Introduction
Le bouddhisme, et plus particulièrement la lignée Kagyu, est confronté en Occident à des questions éthiques contemporaines, dont celle de l'avortement. Cet article explore les tensions entre les principes bouddhistes traditionnels et les réalités sociales modernes, en se concentrant sur l'adaptation et les défis rencontrés par les lamas et les pratiquants dans un contexte occidental.
L'Adaptation des Lamas en Occident : Une Diversité de Styles et d'Approches
L'arrivée des maîtres tibétains en Occident a entraîné une diversité d'approches dans la transmission du dharma. Certains lamas, comme Lama Teunsang, s'impliquent activement dans la vie quotidienne de leurs centres, participant même aux travaux manuels, une pratique qui contraste avec l'attitude plus distante adoptée par d'autres. Cette implication directe est souvent liée à leur présence permanente sur le site du centre, contrairement à ceux qui résident à l'étranger ou qui partagent leur temps entre plusieurs lieux.
Les différences ne s'arrêtent pas là. Alors que certains lamas mènent une vie simple et se contentent de biens matériels modestes, d'autres affichent une richesse considérable, adoptant des goûts luxueux en matière de vêtements, de véhicules et d'autres possessions. Un lama français a même déclaré être « fier d'être le premier lama en France à porter des chaussures Gucci ». Cette diversité reflète une adaptation aux réalités occidentales, où la consommation et le matérialisme sont omniprésents.
Cependant, la possession de biens matériels ne signifie pas nécessairement un attachement à ceux-ci. Comme l'ont souligné plusieurs lamas, l'important est de ne pas être esclave de ses possessions. Cette nuance est essentielle pour comprendre comment les maîtres bouddhistes naviguent entre l'enseignement du détachement et la réalité d'un monde matériel.
Bouddhisme Canonique vs. Bouddhisme Kammatique
Il est également important de distinguer le bouddhisme canonique (nibbanique), axé sur la libération du samsara, et le bouddhisme kammatique, qui met l'accent sur l'accumulation de mérites et la recherche d'une renaissance favorable. Les maîtres et les pratiquants peuvent être plus ou moins concernés par l'un ou l'autre de ces aspects. Certains lamas adoptent un mode de vie ascétique, avec une alimentation végétarienne, l'abstinence d'alcool et de tabac, et une vie sociale limitée, tandis que d'autres sont plus ouverts aux plaisirs de la vie, appréciant la bonne chère et la compagnie.
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Ces différences peuvent entraîner des divergences d'opinions et des préférences personnelles parmi les fidèles. Un bouddhiste peut se sentir attiré par un maître et rejeté par un autre, même s'ils appartiennent à la même lignée. Par exemple, Tulkou Péma Wangyal et Sogyal Rinpoché, bien que tous deux Nyingma, ont des styles et des approches très différents dans la diffusion du dharma. Le premier est discret et son organisation est élitiste, tandis que le second est plus exposé et son organisation touche un large public.
Les Défis Culturels et Linguistiques
L'arrivée des lamas tibétains en Occident a également été marquée par des défis culturels et linguistiques. Lama Tenzin Samphel (Nyingma) raconte son choc culturel lorsqu'il est arrivé en France, ne parlant pas la langue et découvrant une petite organisation avec peu de disciples. Il a dû apprendre le français pour pouvoir communiquer et aider les gens qui l'entouraient.
L'apprentissage de la langue locale est essentiel pour l'adaptation des lamas en Occident. Si certains ont choisi d'apprendre le français, d'autres ont privilégié l'anglais. Les nouvelles générations de tülkou tibétains sont particulièrement appréciées pour leur style moderne et direct, ainsi que pour leur maîtrise des langues occidentales.
La Transformation du Statut des Lamas : Moines Devenant Laïcs
Un autre phénomène observé en Occident est la transformation du statut des lamas, avec de nombreux moines devenant laïcs. Certains ont rendu leurs vœux car ils considéraient comme impossible de les respecter dans un contexte occidental, tandis que d'autres se sont mariés sans les rendre, arguant que le lama est au-dessus de ces distinctions.
Le cas des lamas bhoutanais de Dashang Kagyu Ling est particulièrement révélateur de ce changement de statut et des pratiques sociales culturellement marquées. Tous moines à leur arrivée en 1974, seul l'un d'entre eux a conservé ses vœux monastiques. L'histoire de Lama Shérab, pressé par ses maîtres de devenir laïc et d'avoir des relations sexuelles, illustre les pressions et les complexités auxquelles les lamas peuvent être confrontés en Occident.
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Le Vajrayana en Occident : Modernisation et Controverses
Le Vajrayana, ou bouddhisme tantrique, fait également l'objet d'une adaptation et d'une modernisation en Occident. Alors qu'il s'adressait traditionnellement à un public restreint de moines et de pratiquants avancés, il est désormais accessible à un large public de convertis. Certains maîtres, ayant reçu une double formation tibétaine et occidentale, ont choisi de transmettre un enseignement progressif spécialement destiné aux Occidentaux, tandis que d'autres ont conservé une approche plus traditionaliste.
Cependant, cette adaptation n'est pas sans susciter des controverses. Certains maîtres occidentaux ont critiqué le « matérialisme spirituel » des Occidentaux et se sont proposés de créer un enseignement spécifique pour eux. Dzongsar Khyentsé, connu pour son franc-parler, a souligné les différences culturelles en matière de sexualité et les défis rencontrés par les Occidentales dans leurs relations avec les lamas tibétains.
Les relations sexuelles entre maîtres et disciples, les abus de pouvoir et les procédés de séduction sont un point particulièrement sensible. Des histoires de ce type sont souvent tues ou minimisées, mais elles sont visibles sur les forums bouddhistes, où des adeptes témoignent de leurs expériences. L'affaire J. Campbell a mis en lumière la complexité de ces relations et la difficulté de transposer un système religieux complexe dans un autre univers culturel et social.
Avortement et Bouddhisme : Un Dilemme Moral
La question de l'avortement est un dilemme moral complexe pour les bouddhistes. Le bouddhisme met l'accent sur la non-violence et le respect de la vie, et considère que la vie commence dès la conception. Cependant, il reconnaît également que chaque situation est unique et qu'il n'existe pas de réponse simple à cette question.
Dans la lignée Kagyu, comme dans les autres écoles bouddhistes, il n'existe pas de position officielle sur l'avortement. La décision est laissée à la conscience individuelle de chaque personne, en tenant compte des circonstances particulières et des conséquences potentielles de l'acte.
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Certains bouddhistes peuvent considérer l'avortement comme un acte négatif, car il implique la destruction d'une vie. Ils peuvent choisir de ne pas y recourir, même dans des situations difficiles. D'autres peuvent estimer que l'avortement est parfois la meilleure option, par exemple lorsque la grossesse met en danger la vie de la mère ou lorsque l'enfant à naître risque de souffrir de graves handicaps.
Dans tous les cas, il est important d'aborder cette question avec compassion et sagesse, en tenant compte des valeurs bouddhistes de non-violence, de respect de la vie et de responsabilité individuelle.
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