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Carie du biberon : causes, traitements et prévention

La carie du biberon, également connue sous le nom de carie précoce de l'enfance (CPE), est un problème de santé bucco-dentaire courant chez les jeunes enfants. Elle se caractérise par l'apparition de caries sur les dents de lait, souvent en raison d'une exposition fréquente et prolongée à des liquides sucrés. Bien que souvent méconnue, cette affection peut avoir des conséquences importantes sur la santé dentaire et le bien-être général de l'enfant.

Qu'est-ce que la carie du biberon ?

La carie du biberon désigne l'apparition de caries dentaires chez les jeunes enfants, généralement avant l'âge de 6 ans. Elle est due à une déminéralisation des tissus durs de la dent par l'acide lactique produit par les bactéries buccales. Cette maladie infectieuse, multifactorielle et d'origine bactérienne, est particulièrement fréquente chez les enfants d'âge préscolaire.

Le syndrome du biberon

Toute atteinte du secteur incisif supérieur doit faire penser au syndrome du biberon. Ce tableau clinique, connu des odontologistes, est le reflet d’une alimentation au biberon prolongée, de jour comme de nuit, provoquant des polycaries au sein de la cavité buccale du jeune enfant.

Causes de la carie du biberon

Pour qu'une carie apparaisse, il faut la conjonction de quatre facteurs :

  • Le facteur bactérien : La bouche de l'enfant à la naissance n'est pas colonisée par des bactéries pathogènes. Un "partage" de bactéries peut se faire via les parents et/ou l'entourage de l'enfant. Les streptocoques Mutans vont s'installer, puis proliférer, conjointement à l’augmentation des surfaces dentaires. Or leur rôle étiologique est avéré dans la carie par leur capacité à métaboliser les glucides fermentescibles. Les bactéries présentes dans la cavité buccale du jeune enfant sont analogues à celles d’un adulte et vont engendrer de la même manière des lésions carieuses.
  • Le facteur alimentaire : L'alimentation de bébé dès le lait maternel est riche en sucres. Les sucres dits "fermentescibles" se transforment en acides avec les bactéries. Ces sucres sont soit visibles, soit cachés et on les retrouve dans beaucoup d'aliments sous différentes formes : le lait, les jus de fruits, les gâteaux secs, les chips, le pain… Il en est de même pour les boissons, dont les enfants sont très friands ; la plupart sont très sucrées et très acides. Même le lait maternel qui reste un aliment sucré, peut avoir un effet délétère en cas de tétée nocturne prolongée.
  • Le facteur temps : Il correspond à la durée d'exposition aux deux facteurs précédents. Les enfants s’endormant avec le biberon en bouche, la diffusion des liquides va être lente mais continue, pendant plusieurs heures. L’acidité buccale ne sera absolument pas compensée par le tampon salivaire incapable d’endiguer ce flux permanent.
  • Le facteur "terrain" : Les enfants ayant des dents plus fragiles sont particulièrement sensibles à ce syndrome. D’autres facteurs de risque peuvent enfin être en cause (des facteurs génétiques, l’environnement social ou économique, une difficulté d’accès aux soins dentaires…).

Mécanisme d'action de la carie

La carie dentaire est une maladie infectieuse et transmissible qui résulte de l'interaction de différents facteurs. Dans le cadre des caries dues au biberon, le terrain d'action des bactéries est la cavité buccale du jeune enfant.

Lire aussi: Traitements pour la carie dentaire

  • De six à trente mois, phase d’établissement de la denture temporaire stricte (totalité des dents temporaires : 20 dents), la cavité buccale est en complet remaniement. Avec l’alimentation, les différents ustensiles portés en bouche, une première flore s’installe, en l’absence de tout organe dentaire. Cette flore s’élabore et va se transformer progressivement à l’apparition des premières dents, par la création de nouvelles niches écologiques (le sillon gingivo-dentaire et les surfaces dentaires dures).
  • Malgré la production d’acides libérés lors du métabolisme des sucres, l’éco-système buccal dispose d’un moyen de défense très efficace contre la carie : la salive.
  • Les enfants s’endormant avec le biberon en bouche, la diffusion des liquides va être lente mais continue, pendant plusieurs heures. L’acidité buccale ne sera absolument pas compensée par le tampon salivaire incapable d’endiguer ce flux permanent.
  • L’acidité buccale continue va conduire à l’élimination de certaines bactéries, favorisant au contraire la croissance des bactéries aciduriques type S. Mutans ou lactobacilles, ce qui entérine le phénomène carieux.
  • Toutes les sécrétions nocturnes sont diminuées pendant le sommeil. Les flux salivaires sont donc amoindris et beaucoup moins efficaces contre l’attaque acide.

En résumé, la prise de boissons sucrées au biberon pendant la nuit réunit tous les facteurs étiologiques de la carie et favorise l’apparition des lésions carieuses par une fréquence d’absorption très élevée, quasi permanente.

Habitudes et facteurs de risque

  • Utilisation prolongée du biberon : L’usage prolongé du biberon favorise la stagnation de liquides sucrés dans la cavité buccale pendant le sommeil de l’enfant.
  • Habitudes de sommeil et confort : Le biberon est souvent utilisé comme objet de réconfort, et laissé à disposition de l’enfant pendant le sommeil. Or, cette habitude prolonge l’exposition au sucre et augmente le risque carieux.
  • Manque d’hygiène bucco-dentaire : L’absence de nettoyage bucco-dentaire dès l’apparition des premières dents participe activement au syndrome du biberon.

Incidences cliniques de la carie du biberon

L’incidence clinique de ces lésions est considérable. Elles ont été observées très précocement dans la littérature et, dès 1930, Beltrami parlait des « dents noires de tout-petits ». Plus récemment, en 1962, Fass était le premier à décrire ces caries et à en spécifier la localisation, bien connue aujourd’hui.

Localisation des lésions

Les caries du biberon concernent principalement :

  • Toutes les dents temporaires antérieures maxillaires.
  • Les premières molaires temporaires maxillaires et mandibulaires.
  • Les canines temporaires mandibulaires.

Les incisives mandibulaires temporaires sont presque toujours exemptes de caries, grâce à une position avancée de la langue lors du mouvement de succion, celle-ci vient au contact des lèvres en protégeant le rempart incisif dans le même temps. Les boissons se répandent alors sur toutes les dents, exceptées les incisives mandibulaires.

Ces caries sont localisées préférentiellement au tiers cervical des dents antérieures, engendrant un affaiblissement de cette zone. On parle de caries « rampantes « matérialisant exactement la lente coulée de liquide sur les surfaces dentaires, glissant sur les dents antérieures, stagnant au creux des molaires.

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Signes et symptômes

  • Taches blanches et sensibilité dentaire : Les premiers signes apparaissent souvent sous forme de taches blanches crayeuses, puis d’une déminéralisation.
  • Coloration des dents : On observe des lésions en nappe, brunes, orangées dans les cas de caries très évolutives. Dans les cas de lésions à évolution plus lente, les colorations vont du brun foncé au noir.
  • Douleurs et infections dentaires : En l’absence de prise en charge appropriée, les caries peuvent évoluer vers des lésions profondes du tissu dentaire et s’infecter. L’enfant souffre et ces douleurs, généralement intenses, sont parfois difficiles à localiser et à exprimer.
  • Délabrement coronaire : Les délabrements coronaires peuvent entraîner la perte totale de la couronne par fracture, laissant simplement émerger un moignon radiculaire. Les atteintes pulpaires sont variables, mais fréquentes, plus ou moins douloureuses. Les lésions carieuses au niveau des molaires reprennent les mêmes colorations.
  • Retard de croissance et troubles alimentaires : La douleur et l’absence de dents fonctionnelles perturbent l’alimentation et peuvent impacter la croissance de l’enfant (retard pondéral, fatigue chronique).
  • Problèmes d’élocution et sur les dents permanentes : Les dents de lait servent de guides aux dents définitives.

Impact psychologique

Il est intéressant de comprendre le profil psychologique de ces enfants, d’observer leur contexte socio-économique, culturel, la nature de leur relation parentale.

Il est entendu que ces enfants ont généralement un caractère fort, sont agités, tatillons, et quelque peu maniaques. Ils présentent fréquemment des troubles importants d’endormissement, des coliques, des manifestations allergiques et des troubles du comportement. Le contexte socio-économique n’a pas d’incidence.

Associés aux lésions carieuses, on constate également des retards de croissance et des habitudes posturales déformantes de la mandibule.

L’initialisation du biberon au coucher est souvent due aux pleurs de l’enfant à cet instant : les parents donnent le biberon au lit afin de le calmer et il s’endort rapidement. Très vite, l’enfant réalise que ses pleurs seront calmés par le biberon et intègre l’idée qu’il ne pourra s’endormir sans le biberon. S’il se réveille au cours de la nuit, il le réclamera pour se rendormir parce qu’il aura besoin de réunir les conditions précédentes de son endormissement.

Ce cercle vicieux est également entretenu par la culpabilité des parents qui n’ont pas su apaiser leur enfant au moment du coucher, ou qui n’ont pas pu être présents à ce moment-là.

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Ces études montrent toute l’importance de la relation parents-enfant dans la genèse des caries du biberon, indépendamment des caractéristiques comportementales pures de l’enfant, ou de ses paramètres carieux. Les parents sont à l’origine de la prise du biberon, dans le but évident de compenser « quelque chose » qu’ils n’ont pas su donner, et le sevrage n’en est que plus difficile, car cela revient à retirer ce que l’on a donné.

Traitements de la carie du biberon

Dans le cadre de pathologies carieuses installées, l’enfant pourra être pris en charge sur le plan bucco-dentaire par un pédodontiste. L’ampleur des délabrements nécessite en général plusieurs séances de soins, réalisés sous anesthésie locale, requérant une grande coopération de la part de l’enfant (s’il est en âge de l’accepter) et surtout des parents. Le sevrage doit être envisagé dès la première séance. La première consultation permet d’expliquer le déroulement des soins après avoir réalisé un bilan clinique et radiologique. Elle sert également à établir un planning rigoureux de manière à ne pas démotiver le tandem parents-enfant par de trop nombreuses séances.

Les données actuelles de la science permettent aujourd’hui de soigner les dents temporaires avec différents matériaux (esthétiques ou non), de reconstituer les dents avec des couronnes préformées en métal ou en résine, et surtout d’élaborer des prothèses dentaires de remplacement en cas d’extractions, afin de redonner par le biais d’un sourire une phonation et une mastication convenables. La mise en place d’un dispositif préventif concernant les dents permanentes à venir pourra être envisagée avec les parents ultérieurement si leur motivation est suffisante.

Options de traitement

  • Consultation dentaire et traitements possibles : Il est impératif de diriger le jeune enfant vers un dentiste dès l’apparition des premiers signes d’alerte. L’intervention précoce du dentiste est fondamentale pour prévenir les conséquences sévères telles que la chute prématurée des dents.
  • Soins dentaires : Les soins apportés varient selon la gravité : application de fluor, obturation, voire extraction en dernier recours. À noter que les extractions de dents de lait peuvent avoir des conséquences sur la croissance et la phonation.
  • Anesthésie : À un stade avancé, le chirurgien-dentiste est souvent contraint d’endormir complètement l’enfant (anesthésie générale) si le nombre de dents à traiter est trop important ou si l’enfant est trop jeune ; les soins peuvent aussi être réalisés sous sédation consciente au MEOPA.
  • Prothèses : De l’acte préventif, au soin en passant par la dévitalisation des dents de lait voire la pose de prothèses (couronne, prothèse amovible), tous les actes sont envisageables pour accompagner la croissance de l’enfant dans les meilleures conditions.

Prévention de la carie du biberon

L’action la plus évidente du pédiatre, associée à celle du pédodontiste (ou du chirurgien-dentiste traitant), sera préventive.

Le pédiatre devra être en mesure de prescrire des fluorures de la naissance à 6 ans au moins, et d’orienter les patients à risque vers une consultation dentaire précoce. Il est essentiel de pouvoir conseiller les parents sur le plan alimentaire, et de leur faire connaître les risques inhérents aux boissons sucrées prises au biberon (y compris le lait). Si l’enfant s’alimente au biberon jusqu’à un âge avancé, et surtout s’il s’endort avec, il faut avertir les parents des troubles de croissance maxillo-faciaux éventuels.

Le pédiatre pourra également recommander un brossage régulier des dents dès leur apparition en bouche, à l’aide d’une compresse, d’un coton-tige ou d’une brosse à dents premier âge.

Conseils de prévention

  • Hygiène bucco-dentaire : Une bonne hygiène bucco-dentaire est indispensable pour éviter la formation de caries dentaires. Le nettoyage des dents de l’enfant doit débuter dès la sortie des 1ères dents de lait et au moins une fois par jour au départ après le dernier repas du soir et avant le coucher. Plus aucun aliment (y compris de lait maternel) ne doit être consommé (sauf de l’eau pure). Très rapidement le brossage doit également être réalisé le matin. On trouve dans le commerce des brosses spéciales 1ere dents adaptées aux enfants, elles sont souples et présentent une petite tête.
  • Utilisation de dentifrice fluoré : Important aussi le fluor dans les dentifrices. Certains dentifrices bio (ou fait maison) n’en contiennent pas et majorent le risque de développer des lésions carieuses ! Rappelons que depuis plusieurs années, il n’est plus recommandé aux médecins de prescrire des compléments fluorées (gouttes) chez les touts petits et que les apports locaux (dentifrices) sont à privilégier. Avant un an on applique une trace de dentifrice fluoré (adapté à l’âge, 1000 ppm de Fluor impérativement) sur la brosse, vers 3 ans la valeur d’un petit pois de dentifrice (1000 ppm ou 1450 si le risque carieux est élevé). Le brossage peut être initié par l’enfant très jeune (sous forme de jeu) mais doit être réalisé et supervisé par les parents jusque 8 ans au moins.
  • Alimentation : Suivre les recommandations nutritionnelles du PNNS pour les 0-3 ans concernant la diversification et les prises alimentaires. Parmi celles-ci : les 4 prises alimentaires (petit déjeuner, déjeuner, goûter dîner), pas de grignotage en dehors des repas et de l’eau comme seule boisson (en particulier au coucher) au coucher. Il est toutefois important de garder la notion de plaisir, ainsi les prises sucrées peuvent être autorisées mais de manière exceptionnelle (lors d’un évènement, d’une fête…). Les prises sucrées (bonbons, boissons sucrées) ne doivent pas être systématisées, à la sortie de l’école par exemple.
  • Allaitement : L’allaitement à la demande après l’éruption des dents présente aussi un risque. A partir de 1 an (en moyenne), après l’éruption des dents de lait, son ingestion trop fréquente va acidifier le milieu buccal. Il peut bien sûr être poursuivi après la diversification, mais la tétée doit arriver au moment d’un repas (en complément). Le lait maternel contient également du sucre, et même s’il est moins cariogène que les préparations infantiles, il présente un risque.
  • Biberon : Si votre enfant a besoin d’un biberon pour s’endormir, préférez l’eau. Pour éviter ces caries précoces privilégiez un biberon d’eau s’il doit boire autre chose que de l’eau avant le coucher, brossez-lui les dents juste après pour éviter que les dents ne restent en contact avec les sucres toute la nuit. N’utilisez jamais le biberon comme tétine. Ne donnez pas de biberon à votre bébé quand vous le mettez au lit. Si vous devez le faire, veillez à ce qu’il contienne de l’eau pure plutôt que du lait, du jus ou une préparation pour nourrissons.
  • Autres conseils : Ne trempez jamais la tétine de votre bébé dans du miel ou du sucre. Après chaque tétée, brossez doucement les gencives de votre bébé avec une brosse à dents à poils souples pour bébé et de l’eau ou un nettoyant pour les dents et les gencives conçu spécialement pour les bébés.

Rôle des professionnels de santé

  • Médecin généraliste : Le généraliste est souvent le premier contact médical avec l’enfant. Il est donc le mieux placé pour : repérer les signes d’alerte (taches blanches, douleurs, mauvaise haleine), orienter les familles vers les soins dentaires appropriés, alerter les parents sur les risques. Il évalue aussi la santé globale de l’enfant et détecte d’éventuels autres troubles associés.
  • Collaboration avec pédiatres et dentistes : Pour venir à bout des caries précoces de l’enfance, le travail en réseau est indispensable. Cette collaboration interprofessionnelle permet d’orienter rapidement le jeune enfant vers un spécialiste, assurer une prise en charge optimale et éviter les complications.
  • Éducation thérapeutique parentale : Son rôle est central dans l’éducation préventive.

Questions fréquentes

  • À quel âge faut-il arrêter le biberon ? Idéalement entre 12 et 18 mois, selon les recommandations de santé publique.
  • Est-ce que le lait maternel peut provoquer des caries ? Oui, en cas de tétées prolongées la nuit. Il reste un liquide sucré qui nécessite une bonne hygiène après les repas, au même titre qu’un biberon de jus de fruit ou de lait.
  • Quelle brosse utiliser pour un bébé ? Une brosse à petit embout souple ou un doigtier adapté au nourrisson. Pas de dentifrice avant le réflexe de déglutition.

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