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La Tourelle Berceau : Définition, Histoire et Évolution

Introduction

L'article explore en profondeur la tourelle berceau, en particulier son application et son évolution dans le contexte militaire français, notamment au sein de la ligne Maginot. Cette structure blindée, conçue pour abriter et protéger des pièces d'artillerie, a joué un rôle crucial dans la stratégie de défense de la France.

Définition et Fonction

La tourelle berceau, dans le contexte de la fortification, est un abri blindé pour une ou plusieurs pièces d'artillerie. Elle est souvent conçue pour pivoter, permettant ainsi un champ de tir étendu. Dans le cas spécifique des tourelles de la ligne Maginot, elles étaient installées dans un renfoncement de la dalle du bloc et étaient destinées à la défense rapprochée de l'ouvrage et des organes voisins.

Ces tourelles, dotées d'armes à tir courbe, étaient conçues pour assurer la défense rapprochée de l'ouvrage et des structures environnantes.

Contexte Historique et Développement

L'histoire de la tourelle berceau est intimement liée à l'évolution de l'artillerie et des techniques de fortification. Le développement de la tourelle de 135 mm modèle 32, par exemple, s'inscrit dans une volonté de compléter l'arsenal défensif français avec une arme à tir courbe capable de battre les fonds défilés situés à une portée de 5 à 6 km des ouvrages.

Genèse du Lance-Bombes de 135 mm

Dès 1927, la Commission de Défense des Frontières (CDF) évoque la nécessité d'un matériel à tir courbe. La Section Technique du Génie (STG) est chargée de réaliser des avant-projets de casemate et de tourelle pour accueillir cette arme. Le développement de la tourelle est lancé par un marché le 4 Mai 1929.

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Le lance-bombes de 135 mm était conçu pour jumeler le canon sur les courtes portées, avec une mission spécifique de bombardement de concentrations adverses dans les replis de terrains et les zones défilées. Cet objectif initial de disposer d'un matériel capable de battre les fonds défilés situés à une portée de 5-6 km des ouvrages, permettait de compléter la faible portée du mortier de 81mm et la faible efficacité des canons ou obusiers de 75 mm.

Le choix du calibre 135 mm n'est pas fortuit. Les Ateliers et Chantiers de la Loire (ACL) avaient déjà produit un avant-projet d'obusier de campagne à ce calibre. Une commande est passée par les services de l'Artillerie aux ACL en 1928 pour trois tubes prototypes. Le développement de la munition correspondante suit son cours en parallèle.

Spécifications Techniques et Fabrication

Dés avril 1927, la DPST précise le cahier des charges de la future tourelle : angle de tir de +10 gr à + 50 gr (9° à 45°) permettant l'enfoncement de la tourelle dans le sol pour le tir balistique, masses oscillantes solidaires, cadence de tir de 6 à 8 cps/min, diamètre intérieur maximum de 2,50 m (1). Le Gal CHALLEAT précise en outre que la position de chargement sera fixe à 30 gr, la pièce devant revenir automatiquement en position de chargement après tir.

Deux marchés seront passés, le premier le 24 juillet 1929 avec Châtillon-Commentry et Neuves-Maisons de Montluçon pour la fourniture de 10 tourelles et le second le 1er février 1932 avec Fives-Lille pour la fourniture des 7 tourelles restantes. La première tourelle livrée sera celle du bloc 5 de l'ouvrage d'Anzeling à la fin de l'année 1932. Le prix de revient d'une tourelle installée était de 2 220 000 Francs, montant auquel il convenait de rajouter 150 000 Francs au titre du transport. Le prix de revient d'une pièce de 135 mm mle 32 montée en tourelle était de 215 730 Frs.

La Tourelle de 135 mm Modèle 32 : Un Exemple Précis

La tourelle de 135 est un ensemble plus sophistiqué sur un plan mécanique que les autres tourelles de la ligne Maginot. Le poids de la munition interdisant sa prise en main a impliqué la mise en place d'un système de chargement semi-automatisé composé d'un basculeur qui prend le projectile au poste haut de noria d'approvisionnement et assure ensuite son introduction dans la pièce amenée à sa position de chargement à angle constant.

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La tourelle est dotée de deux lance-bombes de 135 mm modèle 32 . Les deux pièces sont montées en jumelage et sont pointées de manière identique. L'évacuation des douilles se fait par une goulotte jusqu'à l'étage intermédiaire puis par un toboggan jusqu'au local de récupération au pied du bloc. L'ensemble de ses mouvements de la tourelle et les norias assurant l'approvisionnement des pièces en munitions étaient électriques. La transmission des ordres entre le tireur et le bloc était assurée par un transmetteur de marque Téléflex. Au total, ce seront 17 tourelles de 135 mle 32 qui seront installées sur la ligne Maginot.

Missions Additionnelles

Début 1929 une nouvelle mission apparait dans la panoplie du lance-bombes de 135mm : l'entretien de destructions et abatis dans les régions boisées couvertes principalement par ce type de moyens de retardement (Vosges du Nord en l'espèce). Dans sa 22e réunion, la CORF préconise ainsi pour les trois petits ouvrages à construire dans ce secteur la mise en place de tourelles tournantes pour 135mm "à tir vertical", en réalité de 45 à 65 degrés mais avec des angles de chute très raides s'affranchissant des pentes et de la végétation, permettant de faire du tir d'entretien d'abatis et de retardement dans les vallées encaissées en avant de la LPR .

Défis et Modifications

Les premiers essais de la tourelle montrent que le système de chargement semi-automatique est problématique. Ces tourelles feront in-fine l'objet d'un marché de modifications et d'améliorations en 1937, passé à Fives-Lille, permettant d'intégrer les enseignements d'années de tests en situation. Tous les problèmes ne sont pas résolus pour autant et font l'objet d'études et de modifications supplémentaires jusque dans les années 50.

Les utilisations ultérieures en tirs d'exercice annuels montrent rapidement des faiblesses préoccupantes. Un nouvel essai réalisé sur la tourelle d'ANZELING en Avril 1934 se solde par ailleurs par de nombreux ratés de tir. Mais les ennuis le plus préoccupants sont constatés dés mi-1933 suite à des tirs à portée maximale sur les quatre premières tourelles installées, avec des détériorations sérieuses de la bouche (gonflement du tube et arrachement de métal à la bouche) et de grandes difficultés de démontage et d'entretien de la culasse du fait de l'encombrement de la chambre de tir.

L'analyse faite des gonflements de tube exclue les causes liées à la qualité du métal (cela affecte indifféremment les tubes provenant de 4 fonderies différentes…), mais les arrachements sont initialement attribués à cette qualité. Les tubes concernés sont retirés pour autopsie et le gonflement est finalement attribué à la surpression générée par les épreuves avec munition permettant le tir à 5600 mètres (4). Le problème d'arrachement et de détérioration de bouche ne trouvera pas d'explications… en 1933, mais reviendra au gout du jour à partir de 1936 sur la tourelle du SCHIESSECK, et surtout 1939.

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Impact Tactique et Stratégique

Malgré ses défauts, le lance-bombes de 135 sera en fin de compte un mortier d'une puissance et d'une portée peu commune. Ce matériel était d'une capacité de destruction importante et à même de couvrir la totalité du terrain jusqu'en limite de portée grâce à un angle de chute des obus compris entre 27 et 90% suivant les types de projectile et d'assurer avec une grande efficacité la destruction des chars, installations et travaux menés par l'ennemi et de son personnel.

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