Vous avez peut-être entendu parler de ce qu’on appelle « hormone de grossesse », mais de quoi s’agit-il ? Cet article explore en profondeur la relation complexe entre le cancer et la bêta-HCG (hormone chorionique gonadotrope), en mettant en lumière son rôle en tant que marqueur tumoral et son importance dans le diagnostic et le suivi de certains types de cancers, tant chez les hommes que chez les femmes.
Qu'est-ce que l'Hormone Chorionique Gonadotrope (HCG) ?
Tous les tests de grossesse détectent la présence de l’hormone hCG (ou gonadotrophine chorionique humaine, pour donner son nom scientifique) dans le sang ou les urines. La gonadotrophine chorionique humaine (hCG) est une hormone fabriquée d’abord par l’embryon, puis par le placenta. Cette hormone stimule la production d’une plus grande quantité d’œstrogènes et de progestérone pendant la grossesse. C’est l’hormone détectée par tous les tests de grossesse, que ce soit chez vous dans les urines ou lors d’une analyse de sang prescrite par un médecin.
L’hormone hCG joue un rôle essentiel au début de la grossesse, car elle favorise la production de progestérone par le corps jaune, la partie qui reste après la libération de l’ovule par l’ovaire. La hCG, associée à des hormones comme la progestérone et les œstrogènes, contribue également au maintien de la muqueuse utérine. Elle stimule en outre la glande thyroïde et favorise l’implantation du blastocyste (qui évoluera plus tard en un bébé).
Le taux de hCG augmente rapidement au cours des tout premiers jours de la grossesse. Les méthodes d’analyse médicale les plus sensibles permettent de détecter l’hormone dans le sang environ huit jours après la date estimée de la conception. En fonction de leur sensibilité, les tests de grossesse à domicile peuvent détecter la hCG quelques jours plus tard dans les urines. Le taux de hCG augmente rapidement et de manière exponentielle, doublant généralement tous les deux jours au cours des premières semaines avant d’atteindre un niveau stable (plateau) vers la semaine 10 ; il diminue ensuite lentement. Dans la grande majorité des cas, oui. Le taux de hCG typique vers quatre semaines de grossesse est d’environ 140 mUI/ml. Ainsi, un taux de hCG élevé peut généralement être considéré comme preuve de grossesse.
La Bêta-HCG : Un Marqueur de Grossesse et Plus Encore
La Bêta-HCG, ou Hormone Chorionique Gonadotrope sous sa forme bêta, est d'abord sécrétée par le trophoblaste embryonnaire, puis par le placenta en développement. Pendant les premières semaines de gestation, la concentration de Bêta-HCG dans le sang augmente. On considère qu’il double toutes les 48h/72h. Cliniquement, la présence de bêta-HCG dans le sang ou les urines est utilisée comme marqueur pour diagnostiquer une grossesse, et son dosage quantitatif permet de déterminer l’âge gestationnel.
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Chez l’homme, le taux physiologique de Bêta-HCG se situe entre 1 et 2 mUI/ml, tandis que chez la femme non enceinte, il varie entre 1 et 5 mUI/ml.
La Bêta-HCG comme Marqueur Tumoral
En dehors du cadre de la grossesse, la Bêta-HCG peut également être produite par certaines cellules tumorales, qu'elles soient cancéreuses ou non, dans les tumeurs des cellules germinales (ovaires chez la femme, testicules chez l’homme). Dans ces situations, le dosage sanguin de la Bêta-HCG permet de surveiller l'évolution de la tumeur et d’évaluer la réponse au traitement. Sa présence chez l’homme doit alerter sur la possibilité d'un cancer des gonades, en particulier des testicules.
Les tumeurs germinales malignes sont des tumeurs issues de la transformation de cellules primitives, destinées à donner les ovules, chez la femme, ou les spermatozoïdes, chez l’homme. Ces tumeurs sont majoritairement localisées aux organes génitaux mais elles sont parfois aussi localisées dans le cerveau, le médiastin ou la région sacro-coccygienne.
Dans le cadre du suivi d’un cancer du testicule ou d’une tumeur trophoblastique (choriocarcinome), le dosage de la bêta-HCG dans le sang permet de vérifier l’efficacité du traitement (normalisation de son taux) ou de détecter une éventuelle rechute en cas de ré-ascension de son taux.
Tumeurs Trophoblastiques Gestationnelles (TTG)
Ces tumeurs rares ont comme point de départ le placenta, c'est-à-dire les membranes qui entourent l’embryon pour le protéger et le nourrir et siègent dans l'utérus. Ces entités ont en commun une hypersécrétion d'une hormone spécifique de la grossesse, secrétée par le trophoblaste, l'hCG.
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Une môle hydatiforme n’est PAS une tumeur trophoblastique gestationnelle. C’est une tumeur bénigne, formée par la dégénérescence des villosités du placenta en villosités kystiques au début de la grossesse. Aucun embryon n'est visible et l'utérus est rempli de ces petites boules. Les causes sont mal connues. Elles semblent dues à des anomalies dans la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde pour une raison indéterminée. Dans ce cas, il n’y a jamais d’embryon ou de fœtus identifiable. Le placenta forme des kystes multiples et prend un aspect en grappe de raisin. La môle a une constitution chromosomique particulière. La mère donne uniquement le cytoplasme de son ovocyte et l’ADN mitochondrial, alors que le père apporte la totalité du noyau sous forme d’un spermatozoïde 23X qui se duplique (46XX) ou par un spermatozoïde diploïde ou encore par deux spermatozoïdes X et Y. Elle est l'origine d'environ 20 % des avortements spontanés. Le jeu supplémentaire de chromosomes est d’origine paternelle dans 85% des cas (fécondation de l’ovocyte par deux spermatozoïdes ou par un seul mais diploïde). La triploïdie d’origine maternelle (15% des cas) est le résultat de la fécondation d’un ovocyte diploïde. Un embryon peut généralement commencer à se développer sans pouvoir survivre et le placenta évolue de façon anormale. Le risque de tumeur trophoblastique est de 8 à 15 % après une môle hydatiforme complète et de l’ordre de 1 à 6 % après une môle hydatiforme partielle. Chez 9 femmes sur 10, le test se négative complètement et définitivement sans aucun problème ultérieur. Le risque de môle pour cette nouvelle grossesse est de moins de 1 %.
Le choriocarcinome gestationnel est la forme la plus fréquente (95 % des cas). L'évacuation initiale complète d'une môle s'accompagne d'une normalisation des taux du marqueur tumoral, hGC. Chez une patiente ayant présenté une môle hydatiforme, le délai moyen de survenue d’une tumeur trophoblastique est de 6 mois bien que certaines tumeurs peuvent se développer tardivement, même dans les suites d’une nouvelle grossesse normale. Il est souvent établi à partir des paramètres décrits dans le tableau ci-dessous. La tumeur est à bas risque si le score est égal ou inférieur à 6, avec présence ou non de métastases.
Autres Cancers et la Bêta-HCG
La sécrétion inappropriée (SI) d’hormone chorionique gonadotrope β (β-HCG) au cours des cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC) est rare et méconnue. Son dosage n’est pas systématique chez les femmes en âge de procréer nécessitant une chimiothérapie (CT) pour CBNPC. Cependant, des observations de prescription de CT chez des femmes dont l’état de grossesse avait été méconnu, ont été décrites. Or l’incidence des cancers bronchiques (KB) est en augmentation chez les femmes jeunes, ce qui augmente le risque de prescription d’une CT chez une femme enceinte.
Interprétation des Taux de Bêta-HCG
Il est important de noter que l'interprétation des taux de bêta-HCG doit toujours être faite par un professionnel de santé, en tenant compte du contexte clinique du patient.
- Taux élevés de hCG chez les femmes non enceintes ou chez les hommes : Cela peut indiquer la présence de certaines tumeurs, notamment des tumeurs germinales (testiculaires ou ovariennes) ou des tumeurs trophoblastiques.
- Suivi du traitement : Le dosage de la bêta-HCG est utilisé pour surveiller l'efficacité du traitement des tumeurs qui sécrètent cette hormone. Une diminution des taux de bêta-HCG indique généralement une réponse positive au traitement.
- Détection de récidive : Une augmentation des taux de bêta-HCG après un traitement réussi peut signaler une récidive de la tumeur.
Dosage de la Bêta-HCG : Comment et Pourquoi ?
Le dosage de l'hormone bêta-HCG (hormone Chorionique Gonadotrope) est produit uniquement en cas de grossesse. Son dosage dans le sang se fait dans un laboratoire d'analyses médicales, uniquement avec une ordonnance médicale. Il repose sur une prise de sang (il n'est pas nécessaire d'être à jeun).
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Types de Tests
- Test de grossesse sanguin qualitatif : Ce test permet de déterminer la présence de l’hormone hCG dans le sang, avec un résultat positif ou négatif.
- Test de grossesse sanguin quantitatif : Ce type de test mesure en fait le taux de hCG dans le sang. Il est plus précis et permet de suivre l'évolution de la grossesse ou de surveiller les tumeurs sécrétant de l'HCG.
Importance du Dosage de la Bêta-HCG dans le Diagnostic Différentiel
Le dosage de la bêta-HCG est crucial pour distinguer une grossesse d'une sécrétion inappropriée d'HCG due à une tumeur, en particulier chez les femmes en âge de procréer devant subir une chimiothérapie pour un cancer bronchique. Un diagnostic précis est essentiel pour éviter l'administration de traitements potentiellement dangereux pour un fœtus.
Traitement des Tumeurs Sécrétant de la Bêta-HCG
Le traitement des tumeurs sécrétant de la bêta-HCG dépend du type de tumeur, de son étendue et de l'état de santé du patient. Les options de traitement peuvent inclure :
- Chirurgie : Pour enlever la tumeur, si possible.
- Chimiothérapie : Souvent utilisée pour les tumeurs germinales et trophoblastiques. Le méthotrexate en monothérapie c'est l'option habituelle à la dose de 1 mg/kg à J1, J3, J5, J7 en IM. Il est associé à l'acide folinique 10 mg par voie orale à J2, J4, J6, J8. Dans ce schéma, le J1 revient tous les 14 jours. Ce traitement n'est pas associé à une alopécie mais la mucite fréquente et est prévenue par l’acide folinique. L'actinomycine D représente une option en cas d’échec du méthotrexate, si les taux d'hCG sont faibles (< 500 UI/l).
- Radiothérapie : Peut être utilisée dans certains cas, notamment pour les tumeurs cérébrales.
La contraception est obligatoire pour toutes les patientes jusqu’à 12 mois après normalisation des hCG, afin de ne pas confondre une nouvelle grossesse avec une récidive. L'immunothérapie pourrait constituer une nouvelle arme thérapeutique.