L'arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni et de son parti Fratelli d'Italia a ravivé les inquiétudes concernant les droits des femmes en Italie, en particulier en ce qui concerne l'accès à l'avortement. Alors que Meloni assure qu'elle ne modifiera pas la loi sur l'avortement, ses positions passées et les actions de sa coalition suggèrent une volonté de limiter l'accès à l'IVG et de promouvoir des alternatives. Cet article examine les récentes actualités concernant la campagne anti-avortement en Italie, les mesures prises par le gouvernement Meloni, et les réactions qu'elles suscitent.
Contexte Politique et Positions de Giorgia Meloni
Giorgia Meloni, figure de proue du parti Fratelli d’Italia, a fait campagne sous la devise "Dieu, patrie et famille". Elle a exprimé à plusieurs reprises son inquiétude face au déclin démographique de l'Italie, qui affichait en 2020 un taux de natalité de 1,24 enfant par femme, l'un des plus bas de l'Union européenne. Pour inverser cette tendance, Meloni souhaite limiter le recours à l'IVG.
Bien qu'elle ait déclaré "Nous ne toucherons pas à la loi sur l'avortement, nous voulons juste que (les femmes) sachent qu'il y a d'autres options", ses discours passés, notamment celui prononcé en Espagne devant le parti d’extrême droite Vox ("Oui à la culture de vie, non à celle de la mort !"), laissent entrevoir une approche plus restrictive.
La Première ministre française, Élisabeth Borne, a d'ailleurs affirmé que la France sera "attentive" au "respect" des droits humains et du droit à l'avortement en Italie, suite à la victoire de Fratelli d’Italia aux élections législatives.
Obstacles à l'Accès à l'IVG et Initiatives Anti-Avortement
L'accès à l'IVG en Italie est déjà entravé par plusieurs facteurs, notamment :
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- L'objection de conscience des gynécologues : Selon le ministre de la Santé italien, 67% des gynécologues sont objecteurs de conscience, ce qui signifie qu'ils refusent de pratiquer l'avortement. Dans certaines régions, comme les Marches, dirigée par Fratelli d’Italia, ce chiffre est encore plus élevé.
- Difficulté à se procurer des pilules abortives : L'ex-commissaire européenne Emma Bonino craint que Giorgia Meloni ne "fasse pression pour que la loi (sur l'avortement) soit ignorée", exacerbant les difficultés déjà existantes pour obtenir des pilules abortives.
- Manque de moyens des plannings familiaux : Les plannings familiaux, qui jouent un rôle crucial dans l'accompagnement des femmes et la délivrance de la pilule abortive, manquent de ressources, ce qui limite leur capacité à répondre aux besoins.
Plusieurs initiatives visant à dissuader les femmes d'avorter ont été mises en place, notamment :
- Aide financière aux femmes enceintes : Dans le Piémont, le parti Fratelli d’Italia aide financièrement les femmes enceintes pour qu’elles renoncent à avorter. La région a annoncé qu'elle donnerait 4000 euros à cent femmes envisageant d'avorter pour des raisons économiques, afin qu'elles reconsidèrent leur décision. Giorgia Meloni verrait bien cette initiative étendue à l’échelle nationale.
- Ouverture d'un cimetière pour les enfants avortés : Au conseil municipal de la province de Rome, Giorgia Meloni avait proposé d’ouvrir un cimetière pour les enfants avortés, où les fœtus seraient enterrés.
- Présence d'associations anti-IVG dans les centres de conseil : Un amendement de Fratelli d’Italia, validé à la Chambre des députés, permet aux militants d’associations d’entrer à l’intérieur des centres de conseil, étape nécessaire pour avoir accès à une interruption volontaire de grossesse. Les opposants au texte estiment que cette mesure cible directement les associations anti-avortement, déjà actives dans les centres de conseil de plusieurs régions.
Réactions et Inquiétudes
Ces mesures suscitent de vives inquiétudes parmi les défenseurs des droits des femmes et des associations pro-IVG. Ils craignent une remise en question du droit à l'avortement et une augmentation des avortements clandestins.
La philosophe et ex-députée italienne Michela Marzano a exprimé sa peur "pour les femmes, (…) pour les homosexuels" au micro de France Inter. Emma Bonino redoute que Giorgia Meloni ne "fasse pression pour que la loi (sur l'avortement) soit ignorée", exacerbant des problèmes qui existent déjà.
L’Autorité italienne de protection des données personnelles a infligé une amende à la ville de Rome et à l’AMA (la société publique chargée de gérer les cimetières de la capitale) pour avoir inscrit sans leur consentement les noms de femmes ayant avorté sur les sépultures des fœtus. Cette affaire a provoqué l’indignation d’associations de défense des droits des femmes et des femmes impliquées, qui avaient dénoncé une violation de leur vie privée.
Positions sur les Droits LGBT
Giorgia Meloni ne cache pas sa vision conservatrice de la famille et martèle son opposition au "lobby LGBT". Lors d'un meeting en Espagne, elle a déclaré : "Oui à la famille naturelle, non au lobby LGBT ! Oui à l'identité sexuelle, non à l'idéologie du genre !" Elle s'oppose également à la suppression de la mention "père" et "mère" sur les documents officiels.
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Un média italien pro-LGBT a recensé une dizaine de déclarations de Giorgia Meloni visant les personnes homosexuelles, dont celle-ci : "Je ne suis homophobe, mais l’adoption devrait être réservée aux couples hétéros."
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