La Rochelle, ville côtière chargée d'histoire, a été le théâtre de nombreux événements marquants au cours du XXe siècle, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi les vestiges de cette période sombre, le bunker situé dans l'ancienne maternité rochelaise témoigne des réalités de l'occupation allemande et des transformations urbaines qui ont suivi. Cet article explore l'histoire de ce bunker, son rôle pendant la guerre, et son devenir après la Libération.
La Rochelle sous l'Occupation : Un Enjeu Stratégique
Dès le début de l'occupation, la région de La Rochelle, comme d'autres zones côtières françaises, est devenue un enjeu stratégique pour les forces allemandes. La Loire-Inférieure et La Vendée, situées dans la zone nord et ouest du territoire occupé, ont vu leurs ports transformés en bases militaires. Les ports faisaient l’objet d’une attention particulière, chacun se voyant affecté une mission spécifique, selon sa topographie et son rattachement administratif. Les ports, notamment celui de La Rochelle, ont été fortifiés et intégrés au Mur de l'Atlantique, un vaste système de défense côtière destiné à empêcher toute invasion alliée.
À partir du 1er mars 1941, la Vendée change de commandement ; elle est dorénavant sous l’autorité du général Hugo Ribstein (1891-1941) dont le poste de commandement déménage à La Rochelle en Charente-Inférieure.
La construction de bases sous-marines à Lorient, La Rochelle et Saint-Nazaire, ainsi que les fortifications du Mur de l'Atlantique en Vendée, ont nécessité une main-d'œuvre importante. Pour recruter de la main d’œuvre, les Allemands ouvrent des bureaux de placement qui ont pour mission de recruter de la main d’œuvre française pour remplacer les Allemands partis au front.
Le Bunker de la Maternité : Un Abri au Cœur de la Ville
Construit par les Allemands en 1941, le bunker de l'ancienne maternité de La Rochelle servait d'abri à l'organisation Todt pendant la guerre. Cet abri de béton de 220 mètres carrés pouvait accueillir jusqu’à 150 personnes. Implanté en plein secteur sauvegardé, le bunker est encerclé de dizaines de maisons datant parfois de plusieurs siècles et bâti sur un sol mouvant. Il est très exactement situé dans la cour de l’ancienne maternité, rue Bonpland.
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La présence de ce bunker au cœur de la ville témoigne de l'omniprésence de l'occupation et de la militarisation de l'espace urbain. Ce type de construction était destiné à protéger les occupants des bombardements alliés, qui se sont intensifiés à partir de 1941.
La Vie Quotidienne à La Rochelle sous l'Occupation
La vie à La Rochelle pendant l'occupation était marquée par les restrictions, la peur et la collaboration. Partout, les réquisitions de bâtiments publics et de logements privés se succèdent afin d’héberger les autorités allemandes. Des tickets de rationnement sont distribués ; ils sont indispensables pour l’achat de denrées alimentaires mais, très vite aussi, pour d’autres types de produits. Ainsi les occupants déploient-ils des mesures qui leur permettent tout à la fois de contrôler les territoires et les populations, mais aussi d’organiser et planifier leurs propres intérêts.
La région étant déclarée zone côtière stratégique en octobre de l’année suivante, ceux qui se trouvaient toujours dans les communes du littoral devront être expulsés dans le Maine-et-Loire le mois suivant, sur ordre de l’autorité allemande.
Les populations locales ont dû s'adapter à la présence allemande, tout en faisant face aux difficultés économiques et aux dangers liés à la guerre.
La Destruction du Bunker : Un Défi Technique
Ce vendredi vers midi, le bunker situé dans l'ancienne maternité rochelaise, en coeur de ville, sera détruit. Détruire un bunker de la Deuxième Guerre mondiale, situé en plein centre historique, à quelques mètres des maisons, représente un défi technique considérable.
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Comment ils ont fait pour détruire les autres bunkers ? À Mangin, en 2005, c’est la méthode du tir hydraulique qui avait été retenue. Il s’agissait d’injecter de l’eau à l’intérieur du bunker et de poser des charges explosives. Dans ce cas, une déflagration se produit. On voit alors le bâtiment se pulvériser sur lui-même en mille morceaux.
Contrairement à l’hypothèse qui avait été envisagée dans un premier temps, ce ne sera pas de la mousse expansive qui sera utilisée pour désagréger ce vestige de la Seconde Guerre mondiale, mais des tirs d’explosifs. L’enjeu de cette opération à haut risque : ne pas faire de dégâts collatéraux sur les bâtiments. L’opération sera confiée aux artificiers de la société Avenir destruction. Les premiers engins sont arrivés en janvier. Une entreprise se charge de vider l’ancienne maternité de tout ce qu’elle contient encore. Récemment, la dalle de béton armé épaisse de 2,5 m qui recouvre le bunker a été perforée. Il y avait 73 trous d’1,5 m de profond à réaliser. C’est là que sera glissé un explosif courant chez les démolisseurs. Le matin de ce vendredi 17 mars, les pains de plastique seront reliés les uns aux autres - « c’est là que le risque est le plus fort » - avant l’explosion. Dans le voisinage, on n’entendra qu’une seule détonation.
La Reconversion de l'Ancienne Maternité
Désaffecté, le bâtiment, dont la construction débuta en 1936 pour une mise en service en 1949 - après une période noire lors de l’occupation par l’armée allemande, comme en atteste la solide présence d’un bunker dans la cour - est appelé à court terme à devenir la résidence Origine. La société Bouygues Immobilier a acquis l’imposante bâtisse, ancien internat des élèves infirmiers compris, pour 7, 2 M€ (la procédure en est à la promesse de vente et d’achat), somme qui va contribuer, comme l’indique Alain Michel, le directeur du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, « au plan d’investissement ».
Journée du Patrimoine : Une Mémoire à Préserver
Mais l’aspect financier n’est pas tout. Le cadre de santé souligne qu’il attache une importance particulière à l’humain et à l’affectif se rattachant à l’ancienne maternité. Ainsi, Alain Michel précise que c’est en vue de faire un pont entre cet ancien service et le récent que le service communication et celui du patrimoine ont concocté une journée patrimoine, à plusieurs entrées, vendredi après-midi. Ce sera l’occasion d’honorer l’histoire et l’architecture de ce lieu avant qu’il ne soit accessible qu’aux seuls résidents de l’Origine, tout en gardant sur sa façade l’inscription « maternité », comme demandé par les Bâtiments de France.
L’opération portes ouvertes (1) du bunker et du rez-de-chaussée de l’ex-maternité, où se trouve jusqu’à l’été le centre de dépistage anonyme et gratuit, comprend aussi deux expositions photographiques, l’une signée par Florent Fauqueux, l’autre par Caroline Allais qui sera installée dans le hall de l’hôpital Saint-Louis afin de faire le pont d’un site à l’autre.
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