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La politique de naissance en Chine : Un bilan démographique et social complexe

Évoquer la Chine d’aujourd’hui revient en premier lieu, pour la majorité des observateurs, à vanter ses performances économiques. Mais une seconde spécificité qui vient rapidement à l’esprit est la « politique de l’enfant unique », la Chine étant en effet le seul pays au monde à avoir adopté des mesures de contrôle des naissances aussi strictes et contraignantes, faisant des enfants uniques l’un des symboles de la société chinoise contemporaine. Pourtant, et contrairement à une idée répandue, l’impact de cette politique proprement dite sur l’histoire récente de la démographie chinoise n’a pas été si considérable et le modèle familial qu’elle a tenté d’imposer ne s’est, quant à lui, pas généralisé. Cette baisse de la fécondité et le renversement de la pyramide des âges qui en découle ont, à leur tour, des conséquences considérables sur la société et les individus : avec la baisse du nombre d’enfants et l’augmentation de celui des personnes âgées, cette transition démographique induit d’importants changements dans le statut, le rôle et les besoins de prise en charge des uns et des autres, notamment en matière d’éducation et de santé. Ainsi, non seulement les enfants chinois d’aujourd’hui, issus pour la plupart de fratries de taille restreinte, grandissent dans un environnement social et familial souvent bien différent de celui de leurs parents au même âge, mais encore sont-ils amenés, une fois adultes, à devoir assumer la charge de personnes âgées de plus en plus nombreuses.

Un recul démographique sans précédent

Avec un peu plus d’1,33 milliard d’habitants au dernier recensement de sa population (2010), la Chine reste le pays le plus peuplé du monde. Pourtant, son poids démographique relatif s’amenuise : elle représentait 22 % de la population mondiale en 1950, mais moins de 20 % en 2010. La Chine, jusqu'à aujourd'hui pays le plus peuplé du monde avec 1,4 milliard d'habitants, a vu sa population baisser en 2022 et pour la première fois depuis le début des années 1960. Et ce, malgré l'assouplissement des politiques publiques de contrôle des naissances symbolisée par la fin de la politique de l'enfant unique en 2016. En 2022, la Chine a vu sa population baisser pour la première fois depuis 60 ans. Cette diminution intervient paradoxalement à une époque d'assouplissement de la limitation des naissances dans le pays.

Le taux de natalité en Chine n’est plus que de 6,39 naissances pour 1 000 habitants. Ce qui fait que la Chine a perdu son titre de pays le plus peuplé du monde qui revient désormais à l’Inde. Les raisons de cette baisse de la natalité depuis plusieurs années ? Le coût de l’éducation est très élevé pour les parents, un manque de confiance en l’économie, une méfiance plus importante envers le mariage et un report de l’âge de la première grossesse en raison des études supérieures que suivent les femmes.

La politique de l’enfant unique : Genèse et mise en œuvre

À la fin des années 1970, les dirigeants chinois découvrent avec stupeur que la population du pays s’approche du milliard d’habitants, soit un quasi-doublement par rapport à 1949, lors de l’arrivée au pouvoir des communistes (969 millions en 1979 contre 540 millions trente ans plus tôt). En réponse, l’homme fort du régime, Deng Xiaoping, impose la politique de l’enfant unique, avec de lourdes amendes à la clé pour les contrevenants mais des assouplissements pour les minorités ethniques ou les familles paysannes, lorsque leur premier enfant est une fille. Le nombre de naissances plonge : le taux de fécondité (nombre d’enfants par femme en âge de procréer) tombe à 1,6 à la fin des années 1990, contre 5,9 en 1970. Pékin affirme alors que sa politique a permis d’éviter 400 millions de naissances. Mais cette politique est décriée pour ses avortements et stérilisations forcés, sans parler des conséquences pour l’évolution sociologique du pays : la génération des « petits empereurs » grandit sans savoir ce qu’est un frère ou une sœur, des cousins…

Afin de freiner une croissance démographique très soutenue, la Chine a mis en place la politique dite de l'enfant unique à partir de 1979. La population chinoise s'approchait alors du milliard d'habitants alors qu'elle n'en comprenait que 537 millions en 1945. Les autorités communistes s'inquiétaient de ne pas pouvoir faire face aux besoins d'une population toujours plus nombreuse. Aussi décident-elles d'instaurer une politique de contrôle des naissances. En 1973, des mesures sont ainsi prises afin d'inciter les Chinois à retarder l'âge du mariage, à espacer les naissances d'au moins 4 ans et à réduire le nombre des enfants. Cependant, cette chute est jugée insuffisante. Le gouvernement chinois décide alors en 1979 d'instituer la politique de l'enfant unique : les femmes ne doivent plus avoir qu'un seul enfant. Cette politique de contrôle des naissances s'accompagne de mesures coercitives. Les parents qui ont plus d'un enfant doivent payer des amendes. Ils se voient également privés de toute aide sociale. À l'inverse, les parents qui n'ont qu'un enfant bénéficient de primes et de divers avantages sociaux (crèches, logements ou transports). L'avortement et la contraception se voient par ailleurs facilités, voire sont imposés. Toutefois, la politique de l'enfant unique a entraîné de fortes résistances dans les campagnes. En 1983, les mères d'un seul enfant ne représentaient par exemple que 13 % des femmes mariées en âge de procréer. Cette politique a par ailleurs donné lieu à de nombreux abus : des stérilisations et des avortements forcés ont été pratiqués. De plus, les habitants des espaces ruraux ont pratiqué eux-mêmes des avortements sélectifs et des infanticides afin d'obtenir un enfant unique de sexe masculin. La politique de l'enfant unique, dont étaient déjà exemptées les minorités ethniques, a par conséquent dû être assouplie.

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Assouplissement progressif de la politique de natalité

Malgré le risque de vieillissement de la population, le régime communiste hésite à libéraliser sa politique, de peur d’une explosion démographique. Finalement, en 2013, il autorise les couples dont chacun des deux parents est enfant unique à avoir deux enfants. Mais deux ans après, seuls 1,45 million de couples avaient déposé une demande de deuxième enfant, soit 15 % à peine de la population concernée. En 2016, Pékin se résout à autoriser tous les couples à avoir deux enfants. Mais le coût de l’éducation est élevé, les logements restent de petite taille et, avec l’évolution des modes de vie, les Chinois se marient de plus en plus tard et les divorces explosent. La natalité ne repart pas.

En 2015, la politique de l'enfant unique avait été abrogée et à partir du 1er janvier 2016, autorisant les Chinois à avoir deux enfants.

La politique des trois enfants : Un nouvel espoir ?

Le 31 mai 2021, le Parti communiste annonce que les familles pourront désormais avoir trois enfants, trois semaines après la publication du recensement décennal (2020) qui a mis en évidence un vieillissement rapide de la population. Cette mesure, instituée en 2021, vise à atténuer ces tendances. En 2021, cette règle fut de nouveau élargie à trois enfants suite à une chute sans précédent de la natalité en Chine.

Si l’État chinois souhaite à tout prix un baby boom, cette volonté traduit un certain lot de regrets vis-à-vis d’une politique dévastatrice. Capture d’écran du sondage officiel Weibo sur la politique des trois naissances, par l’agence de presse Xinhua. Dans un sondage de l’agence de presse nationale chinoise Xinhua, posté sur le réseau social Weibo, 28 000 Chinois indiquent ne pas réfléchir à l’idée d’avoir un troisième enfant, contre seulement 1443 se déclarant comme prêts à donner naissance à un troisième enfant.

Les mesures d'accompagnement de la politique des trois enfants

La politique nataliste, instituée en 2021, s'accompagne de mesures visant à encourager les couples à avoir trois enfants. Ces mesures incluent un soutien financier pour les parents et à l’éducation pour les enfants (art. 27), ainsi qu'une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle pour les femmes. Le gouvernement chinois s'engage notamment à ne pas léser les femmes qui deviennent mères, que ce soit au sein des collectivités locales que des entreprises (art. 28 révisé en 2021). La législation nationale offre un congé maternité d’une durée de 98 jours, mais plusieurs régions de Chine accordent des jours supplémentaires pour inciter les femmes à avoir des enfants.

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Les limites de la politique des trois enfants

Malgré ces mesures, l'impact de la politique des trois enfants reste incertain. Le coût élevé de l'éducation, du logement et des services de santé, ainsi que les difficultés rencontrées par les femmes pour concilier vie familiale et vie professionnelle, pourraient freiner l'enthousiasme des couples chinois. De plus, le contrôle susceptible d’être exercé sur les couples et le maintien de l'interdiction de déterminer le sexe de l’enfant à naître (art. 39) pourraient susciter des réticences.

Les conséquences démographiques et sociales de la politique de l’enfant unique

En 35 ans de politique de natalité extrêmement stricte, la Chine fait alors face à deux importants problèmes : la démographie et l’économie. En restreignant ainsi le nombre de naissances à un seul enfant, l’État chinois a négligé les conséquences économiques pesant sur les futures générations. Un enfant seul se retrouve alors à nourrir deux, voire trois générations supérieures, aux populations importantes.

La politique de l'enfant unique a entraîné de fortes résistances dans les campagnes. Cette politique a par ailleurs donné lieu à de nombreux abus : des stérilisations et des avortements forcés ont été pratiqués. De plus, les habitants des espaces ruraux ont pratiqué eux-mêmes des avortements sélectifs et des infanticides afin d'obtenir un enfant unique de sexe masculin.

Le vieillissement de la population

Le faible indice de fécondité ne permet plus le renouvellement de la population, atteint à 2,1 enfants par femme. Et si avec 1,35 milliard d'habitants la Chine demeure le pays le plus peuplé du monde, sa population devrait être dépassée d'ici à 2030 par celle de l'Inde. Le vieillissement de la population menace en outre le développement économique du pays. En 2012 la Chine a en effet vu pour la première fois sa population active baisser. Ce vieillissement pose aussi le problème du financement des retraites. Les démographes s'alarment en effet du vieillissement accéléré de la population. De fait, si les plus de 65 % représentaient 8 % de la population chinoise en 2008 (soit 100 millions d'habitants), ils devraient en constituer près du quart en 2050 (340 millions d'habitants).

Le déséquilibre entre les sexes

Le début des années 2000 est aussi marqué par les premières conséquences graves de la politique de l’enfant unique, dont le déficit de femmes, avec un record en 2005, où la proportion à la naissance est estimée à 117,8 garçons pour 100 filles.

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Les enfants "noirs"

Dans les familles chinoises, cette politique a laissé de nombreuses traces visibles. Entre avortements et stérilisations forcées, les femmes portent sur leur corps le résultat d’une longue politique autoritaire, qui les a marquées à vie. Ceux qui sont tout de même nés à la triste place de second dans la famille, ont grandi dans l’isolement, privés de tout droit, d’existence, d’éducation, de transports, de soins médicaux et de papiers. Leur nombre est estimé à plus de 13 Millions, 13 Millions de vies inexistantes, d’enfants “noirs”, dont la reconnaissance annoncée par l’État chinois depuis 2015 reste sans nouvelles.

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