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L'autoconservation Ovocytaire : Aspects Éthiques et Implications en France

Introduction

L'autoconservation ovocytaire pour raison d'âge (ACOA), consistant à congeler ses ovocytes pour concevoir des enfants plus tard, a été autorisée en France par la révision de la loi de bioéthique du 2 août 2021. Cette pratique soulève de nombreuses questions éthiques et sociétales, oscillant entre l'autonomisation des femmes et les risques potentiels de marchandisation du corps. L'objectif de cet article est d'analyser les rapports entre soin et technique tissés par l’ACOA, une procédure qui se singularise par le fait qu’il s’agit d’une technique biomédicale utilisée indépendamment de toute pathologie. Elle ne répond en effet à aucun problème de fertilité au moment de l’intervention mais anticipe une infertilité future et normale due au vieillissement.

L'ACOA : Entre Progrès et Controverses

L'autoconservation ovocytaire a suscité un vif débat, partagé entre l'enthousiasme et la critique. D'un côté, elle est perçue comme une avancée majeure pour les droits reproductifs des femmes, leur offrant la possibilité de différer leur maternité et de s'affranchir des contraintes biologiques liées à l'âge. De l'autre, elle est dénoncée comme une pratique anxiogène, exerçant une pression sociale sur les femmes et risquant de créer de faux espoirs.

Arguments en faveur de l'ACOA

  • Autonomisation des femmes : L'ACOA permet aux femmes de mieux maîtriser leur fertilité et de planifier leur maternité en fonction de leurs aspirations personnelles et professionnelles. Elle leur offre la possibilité de ne plus considérer la précarité, l’absence de partenaire, la poursuite d’étude ou la recherche d’emploi comme des entraves à la possibilité d’avoir un enfant dans de bonnes conditions, l’attente étant possible.
  • Égalité des chances : En permettant aux femmes de préserver leur fertilité, l'ACOA contribue à réduire les inégalités liées à l'âge et à offrir à toutes les femmes la possibilité de devenir mères, quel que soit leur parcours de vie.
  • Progrès médical : La vitrification ovocytaire, technique de congélation ultra-rapide, représente un progrès médical majeur qui rend possible la conservation des ovocytes dans des conditions optimales.

Critiques et préoccupations liées à l'ACOA

  • Pression sociale et anxiété : L'ACOA peut exercer une pression sociale sur les femmes, les incitant à anticiper une éventuelle infertilité future et à considérer la congélation de leurs ovocytes comme une solution préventive. Elle a aussi été dénoncée pour son caractère anxiogène et pour la responsabilité individuelle qu’elle fait peser non pas seulement sur les femmes qui s’intéressent à la technique, mais sur toutes les jeunes femmes, placées désormais face à un risque inédit d’avoir des regrets ultérieurs si elles n’y recourent pas, assortis d’éventuelles conséquences à assumer pour leur manque d’anticipation.
  • Faux espoirs et incertitudes : Les promesses d’extension de la fertilité ainsi que de conservation des liens génétiques que tient l’ACOA ont en outre été mises en doute. Les taux de succès de l'ACOA restent incertains, et il n'existe aucune garantie que les ovocytes congelés permettront effectivement de concevoir un enfant plus tard. Les faux espoirs placés dans cette procédure incitent les femmes à « assurer » leur capital biologique reproductif en le mettant en biobanque, alors que le retour sur investissement, assuré et extrêmement profitable pour celleux qui en font commerce, est très incertain pour elles.
  • Marchandisation du corps et inégalités d'accès : La commercialisation de l'ACOA soulève des questions éthiques quant à la marchandisation du corps féminin et au risque de créer des inégalités d'accès à cette technique, en fonction des ressources financières des femmes.
  • Risques médicaux : Bien que la vitrification ovocytaire soit considérée comme une technique sûre, elle n'est pas sans risque. La procédure de stimulation ovarienne peut entraîner des effets secondaires indésirables, et la ponction ovocytaire peut provoquer des complications.

L'ACOA : Un Soin Technologique ?

Bien que sa qualification de soin est loin d’être évidente, l’observation et l’analyse de sa mise en œuvre dans un service de médecine de la reproduction montrent qu’elle peut être conçue comme un soin technologique. En particulier, la distinction entre so-called medical and societal fertility preservation does not hold, as women requesting oocyte self-preservation for reasons of age sometimes discover a fertility disorder, or because, with the increase in waiting times for sperm donation, they switch from a request for alternative insemination or In Vitro Fertilization to elective egg freezing.

La Technique au Cœur de l'ACOA

Le recours à la vitrification ovocytaire, la technique au principe de la PFP qui nous intéresse, peut être jugé paradigmatique de ces nouvelles pratiques biomédicales. Les trois dimensions relevées - poids de la recherche fondamentale, évolution de la clinique, liens avec l’industrie - s’y retrouvent en effet de manière éclatante. D’abord, la vitrification ovocytaire est le fruit d’une longue quête scientifique sur les ovocytes, semée d’embûches tout au long de la seconde moitié du xxe siècle, pour ne perdre son statut expérimental et devenir une pratique de routine qu’en 2013. Or, l’absence de résultats probants n’a pourtant pas empêché que cette technique soit utilisée dans les laboratoires d’AMP partout dans le monde, en contradiction avec les règles de sécurité et d’éthique les plus élémentaires : les phases expérimentales ont majoritairement été réalisées sur des humaines, l’impossibilité de reproduire les protocoles sur les souris et les lapines n’a pas empêché son utilisation - première naissance en 1986 - et il n’y a pas eu de recherche ou d’étude de suivi (des femmes et des enfants) avant la généralisation de son application clinique.

Sur le plan purement clinique ensuite, la vitrification ovocytaire participe d’une médicalisation accrue de la procréation. Le recueil des ovocytes suit un protocole relativement long (une dizaine de jours), relativement lourd (injections quotidiennes pour la stimulation ovarienne pendant ces dix à douze jours, échographies de contrôle un matin sur deux, prises de sang fréquentes, bloc opératoire pour la ponction réalisée le plus souvent sous anesthésie générale) et relativement invasif (effets des hormones et de la ponction). Mais le renforcement de la médicalisation procède aussi de l’inscription de la vitrification ovocytaire dans une famille de techniques qu’elle agrandit et sans lesquelles elle ne saurait fonctionner. En amont, loin de servir une indication de préservation de la fertilité (PF), sa mise au point par une équipe italienne visait à ne pas perdre les ovocytes récoltés dans les protocoles de fécondation in vitro (FIV). Plus généralement, c’est pour l’allègement des protocoles d’AMP qu’elle était souhaitée par les médecins de la reproduction. En aval, son usage pour la PF requiert non seulement une FIV, sans laquelle disposer d’ovocytes congelés n’est d’aucun secours pour procréer, mais en outre une technique spécifique et invasive pour l’ovocyte, l’IntraCytoplasmic Sperm Injection (ICSI), qui trouve ici un nouvel emploi du fait des contraintes sur la membrane cellulaire induites par la congélation. Dernier élément, la vitrification ovocytaire poursuit la voie de la parcellisation des corps initiée par l’AMP, aux dépens d’une approche « holiste ». Comme le souligne Hélène Rouch (2011, p. 75), l’insémination artificielle déplace déjà la différence des sexes (dans leur contribution à la procréation) du niveau du corps à celui de l’organe et la FIV la déplace au niveau de la cellule. On peut ajouter que la vitrification ovocytaire poursuit cette voie de la molécularisation des corps en faisant des ovocytes des unités manipulables et transférables qui peuvent être déplacées non seulement d’un endroit à un autre (ils doivent être congelés pour cela), mais aussi beaucoup plus facilement qu’en étant frais d’un organisme à un autre (dans le cas d’un don).

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Eu égard à l’industrie, la représentation des ovocytes comme des objets biologiques autonomes et rares (à l’œuvre dans les FIV mais renforcée par la capacité de les cryopréserver) a permis leur évaluation, leur gestion et leur échange dans le cadre d’une économie des ovocytes tant au niveau local que global. Au-delà de leur valorisation personnelle par les individus, les ovocytes sont captés par des processus variés de capitalisation, à la fois sur le marché de l’innovation biomédicale - recherche sur les cellules souches embryonnaires et le clonage thérapeutique -, et sur celui de la fertilité, un marché en plein essor - PF, don, traitement de la fertilité, tourisme de la fertilité, crédit et assurances dédiés. Sur le marché de la fertilité, le « oocyte banking » (ou l'ACOA), conçu comme une bonne gestion de soi et visant à optimiser les chances d’une maternité « génétique » future, représente une véritable aubaine dans la mesure où cette pratique s’adresse potentiellement à toutes les femmes : le bassin de clientèle n’est restreint ni par la contraction d’une pathologie (le vieillissement concernant tout le monde), ni par l’état d’un désir d’enfant au présent (toute femme étant réputée éprouver un désir d’enfant irrépressible un jour).

Les Défis Logistiques et Financiers

L’entrée dans une telle entité de travail plonge dans un univers extrêmement technicisé avec hottes, platines chauffantes, étuves, incubateurs, « ICSI Machine » ou système de micromanipulation, machines pour le traitement du sperme, incubateur avec timelapse (l’onéreux Embryoscope® avec caméra intégrée), et containers d’azote liquide stockés ailleurs, où sont conservés gamètes et embryons. Particulièrement imposant, l’appareillage technique détermine largement ce qu’il est possible ou impossible de réaliser. La dépendance vis-à-vis des équipements matériels se mesure également à la quantité impressionnante de déchets produits en une journée du fait des consommables à usage unique, la plupart du temps en plastique (embouts des stripper®ou pipettes, utilisés pour disposer le milieu ou manipuler les ovocytes ; boîtes de pétri ; tubes ; milieux ; puces d’identito-vigilance utilisées neuves pour chaque manipulation distincte ; habillement quotidien : coiffes, blouses longues, sur-chaussures). Il y a là ce qui pourrait sembler une débauche de moyens, si l’on oublie qu’il s’agit de l’infrastructure d’un service public.

Face à l’augmentation des demandes de prise en charge dans le sillage de la nouvelle LBE, la pression qui n’apparaît pas soutenable pour l’accueil des « nouveaux publics » est celle relative à la sérothèque, laquelle n’avait pas été prévue pour contenir autant d’échantillons biologiques (d’ovocytes vitrifiés en l’occurrence). S’il est vrai que les ovocytes ne peuvent être déposés à côté des cuves en attendant que des places se libèrent, le manque criant de salles de consultation et de personnel est tout aussi déterminant pour l’issue des parcours de certaines femmes qui ne peuvent pas non plus attendre les délais en augmentation constante du fait du manque de moyens, parce qu’elles atteignent la limite d’âge haute. Néanmoins, la direction hospitalière rechigne pour le financement de boxes et de nouvelles embauches, alors qu’elle a déjà prévu l’augmentation du nombre de cuves.

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