Introduction
La berceuse vietnamienne, ou ru, est bien plus qu'une simple mélodie. C'est un fil conducteur qui relie le passé et le présent, la culture et l'identité, l'exil et l'espoir. Cet article explore l'histoire et la signification profonde de la berceuse vietnamienne, en s'appuyant notamment sur le roman "Ru" de Kim Thúy, une œuvre qui illustre avec sensibilité l'expérience de l'immigration et la quête d'identité.
La signification du mot "Ru"
Le titre du roman de Kim Thúy, "Ru", est significatif à plus d'un titre. En français, "ru" évoque l'écoulement, le flux d'une rivière. En vietnamien, "ru" signifie "berceuse". Cette double signification est particulièrement appropriée pour ce livre, car l'histoire se déroule comme un ruisseau, avec des flux et des reflux, des souvenirs qui s'entremêlent et des époques qui se succèdent.
"Ru" de Kim Thúy : Une autofiction poétique
Kim Thúy raconte dans "Ru" une autofiction, une histoire inspirée de sa propre vie. Née à Saigon, elle a fui le Vietnam avec sa famille pour s'installer au Québec. Le roman est une mosaïque de souvenirs, d'impressions et de réflexions sur son enfance, son exil, son adaptation à une nouvelle culture et sa maternité.
L'auteure utilise un style d'écriture poétique, avec des phrases courtes et simples, des répétitions et des anaphores, créant un rythme qui reflète le chaos et la complexité de son passé. Elle alterne entre le passé et le présent, entre Saigon et Montréal, tissant une histoire complexe d'une petite fille qui grandit en cherchant sa propre identité.
L'enfance à Saigon : Une vie privilégiée bouleversée par la guerre
Avant d'immigrer au Québec, Nguyen, le personnage principal de "Ru", a vécu une enfance privilégiée dans une famille riche du Sud Vietnam. Ils habitaient dans une grande maison à Saigon, mais leur vie a été bouleversée par la guerre. Pendant l'offensive du Têt, leur maison a été occupée par des soldats communistes, les forçant à fuir.
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Ce roman, c’est l’histoire de cette transplantation, d’un avenir promettant pourtant tant de sérénité et de calme, mais que la guerre a bouleversé, en a changé toutes les références, en a balayé tout souvenir. C’est l’histoire d’une génération qui n’a plus les racines de ses ancêtres et pas encore celles de ses descendants.
L'exil et l'arrivée au Canada : La découverte d'un nouveau monde
La famille de Nguyen a fui le Vietnam en tant que boat people, survivant à un voyage périlleux en mer. Ils ont passé quelques mois dans un camp de réfugiés en Malaisie avant d'être accueillis au Canada.
L'arrivée au Canada a été une expérience déstabilisante pour Nguyen, qui a dû s'adapter à une nouvelle langue, une nouvelle culture et un nouveau mode de vie. Elle a été confrontée à des différences culturelles importantes entre la vie à Saigon et la vie au Canada, notamment en ce qui concerne les attentes sociales et les normes culturelles.
Kim Thuy entremêlent habilement de petites scènes vécues dans ces différents lieux à différents moments de sa vie. Mais les plus belles pages sont celles qui évoquent son arrivée au Canada, il y a trente ans, et l'accueil que leur réservaient les québécois.
La quête d'identité : Trouver sa place entre deux cultures
Un thème central du roman "Ru" est la quête d'identité. Nguyen s'efforce de trouver sa place au monde, de concilier son héritage vietnamien et sa nouvelle vie au Canada. Elle est tiraillée entre deux cultures, deux langues et deux identités.
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L'histoire du Vietnam, celle avec un grand H, a déjoué les plans de ma mère. ( ) elle a aussi dépouillé nos noms de leur sens, les réduisant à des sons à la fois étrangers et étranges dans la langue française. J'ai adoré ce livre qui est avant tout un très beau portrait de femme. Il démontre aussi avec éclat l'importance de l'écriture.
La maternité : Un nouveau regard sur la vie
La maternité a profondément transformé Nguyen. Ses deux fils, Pascal et Henri, ont influencé sa vision des enfants et de la maternité, l'incitant à écrire.
Soucieuse de leur avenir, chaque jour, sa mère les obligeait à nettoyer vingt fèves germées en enlevant leur racine une à une. De ses deux fils, Pascal et Henri, le petit dernier est autiste. Elle en parle avec un amour qu'elle seule peut arriver à exprimer avec les mots justes, les mots d'une mère forte mais qui a droit à l'effondrement : « Je n'ai jamais eu d'autres questions que celle du moment où je pourrais mourir. J'aurais dû choisir ce moment avant l'arrivée de mes enfants, car j'ai depuis perdu l'option de mourir. L'odeur surette de leurs cheveux cuits sous le soleil, l'odeur de la sueur dans leur dos la nuit au réveil d'un cauchemar, l'odeur poussiéreuse de leurs mains à la sortie des classes m'ont obligée et m'obligent a vivre, à être éblouie par l'ombre de leurs cils, à être émue par un flocon de neige, à être renversée par une larme sur leur joue. Ils m'ont donnée le pouvoir de souffler sur une plaie pour faire disparaître la douleur …
La force de la résilience
"Ru" est un témoignage de la force de la résilience humaine. Malgré les épreuves qu'elle a traversées, Nguyen a su s'adapter, se reconstruire et trouver un sens à sa vie. Son histoire est une source d'inspiration pour tous ceux qui ont été confrontés à l'exil, à la perte et à la difficulté de s'intégrer dans une nouvelle culture.
Nos lectrices ont été touchées par la force de résilience de l'auteur, son humour parfois. Ce livre nous éclaire sur la culture vietnamienne, sa sagesse et son raffinement. A lire absolument!
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L'écriture comme catharsis
Pour Kim Thúy, l'écriture a été un moyen de donner un sens à son expérience et de partager son histoire avec le monde. Elle a trouvé dans l'écriture une forme de catharsis, un moyen de se libérer de son passé et de se réapproprier son identité.
« Monsieur Minh m'a donné le désir d'écrire. J'ai rencontré monsieur Minh sur une banquette en vinyle rouge d'un restaurant chinois de la rue Côte-des-Neiges où mon père travaillait comme livreur. J'y faisais mes devoirs en attendant la fin de son quart de travail Lui, ce n'est pas le ciel qui l'avait sauvé, c'était l'écriture. Sans l'écriture il n'aurait pas entendu aujourd'hui la neige fondre, les feuilles pousser et les nuages se promener.
La danse du lion : Une autre facette de la culture vietnamienne
La danse du lion, ou danse de la licorne, est une autre tradition culturelle vietnamienne importante. Elle est souvent pratiquée lors d'occasions spéciales et de célébrations, comme le Têt (Nouvel An vietnamien), les mariages, les ouvertures de magasins et les festivals communautaires.
La danse du lion est une performance visuelle captivante qui allie mouvements gracieux et symbolisme culturel. Elle est associée à la chance, à la prospérité et à la protection contre les mauvais esprits.
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