ».
Julien est né le 30 septembre 1985, presque un an jour pour jour après la découverte du corps de Grégory. Aujourd’hui, Julien Villemin est un père de famille de 39 ans qui a fait carrière dans une franchise d’optique.
Émelyne, née en 1990, est décrite comme une enfant gaie et studieuse. Elle a fait de brillantes études, est allé en classe préparatoire où elle était la seule boursière de sa classe. Âgée de 34 ans aujourd’hui, elle est agrégée de sciences et s’est mariée à un Normalien.
Simon, né en 1998, a toujours vu ses parents ensemble et loin de la Vologne. Preuve en est : si le couple a prénommé son benjamin Simon, c’est en hommage juge Maurice Simon avance Le Monde.
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Marie-Ange Laroche: Un deuil impossible
Marie-Ange Laroche, la femme de Bernard Laroche, vit toujours dans la vallée de la Vologne. Elle a déclaré en 2017 que sa vie était "foutue" après avoir été "trainée dans la boue, détruite, salie". Elle a quatre enfants, dont deux de Bernard Laroche.
Selon son avocat, Gérard Welzer, elle "va très mal. Depuis le 29 mars 1985, date de l'assassinat de Bernard Laroche, elle n'a jamais pu faire son deuil, puisqu'à intervalles réguliers, il y a une réouverture (de l'enquête) soi-disant décisive et qui montre du doigt son mari comme étant l'éventuel coupable".
Murielle Bolle: Le silence brisé
Murielle Bolle, la petite sœur de Marie-Ange Laroche, a joué un rôle central dans l'affaire, racontant dans un premier temps avoir été au côté de Bernard Laroche lors de l'enlèvement de Grégory, avant de se rétracter. Elle n'a cessé depuis de clamer l'innocence de son beau-frère.
Elle a été mise en examen en 2017 pour "enlèvement suivi de mort" et emprisonnée durant 38 jours, mais cette mise en examen a été invalidée pour vice de procédure l'année suivante. Âgée de 55 ans, elle vit toujours dans les Vosges. Elle a eu trois garçons et est grand-mère. Elle a publié en 2018 "Briser le silence", pour raconter son histoire.
Jean-Michel Lambert: Un suicide tragique
Surnommé "le petit juge", Jean-Michel Lambert était le premier magistrat chargé d'instruire l'affaire. Accusé d'avoir bâclé l'enquête, il s'est suicidé le 11 juillet 2017, à 65 ans. Il a rédigé 11 livres, dont un baptisé "De combien d'injustices suis-je coupable", dans lequel il évoquait "la complexité de l'œuvre de justice".
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Etienne Sesmat: Un regard critique
Premier enquêteur à intervenir sur l'affaire, le capitaine de gendarmerie Etienne Sesmat a quitté la gendarmerie en 2006 "pour être libéré" de son devoir de réserve. Il a publié la même année un livre, "Les deux affaires Grégory", republié en version augmentée à l'occasion des 40 ans du début de l'affaire. Après 12 ans en tant que directeur sécurité de la Régie des transports de Marseille, il a pris sa retraite en 2018.
Les autres protagonistes
Marcel et Jacqueline Jacob
Marcel et Jacqueline Jacob sont le grand-oncle et la grand-tante de Grégory. Jacqueline Jacob a été désignée par une expertise graphologique comme ayant probablement écrit une lettre anonyme de menaces aux grands-parents de Grégory, en 1983. L'arrêt indique aussi qu'une expertise en stylométrie - une analyse de la syntaxe et du style des courriers du corbeau - conclut que la lettre de revendication du crime, envoyée le 16 octobre 1984, a très probablement été écrite par Jacqueline Jacob. Sa mise en examen et celle de son épouse sera annulée pour vice de forme.
Monique et Albert Villemin
Monique et Albert Villemin sont les grands-parents de Grégory. Ils ont reçu des centaines d'appels anonymes entre 1981 et 1983, mais aussi des lettres qui font référence au "bâtard", leur premier enfant, qui a été reconnu par Albert, alors que toute la famille sait qu'il n'est pas son fils. Monique soutiendra toujours Bernard Laroche qu'elle croit innocent. Elle se constitue partie civile et soutient l'accusation au procès contre sa bru Christine Villemin, soupçonnée d'avoir tué son fils. Monique a aussi été soupçonnée d'avoir rédigé des courriers anonymes, notamment une lettre de menace de mort à destination du juge Simon en 1989, alors qu'il instruisait l'affaire. Elle est décédée en 2020.
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