Loading...

Christiane Succab-Goldman : Une vie entre amour, tragédie et résilience

Christiane Succab-Goldman est une figure dont la vie a été marquée par l'amour passionné, la tragédie et une résilience remarquable. Son histoire est inextricablement liée à celle de Pierre Goldman, militant révolutionnaire et frère de Jean-Jacques Goldman, dont la vie a été interrompue brutalement.

Une rencontre improbable

Née en Guadeloupe en septembre 1948, Christiane Succab arrive à Paris en 1965 avec ses parents, tous deux instituteurs. C'est dans le milieu militant de gauche, fréquenté par sa sœur aînée, qu'elle entend parler de Pierre Goldman. Leur première rencontre a lieu au café Le Champo, un lieu de rendez-vous pour les étudiants engagés. Contrairement à ses attentes, elle ne le trouve pas drôle et n'est pas immédiatement séduite. "Il ne me plaît pas", se souvient-elle.

Quelques années plus tard, en 1969, elle le revoit lors d'une soirée. Cette fois, une complicité naît entre eux. "Il se passe quelque chose de très profond. Je suis son interlocutrice, pas une fille qu’on fait danser." Tous deux partagent une passion pour Cuba et un idéal politique commun. C'est le début d'une histoire d'amour intense et singulière, comme elle le décrit elle-même, "une négresse et un blanc", défiant les mœurs de l'époque.

L'épreuve de l'incarcération et le mariage

En 1970, Pierre Goldman est arrêté et inculpé du meurtre de deux pharmaciennes lors d'un braquage. Christiane est bouleversée et incrédule. "Pierre et moi, nous nous sommes créé un monde à nous, dans une langue faite de français, de créole, qu’il parlait à la perfection, et d’espagnol." Terrifiée, elle est malmenée par la police, qui tente de la manipuler.

Malgré son amour pour Pierre, elle prend ses distances. Cependant, ils continuent à s'écrire quotidiennement, et elle obtient un droit de visite. En 1974, Pierre Goldman est condamné à perpétuité. Christiane, de son côté, se marie avec un autre homme. Mais lors d'un rassemblement en soutien à Pierre, elle apprend qu'elle peut lui écrire. Elle le fait, et il répond. C'est le début de leurs retrouvailles.

Lire aussi: L'engagement politique de Christiane Taubira

Leur correspondance devient quotidienne, et leur amour renaît. Pierre, encouragé par Christiane, décide de se défendre lors d'un nouveau procès. "Il me dit qu’il veut enfin vivre, qu’il va se défendre et qu’il va le faire pour moi, que je devrais divorcer puisque je n’ai pas d’enfant et l’épouser." Christiane divorce et se consacre à la défense de Pierre.

En 1976, Pierre Goldman est acquitté. Trois mois plus tard, Christiane et Pierre se marient et emménagent en région parisienne. C'est une période de réinsertion intense pour Pierre, qui s'était rapproché du judaïsme pendant son incarcération.

Le deuil et la résilience

Trois ans après leur mariage, Christiane tombe enceinte de leur fils Manuel. Mais le bonheur est de courte durée. Le 20 septembre 1979, six jours avant la naissance de Manuel, Pierre Goldman est assassiné en pleine rue à Paris. Il a 35 ans. "J’étais à la clinique durant l’enterrement avec le nouveau-né qu’il avait tant désiré mais qui ne connaîtrait jamais son père. Quand j’en suis sortie, l’appartement était sous scellés."

Christiane se retrouve veuve et mère célibataire, confrontée à un deuil immense. Elle parvient à surmonter cette épreuve et à élever son fils, Manuel, qui deviendra rappeur sous le nom de Riski. Elle devient journaliste radio sur France Culture, à l'initiative de l'émission littéraire «Antipode» en 1983.

La prise de parole et la critique du film "Le Procès Goldman"

Pendant plus de quarante ans, Christiane Succab-Goldman garde le silence sur son histoire avec Pierre Goldman. Cependant, la sortie du film "Le Procès Goldman" de Cédric Kahn en 2023 la pousse à sortir de sa réserve. Elle critique les inexactitudes du récit et dénonce une double trahison : d'abord, les erreurs factuelles du film, et ensuite, la date de sortie, le lendemain de l'anniversaire de la mort de Pierre Goldman.

Lire aussi: L'impact de l'avortement clandestin : le récit de Taubira

Elle reproche notamment au film de présenter une version fictive de sa présence au tribunal et de fusionner les deux procès de Pierre Goldman. Elle conteste également le portrait de son mari comme un homme incontrôlable, affirmant qu'il était resté factuel et mesuré pendant le procès.

Christiane Succab-Goldman souligne également qu'elle n'a pas été consultée pour le film et qu'elle n'a pas approuvé la manière dont son histoire et celle de Pierre Goldman ont été représentées. Elle insiste sur le fait que leur amour était profond et sincère, et que leur fils Manuel est un enfant de l'amour, désiré et attendu par eux deux.

Lire aussi: Christiane Lutz, une figure de l'opéra

tags: #christiane #succab #goldman #enfants

Articles populaires:

Share: