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Cases de Maternité en Liberté en Allemagne : Vers un Avenir du Bien-Être Porcin

Alors que l'Europe s'apprête à supprimer les cages de mise bas dans quelques années, les éleveurs se demandent s'ils sont prêts et si cette transition sera un avantage pour les truies et les porcelets. L'Allemagne a pris les devants en fixant à 2035 la date limite pour convertir les bâtiments d'élevage aux cases « liberté », où les truies pourront se mouvoir sur une surface minimale de 6,5 m².

L'Évolution des Systèmes de Logement pour Truies

L'un des défis actuels du secteur de la production porcine est de développer des systèmes de logement alternatifs aux cages de maternité, qui sont devenues le système le plus utilisé dans le monde depuis leur introduction au milieu du XXe siècle. Cependant, la pression sociale pour éliminer les cages dans la production a augmenté. L'initiative législative européenne "Fin de l'âge de la cage", lancée en 2018, a réussi à recueillir plus de 1,5 million de signatures, ce qui a obligé le Parlement européen à présenter une proposition de changements législatifs à partir de 2027.

Cette situation avait déjà été précédée par l'avis scientifique de l'EFSA sur les effets négatifs possibles des cages de maternité sur le bien-être des truies, ainsi que par les développements technologiques de systèmes alternatifs par l'industrie. Il est donc clair que le contexte indique que des changements se profilent à l'horizon à moyen terme et que la filière doit se préparer à répondre à ces défis.

Pourquoi Abandonner les Cages de Maternité ?

Les cages ont été conçues principalement pour prévenir l'écrasement des porcelets et la mortalité néonatale, ainsi que pour faciliter certaines interventions de conduite sur la truie. La mortalité après la mise bas a été associée principalement à des causes telles que l'écrasement, l'hypothermie ou l'inanition/malnutrition, ou des combinaisons de ces causes. De plus, dans le contexte actuel, l'utilisation d'une génétique hyperprolifique a entraîné une baisse du poids moyen des porcelets à la naissance et une augmentation de la mortalité.

Avant la mise bas, la truie est soumise à des changements hormonaux principalement associés aux niveaux de prolactine et d'ocytocine, qui l'incitent à développer des comportements de nidification (recherche et transport de matériaux, fouissement, grattage). L'incapacité de la truie à réaliser un comportement de nidification adéquat dans les cages, en raison du manque d'espace et de matériaux disponibles, a été associée à une augmentation des hormones de stress telles que le cortisol, qui agit négativement sur les niveaux d'ocytocine. D'où le lien entre le stress avant et après la mise bas chez la truie et la vitalité réduite des porcelets, car la durée de la mise bas et l'intervalle entre les mises bas augmentent en raison du stress et l'éjection du colostrum et du lait peut être retardée.

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Les Défis de la Maternité en Liberté

Les systèmes de logement alternatifs ont un bon potentiel pour améliorer certains aspects du bien-être des truies lors de la mise bas. Cependant, la conception et la gestion correctes de ces systèmes sont cruciales pour que les effets positifs sur la réduction du stress des truies ne soient pas annulés par des effets négatifs sur la mortalité des porcelets ou sur la facilité de conduite et de travail pour les éleveurs.

Une étude récente a suggéré que les cages présentent un risque relatif de mortinatalité supérieur de 22 % par rapport aux logements non confinés ou semi-confinés. En revanche, les cages diminuent encore, selon cette méta-analyse, le risque de mortalité néonatale après le sevrage (14 % de plus dans les systèmes liberté). D'autres aspects de conduite et de besoins d'espace pour définir de manière adéquate les zones fonctionnelles dans les nouveaux logements représentent encore un défi de développement.

Les Différents Types de Cases de Maternité en Liberté

Les systèmes alternatifs à la cage de maternité peuvent se présenter sous la forme de logements individuels ou collectifs, ou en combinaison. Actuellement, nous pouvons diviser ces systèmes en trois grands types :

  • Les systèmes permettant un confinement temporaire : Ces cages peuvent-être sur caillebotis (plus pratique à nettoyer) ou sur sol plein. Permet de contenir la truie 4j après la mise-bas. C'est un compromis bien-être truie / Bien-être porcelet / Bien-être éleveur.

  • Les systèmes sans aucun confinement : Les cases en liberté totale sont un peu plus grandes généralement que celles avec possibilité d’enfermer la truie.

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  • Les systèmes de groupe : Beaucoup d’équipementiers proposent des systèmes différents de maternité en groupe de truies. Certains sont sur le modèle du réfectoire utilisé en gestantes, avec les porcelets en liberté dans des courettes collectives à l’arrière. Les truies peuvent également y avoir accès. D’autres variantes existent, en groupes de quatre, par exemple : les contentions sont enlevées au bout de 10 jours après la mise bas et les porcelets restent dans la salle au sevrage. L’alimentation est individualisée grâce aux puces RFID.

Enclos Simples

Le modèle le plus simple serait connu sous le nom d'"enclos simples". Il s'agirait de modèles similaires aux cages de maternité d'aujourd'hui, mais sans la cage. Toutefois, l'un des principaux problèmes que pose la "réaffectation" de l'espace actuel occupé par les cages de maternité et les convertir en ces enclos simples est que certaines études ont montré que le manque d'espace empêche la truie de définir correctement des zones fonctionnelles de défécation, de repos et d'alimentation, et augmente le risque d'écrasement des porcelets en raison de l'absence d'un nid adéquat.

Enclos Modifiés

Il s'agit de modèles d'enclos auxquels on ajoute de l'espace pour définir les zones de repos, d'alimentation et de défécation. En outre, ils intègrent des éléments tels que des murs inclinés, des systèmes de protection des porcelets et des nids. L'empreinte de ces systèmes varie, selon le fabricant, de 5 à 8,5 m2, mais on considère qu'ils sont plus efficaces à partir d'au moins 6 m2. L'avantage de ces systèmes par rapport aux systèmes de semi-confinement est qu'ils permettent l'expression complète du comportement de nidification, même s'il est vrai que les écrasements pendant les premiers jours sont actuellement encore supérieurs.

Pour éviter l'écrasement, une bonne gestion du nid (facilité à trouver et à utiliser le nid par les porcelets) est considérée comme cruciale, surtout lorsque les températures sont élevées et que le porcelet est moins susceptible d'utiliser le nid. Un autre aspect clé à prendre en compte est le type de sol : les sols à caillebotis totaux sont associés à une hygiène plus élevée et plus facile, cependant, dans ces systèmes non confinés visant à permettre le comportement de nidification, il est plus nécessaire de considérer une certaine surface et un certain type de sol pour fournir des matériaux appropriés.

Les Aspects Financiers et Pratiques

Le coût des cases est aussi important, en effet le prix d’une case liberté est 2000 euros plus chère qu’une case avec cage. Au-delà du coût de la case, les bâtiments devront être agrandis ou le nombre de truie diminué. En effet les cases conventionnelles bloquées font environ 4,5m2 là où une case liberté fait 5,5 à 7m2. Afin de conserver des couloirs et zones de passage décents qui permettent à l’éleveur de travailler, il est mathématiquement obligatoire d’agrandir les salles de maternité ou de diminuer le nombre de truies. Tout cela a évidemment un coût qui ne sera pas nécessairement compensé par un cahier des charge si tout le monde adopte ce système. À plus de 10 000 € la place, mieux vaut ne pas se tromper dans le choix de la case.

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Parmi les principaux modèles proposés, souvent à 6,5 m2, la case en demi bat-flanc qui s’ouvre est la plus répandue. « C’est le choix de la sécurité et de la facilité de travail », indique Nicolas Villain, conseiller à la Chambre d’agriculture. Tout le monde est à l’aise, éleveurs et animaux. « Les pratiques sont variées mais, en moyenne, les truies sont bloquées la première semaine après mise bas. Certains éleveurs choisissent de les rebloquer en cas d’écrasements. Ils testent beaucoup et échangent avec leurs salariés. C’est une source de motivation ». Comme lors de la libération des truies en gestantes, les éleveurs apprécient le besoin renforcé d’observer les animaux, d’être plus animaliers.

L'Importance du Bien-Être Animal et de la Nidification

Le principal objectif de la libération des truies en maternité semble être l’amélioration de leur bien-être. La truie a un fort instinct de nidification autour de sa mise-bas. C’est un point fondamental et la clef de l’expression de son comportement naturel et de son bien-être. La libération des truies, pour des raisons de bien-être, devrait logiquement s’accompagner de mise en place de matériaux de nidification (paille, copeaux, toile de jute). Il est à noter cependant que les qualités de ces matériaux diffèrent. La paille et la toile de jute, par exemple, permettent à la truie d’exprimer son instinct de nidification mais, seule la paille, semble pouvoir diminuer son stress et améliorer ses performances (mortalité des porcelets, poids au sevrage). La truie, une fois libérée, a besoin d’avoir un minimum d’espace et de pouvoir sectoriser son environnement en une zone d’alimentation, de repos et de déjection. Les cases doivent pouvoir répondre à ces besoins.

Les Opportunités et les Défis

Le passage en maternité liberté est aussi plein d’opportunités. L’impact sur le porcelet peut être positif. Le fait d’être en maternité liberté oblige à revoir la gestion de l’ambiance des maternités. Avec un aussi grand volume, il est impossible de chauffer toute la salle à 26°C et d’avoir quelques lampes d’appoint (méthode qui ne convient ni à la truie ni aux porcelets). Le passage en liberté nécessite de sélectionner plus sévèrement le caractère des mères. Les truies sont moins stressées lorsqu’elles sont mises en liberté.

Ambiance et Température

Avec un aussi grand volume, il est impossible de chauffer toute la salle à 26°C et d’avoir quelques lampes d’appoint (méthode qui ne convient ni à la truie ni aux porcelets).

Sélection des Mères

Le passage en liberté nécessite de sélectionner plus sévèrement le caractère des mères.

Stress Réduit

Les truies sont moins stressées lorsqu’elles sont mises en liberté.

Impact Positif sur le Porcelet

Le fait d’être en maternité liberté oblige à revoir la gestion de l’ambiance des maternités.

Gestion de l'Ambiance

Le fait d’être en maternité liberté oblige à revoir la gestion de l’ambiance des maternités.

Résultats Techniques et Vigilance Estivale

Les résultats techniques ne sont pas dégradés par la liberté. « Aujourd’hui, beaucoup d’élevages équipés sont au niveau des meilleurs en sevrage, à plus de 14 sevrés par portée ». Les truies consomment plus et les porcelets sont plus lourds, selon bon nombre d’éleveurs : « Les mères ont peut-être plus de lait, mais, surtout, elles sont plus à l’aise pour allaiter ; leurs tétines sont plus accessibles ».

Nicolas Villain insiste sur la nécessité de maintenir une température fraîche en période estivale car les truies sont moins dynamiques, avec un risque d’écrasements, « par un cooling, une brumisation. Sinon, il peut être nécessaire d’allonger la durée de la contention des truies ».

Exemples de Cases de Maternité en Liberté

Big Dutchman Actiwel BB17

La salle maternité liberté est composée de 6 rangées de 8 cases libertés Big Dutchman Actiwel BB17 de 7 m2 de surface (2,5 m de largeur sur 2,8 m de profondeur). Chacune dispose de couloirs d’accès à l’avant et l’arrière, pour la surveillance et l’accès en sécurité de l’éleveur. Les bat-flanc bloquant la truie en position fermée sont parallèles à la case. « Pour la mettre en mode liberté, il suffit d’ouvrir à 90° les deux portillons d’un mètre de large constituant le bat-flanc situé du côté opposé au nid, montre Jean-Jacques Lacaux, de Big Dutchman. L’éleveur, protégé de la truie par les portillons, les ouvre l’un après l’autre en actionnant le levier à ressort. Cette configuration rectangulaire permet d’optimiser l’espace, pour la truie et pour le soin des porcelets. » Le bat-flanc latéral fixe sert aussi de barre antiécrasement. Une seconde barre se trouve le long de la cloison haute de la case.

INN-O-CRATE

  • Poids élevés au sevrage
  • La case est adaptée à l'anatomie de la truie et s'ajuste à sa taille.
  • La loge est conçue sur une séparation des aires fonctionnelles.
  • Investissements élevés : 9 000 euros la place (montant qui inclut le bâtiment).
  • Surface de la zone de repos et d’allaitement finalement assez réduite. Mais au total la surface intérieure réglementaire est respectée en comptant la case + le nid à porcelets + le couloir. La surface de la zone d’allaitement ne doit pas être trop grande pour éviter que la truie ne fasse ses déjections à l’intérieur (zones vides propices aux déjections).
  • Pas de comportement agonistique observé lors des visites mais c’est un risque.
  • Peu de paille observée dans les courettes : est-ce réellement un matériel d’enrichissement ?
  • La création de courettes dans les élevages déjà établis peut s’avérer complexe car il y a souvent peu d’espace entre les bâtiments d’élevage.

WELSAFE

WELSAFE est une case de maternité pour truies en liberté où les truies peuvent être bloquées pendant la mise bas. Les équipements uniques de la case aident à réduire la mortalité des porcelets et à augmenter le poids de sevrage comparé à une case de mise bas traditionnelle. La case de maternité WELSAFE économise de l'espace et peut être monté aussi bien dans une nouvelle porcherie que dans une maternité existante.

L'Expérience Autrichienne

Cette visite en Autriche a mis en lumière les conditions de faisabilité de la mise bas en liberté en élevage porcin bio. Le concept Schauer, globalement convaincant en matière de bien-être animal et de conduite d’élevage, n’est néanmoins pas le seul sur le marché. Enfin, soulignons que seul des élevages commerciaux de taille réduite (20 truies max) ont été visités.

En Autriche, le marché de la bio se structure autour de standards privés plus exigeants que l’Eurofeuille. Au-delà de la labellisation portée par Bio Austria, dans un paysage où les magasins spécialisés pèsent peu, les distributeurs Aldi (discounter) et Rewe (GMS classique) ont créé leur cahier des charges privés « bio + », associés à des marques propres.

La principale organisation économique d’éleveurs de porc bio, Bio Schwein Austria (100 % porc bio), compte 250 sociétaires. Elle est détenue à moitié par les producteurs et à moitié par le directeur. Elle abat 850 porcs / semaine, soit 50 % du volume national (1 900 porcs / semaine). Bio Schwein Austria a mis au point son propre cahier des charges, qui impose aux éleveurs de respecter un des standards « bio + » existant en Autriche. Dans les faits, 98 % des porcs charcutiers valorisés par l’OEPB sont certifiés Bio Austria. Bio Schwein Austria demande également aux éleveurs de nourrir leurs animaux avec de l’alimentation 100 % bio et de valoriser de l’ensilage de trèfle comme fourrage grossier, en plus du foin.

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