Le Temple Baphuon, situé près d’Angkor au Cambodge, est un monument emblématique de l’architecture khmère. Construit au XIe siècle sous le règne du roi Udayadityavarman II, ce joyau architectural offre un aperçu fascinant de l'histoire religieuse et culturelle de la région. Souvent moins fréquenté que certains de ses voisins plus célèbres, comme Angkor Wat et le Bayon, il mérite toute notre attention pour sa grandeur et sa signification historique.
Historique du Temple Baphuon
Initialement dédié à la divinité hindoue Shiva, le Temple Baphuon a été transformé en un temple bouddhiste au XIIe siècle. Cette évolution témoigne des changements religieux qui ont marqué la région. Le temple, conçu sous forme de montagne sacrée, est un exemple de l’architecture classique khmère, avec des structures symboliquement élevées pour représenter le cosmos.
Commencé par Suryavarman Ier et achevé par son successeur Udayadityavarman II vers 1060, le Baphuon était sans doute le temple le plus majestueux de son temps et se trouvait au centre de la cité qui précéda Angkor Thom. Le Baphuon présente plusieurs particularités qui en font un cas spécial parmi les temples khmers.
Architecture et Design du Baphuon
La Structure Pyramidale
Le Baphuon est un temple-montagne dont la conception complexe attire les passionnés d’architecture. Sa pyramide est entourée de terrasses ornées de sculptures raffinées. Le temple lui-même mesure environ 130 mètres de large et 100 mètres de long. Sa silhouette, qui se dresse majestueusement au-dessus de la jungle environnante, représente une vision impressionnante. Le temple jouxte l’enceinte sud du palais royal et mesure 120 mètres d’est en ouest sur 100 mètres du nord au sud à sa base. Il s’élève à 34 mètres de haut sans sa tour, ce qui lui aurait donné une hauteur d’environ 50 mètres.
Les Décorations Sculpturales
La décoration est omniprésente dans ce temple. La pierre est sculptée presque partout: les colonnes, les encadrements des portes, les fausses-fenêtres, etc. La sculpture en bas-relief est le plus souvent un mélange de formes végétales et/ou géométriques qui servent d'encadrement à un programme iconographique plus précis, le plus souvent des scènes issues des grands mythes fondateurs de l'hindouisme, en particulier le Reamker (la version khmère du Ramayana) ou plus isolés, des éléments plus isolés typiques de l'iconographie hindouiste, comme des nagas, des makaras, des éléphants, des lions. On trouve également parfois des scènes de la vie quotidienne, mais c'est plus rare.
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Les murs du Baphuon sont ornés de bas-reliefs qui illustrent des scènes de la vie courante et des épisodes mythologiques. Parmi eux, on trouve des représentations de la guerre, des batailles épiques, ainsi que des histoires tirées du Ramayana. Ces sculptures témoignent de l’habileté des artisans khmers de l’époque. Au deuxième étage, on peut admirer toute une série de bas-reliefs qui racontent notamment le Ramayana. Le parcours de Râma est la plus courte des deux épopées mythogiques de langue sanskrite composées entre le IIIe siècle av. J.-C. et au IIIe siècle de notre ère. Constitué de sept chapitres et de 24.000 couplets (48 000 vers), le Râmâyana est, comme le Mahabhârata, l'un des textes fondamentaux de l'hindouisme et de la mythologie hindoue.
La Grande Statue de Bouddha Couché
L’un des éléments les plus fascinants du Temple Baphuon est la grande statue de Bouddha couché. Cette statue, bien qu’endommagée par le temps et par les guerres, reste un point d’intérêt majeur pour les visiteurs. Elle mesure environ 70 mètres de long et nécessite une certaine étude pour être entièrement appréciée, car de nombreuses parties de la statue sont partiellement enterrées sous les décombres. À la fin du XVe siècle, le Baphuon a été transformé en temple bouddhiste. Une statue de Bouddha couché de 9 mètres de haut sur 70 mètres de long a été construite au deuxième niveau du côté ouest, ce qui a probablement nécessité la démolition de la tour de 8 mètres située au-dessus pour fournir des pierres à la statue, expliquant ainsi son absence actuelle.
Particularités Architecturales
Le Baphuon présente plusieurs particularités qui ont font un cas spécial parmi les temples khmers. La première est son histoire récente mouvementée. Le site est en effet depuis le début du siècle et encore à l'heure actuelle une sorte de pré carré réservé aux archéologues français de l'EFEO.
L'autre particularité qui fait de ce temple un lieu vraiment unique c'est son occupation tardive, longtemps après le roi qui en était le commanditaire et surtout le fait que cette occupation a donné lieu à des modifications très importantes dans la structure du temple au point de troubler les archéologues au moment de remonter l'ensemble.
En matière de portes, on le reverra de nombreuses fois, les anciens Khmers étaient de grands adeptes des fausses portes. Les gopuras abritent ou abritaient souvent eux-mêmes une statues ou un linga. Les scènes sculptées sont extrêmement nombreuses et le plus souvent très bien conservées et restaurées.
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La Rénovation et la Conservation du Temple Baphuon
Au cours des décennies, le Temple Baphuon a subi de nombreux travaux de rénovation. La période de restauration la plus significative a eu lieu entre 1960 et 1970, dirigée par l’École Française d’Extrême-Orient. Toutefois, les troubles politiques du Cambodge dans les années 1970 ont mis ces efforts en pause.
Après la fin des conflits, les travaux ont repris dans les années 1990, avec un projet complet de restauration visant à redonner au temple sa splendeur d’antan. Aujourd’hui, le temple est ouvert aux visiteurs et constitue un exemple frappant de la résilience culturelle du Cambodge.
Un Chantier Épique
Le temple a été construit sur un terrain rempli de sable, et en raison de son immense taille, le site a été instable tout au long de son histoire. Au 20e siècle, une grande partie du temple s’était largement effondrée, et les efforts de restauration prirent un caractère épique. Un projet à grande échelle visant à démonter le temple afin de renforcer son noyau avant de reconstruire l’ensemble - un processus connu sous le nom d’anastylose - a été abandonné après l’éclatement de la guerre civile en 1970. Les ouvriers et les archéologues ont été contraints de laisser sur place 300 000 blocs soigneusement étiquetés et numérotés, répartis sur 10 hectares autour du temple.
Un second projet de restauration du temple a été lancé en 1996 sous la direction de l’architecte Pascal Royère de l’EFEO. Il a fallu 16 ans à l’équipe pour achever ce qui était devenu le « plus grand puzzle en 3D du monde ». En quinze ans, les restaurateurs de l'Ecole française d'Extrême-Orient sont venus à bout du plus grand puzzle en 3D au monde.
L'Anastylose: Reconstruire à Partir des Ruines
L'anastylose consiste donc à remonter un bâtiment grâce à l'étude des morceaux épars et la façon dont ils devaient s'agencer. Dans le cas des temples angkoriens, il fallait d'abord démonter le bâtiment pierre par pierre pour pouvoir en dégager les arbres, numéroter chaque pierre et enfin remonter l'ensemble. Ce qui devient une autre affaire quand on sait que l'anastylose du site a été décidée à la fin des années 1960, soit exactement la période où la guerre allait arriver dans le coin de Siem Reap et se conclure en 1975 avec l'instauration du régime Khmer Rouge sur tout le pays. Si les Khmers Rouges ne s'en sont pas particulièrement pris aux temples, ils ont détruit l'ensemble des relevés et archives produits par l'EFEO… Les travaux de ce gigantesque puzzle en 3D se sont échelonnés de 1995 à 2011.
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Pascal Royère explique : « On ne savait pas combien de temps cela allait durer, encore moins combien cela allait coûter. Alors, nous avons adopté la même technique que pour un puzzle, en commençant par trier les coins, puis les bords… ». Selon les similitudes de motifs ou les marques d'usure, les pierres sont regroupées par familles de décors, puis par sous-ensembles, et ainsi de suite. « Puis il a fallu essayer des combinaisons, à blanc » : dans la forêt, les ouvriers tentent alors des assemblages, les démontent, les refont, parfois plus de dix fois avant de retrouver le bon empilement d'origine. « Les pierres ne tenaient pas avec du mortier, elles s'emboîtaient les unes sur les autres. Dans ce temple, chaque pierre a sa place et chaque place a sa pierre », explique l'architecte. Finalement, ce n'est qu'en 2003 que le plan de reconstruction est enfin terminé. La dernière phase du chantier, la plus gratifiante, peut enfin commencer : remonter le temple.
Défis et Solutions
Le Baphuon a en outre la particularité d'être construit sur une structure pyramidale en gradins remplis de sable. Ce "château de sable" qui constitue la base du temple a été coffrée par des murs de pierre ; or, dans un pays trempé par les pluies six mois par an, l'humidité s'infiltre et fait gonfler le sable, ce qui déforme la structure en pierre.
Il y a beaucoup de pierres abîmées, brisées lors des effondrements. A mesure que le temple reprend forme, les restaurateurs se rendent compte qu'il y a des lacunes sur certains endroits des murs, notamment sur les structures démantelées pour construire le Bouddha géant. Il faut combler ces manques avec des nouvelles pierres et, pour conserver une unité visuelle sur chaque façade, celles-ci sont vieillies à la main, une par une, par des tailleurs de pierre.
Visiter le Temple Baphuon
Accès et Horaires d’Ouverture
Le Temple Baphuon est facilement accessible depuis le site d’Angkor. Les visiteurs peuvent y accéder en tuk-tuk ou à vélo. Le temple est généralement ouvert tous les jours de 7h00 à 17h30. Il est recommandé de visiter le matin, lorsque les températures sont plus douces et la lumière est idéale pour la photographie.
Conseils Pratiques aux Voyageurs
Lors de votre visite, il est conseillé de porter des vêtements respectueux, surtout en raison de l’importance religieuse du site. Informez-vous sur les règles de conduite et assurez-vous d’apporter de l’eau et de la crème solaire, car le climat peut être chaud et ensoleillé.
Signification Culturelle du Temple Baphuon
Le Temple Baphuon est bien plus qu’un simple monument historique ; il est le reflet de l’identité culturelle cambodgienne. Sa grandeur et ses sculptures racontent une histoire qui traverse les âges. En en apprenant davantage sur ce temple, les visiteurs peuvent saisir non seulement l’art khmer, mais également les croyances et les traditions qui ont façonné cette civilisation.
Le Baphuon et les Divinités Hindoues: Shiva
Le Baphuon était dédié à Shiva, l’un des dieux de la Trinité hindoue avec Vishnu et Brahma. Si l’action centripète est représentée par Vishnu, le préservateur de l’Univers, Shiva représente la tendance centrifuge, le principe final de l’univers car tout finit par une désintégration. Si Shiva est le Dieu de la mort, il est aussi source de vie. Tout ce qui existe doit cesser d’exister, doit se dissoudre dans l’immensité. L’existence est un stade dans un univers qui s’étend, c'est-à-dire qui se désintègre. Mais c’est de la désintégration que l’existence renaît à nouveau.
En conséquence, le symbole le plus général de Shiva est le linga, ou phallus, et son pouvoir est représenté par le linga inséré dans la yoni, l’emblème féminin. Toutefois, ce n’est pas le phallus qui est vénéré, mais celui dont le phallus est le signe, qui est à l’origine de la vie. C’est pourquoi le phallus est dressé dans la yoni, car il féconde cette matrice.
Shiva est moins un destructeur qu'un transformateur, il invite à se transformer, à progresser, c'est pourquoi il est fondamentalement bienveillant, même si les transformations auxquelles il nous invite sont douloureuses. La monture de Shiva est un taureau, blanc comme neige, au corps massif et aux yeux doux. Il se nomme Nandi (joyeux) et personnifie la justice et la droiture. Parvati est l’épouse de Shiva.
Comparaison avec d'Autres Temples d'Angkor
Bien que chaque temple à Angkor ait son propre charme, le Baphuon se distingue par son style architectural unique et son histoire complexe. Contrairement à l'architecture classique d'Angkor, comme le montre Angkor Vat, le Bayon présente un style baroque.
Il y a quelques centaines de mètres à marcher pour parvenir au Baphuon depuis le Bayon. En retraversant la chaussée du palais royal, puis en obliquant sur la gauche, je débouche bientôt sur un des plus vastes temples d'Angkor : le Baphuon. Implanté au coeur de l'ancienne cité royale d'Angkor Thom, au sud du Palais royal, le temple du Baphuon est dédié au culte du Linga. Il est l'un des plus grands édifices religieux du Cambodge et fut probablement l'un des édifices majeurs autour duquel se structurait la vie de la capitale khmère. Autrefois comparé à une montagne d'or, ce temple fut construit au milieu du XIe siècle, soit avant Angkor Thom, bien qu'il s'y trouve à l'intérieur.
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