Comment faire une suite à un raz-de-marée de l'ampleur de La Reine des Neiges ? Redouté comme furieusement attendu, La Reine des Neiges II est très vite apparu, à la fois, comme un pari hautement risqué sur le plan artistique mais aussi un succès financier directement assuré. À l'arrivée, ce second opus objet de toutes les convoitises réussit l'exploit d'être aussi bon, voire meilleur, que le premier ! Il est tout simplement superbe avec des visuels à tomber par terre, de nouvelles chansons entêtantes, des personnages qui évoluent avec finesse et un récit bien ficelé qui complète et approfondit l'aventure précédente tout y apportant une touche un plus sombre.
Le monde entier connaît La Reine des Neiges ! Le film des Walt Disney Animation Studios est, en effet, devenu un véritable phénomène de société à travers la planète entière. Lors de sa sortie, il rapporte pas moins de 1,27 milliard de dollars le plaçant directement comme meilleur box-office mondial de tous les temps pour un film d'animation (il a depuis été dépassé par Le Roi Lion de Jon Favreau, faux film "live" mais vrai film animé) et cinquième, tous types confondus (six ans plus tard, il a perdu dix places). La bande originale va d'ailleurs devenir le symbole de sa réussite : elle sera première des ventes aux États-Unis pendant 13 semaines non consécutives et deviendra triple disque de platine. L'album s'écoulera à dix millions d'unités dans le monde en 2014, devenant le disque le plus vendu cette année-là partout sur la planète. Rien d'étonnant alors à ce que La Reine des Neiges reçoive des professionnels l'Oscar de la Meilleure Chanson pour Libérée, Délivrée.
Outre sa bande originale, les produits dérivés du film s'arrachent toujours des années après ! C'est bien simple : tout ce qui est estampillé La Reine des Neiges se vend comme des petits pains. Jouets, poupées, robes, peluches et autres DVD battent ainsi des records de vente. Il est donc évidemment logique de voir Disney surfer sur le succès du film partout : en magasin mais aussi dans les Parcs à thème avec par exemple Chantons La Reine des Neiges à Disneyland Paris ou encore l'attraction Frozen Ever After dans le pavillon norvégien à Epcot à Walt Disney World. De même, La Reine des Neiges arrive également sur scène via une adaptation en comédie musicale montée à Broadway qui débute en 2018. Toujours dans cette volonté de faire vivre la franchise La Reine des Neiges, un programme intitulé Northern Lights est mis en place par la branche merchandising de Disney. Il consiste à proposer plusieurs livres jeunesse ainsi que le court-métrage animé LEGO, La Reine des Neiges : Magie des Aurores Boréales, diffusé à partir du 9 décembre 2016 sur Disney Channel, comme une mini-série de quatre épisodes de 5 minutes puis finalement monté comme un special de 22 minutes.
En parallèle, les Walt Disney Animation Studios prolongent le succès du long-métrage avec des projets plus courts, à commencer par le cartoon La Reine des Neiges : Une Fête Givrée proposé en première partie de Cendrillon, l'adaptation au cinéma en prises de vues réelles du célèbre Grand Classique de 1950. Tout ce bouillonnement et surtout la performance jamais démentie de la franchise tournant autour d'Anna et Elsa convainquent tous les experts financiers que les studios annonceraient rapidement une suite… Et pourtant, ils prennent leur temps. Ils attendent, en effet, le 12 mars 2015 pour officialiser La Reine des Neiges II. Car, et c'est peu de le dire, le débat a été intense au sein des Walt Disney Animation Studios afin de savoir s'il fallait donner une suite ou non à ce film-événement.
Les suites de Grands Classiques ne sont pas du tout dans l'ADN du studio de Blanche Neige et les Sept Nains. Jusque-là, ils étaient, en effet, principalement réalisés à bas coûts par feu DisneyToon Studios tandis que le grand frère de la branche cinéma, Walt Disney Animation Studios, se chargeait lui des projets originaux. Sur 58 longs-métrages, seuls six en sont (Les Trois Caballeros, Bernard et Bianca au Pays des Kangourous, Fantasia 2000, Winnie l'Ourson, Ralph 2.0 et désormais La Reine des Neiges II). Et encore, en y regardant de plus près, cette affirmation se doit d'être nuancée. Si la thématique de Saludos Amigos et des Trois Caballeros est, en effet, la même, il est cependant difficile de parler de suite en tant que telle. De même, Fantasia 2000 est plus un renouvellement du concept du classique de 1940 qu'autre chose. En revanche, depuis, avec Ralph 2.0 et La Reine des Neiges II, les Walt Disney Animation Studios deviennent, un peu, un studio comme un autre où les films originaux alternent avec des suites de ses plus grands succès. Jusqu'à très récemment, le label historique de Disney était, il est vrai, resté éloigné de cette pratique en proposant des univers inédits tous les ans. Si celui de Ralph se prête à merveille à un prolongement vu son thème du jeu vidéo, avec La Reine des Neiges, au contraire, le premier opus ne semble pas disposer forcément sur le papier d'une histoire apte à supporter un deuxième volet.
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La pression pour faire une suite vient ainsi surtout du public, des actionnaires et du PDG de The Walt Disney Company, Bob Iger. La décision finale est imposée au studio même si John Lasseter, alors directeur des studios d'animation Disney et Pixar, ainsi que les réalisateurs du premier film sont plutôt réticents. Mais le succès considérable de La Reine des Neiges les dépasse et… les oblige ! La seule chose qu'accepte d'ailleurs Bob Iger est de ne pas se précipiter et de trouver l'histoire idéale. Si la fin est rapidement établie, la construction du récit va ainsi prendre plusieurs années, bougeant jusqu'au dernier moment. Il faut dire que Bob Iger ne s'est pas trompé en confiant la réalisation de La Reine des Neiges II à la même équipe. Né à Wichita (Kansas), Chris Buck a étudié l'animation de personnages à CalArts avant de commencer sa carrière chez Disney en tant qu'animateur sur Rox et Rouky en 1981. Il travaille ensuite sur l'animation du cartoon Fun with Mr. Future et celle du moyen-métrage Footmania pour Dingo ; sur le design des personnages du Petit Grille-Pain Courageux ; sur l'animation d'Oliver & Compagnie ; sur le design des personnages de La Petite Sirène et de Bernard et Bianca au Pays des Kangourous. Sur Pocahontas, une Légende Indienne, sorti en 1995, il supervise l'animation de trois personnages : Percy (le chien de Ratcliffe), la mystique Grand-Mère Feuillage, et le domestique Wiggins. Il assume par la suite, avec Kevin Lima, sa première réalisation avec Tarzan en 1999. Après avoir été superviseur de l'animation sur le personnage de Maggie dans La Ferme se Rebelle, il quitte les studios Disney pour revenir à la réalisation dans le film Les Rois de la Glisse pour Sony Pictures Animation. Il retrouve ensuite les studios de Mickey pour signer la réalisation de son troisième long-métrage, La Reine des Neiges. Il reste depuis attaché à la franchise en ayant réalisé La Reine des Neiges : Une Fête Givrée ainsi que le film La Reine des Neiges II.
Jennifer Lee a, pour sa part, rejoint les Walt Disney Animation Studios en mars 2011 en qualité de scénariste pour la comédie d'aventures Les Mondes de Ralph. Fin 2012, la Direction des studios Disney décide de la nommer coréalisatrice de La Reine des Neiges, devenant ainsi la première femme du label à être placée à ce poste. Le succès du film lui permet évidemment de gravir les échelons et de montrer tout son talent. Elle rentre dans le "story trust" (un processus qui consiste à faire se réunir tous les réalisateurs du studio afin de parler des œuvres en cours de développement) et contribue au succès de films comme Les Nouveaux Héros, Zootopie ou Ralph 2.0. Elle fait une petite escapade en dehors des studios en écrivant le script d'Un Raccourci dans le Temps, le long-métrage Disney à prises de vues réelles, adaptant-là l'un de ses romans préférés. Malheureusement, le film est un flop retentissant. En juin 2018, après le départ de John Lasseter à la suite d'accusations de conduite déplacée vis-à-vis d'employées, Bob Iger la nomme à la tête des Walt Disney Animation Studios en tant que chef de création où elle installe une organisation plus collégiale autour du "story trust".
Pour construire le récit de La Reine des Neiges II, les artistes sont ainsi partis avec l'idée d'imaginer le film comme un nouveau chapitre d'une histoire globale complétant et enrichissant ainsi le premier volet. D'ailleurs, le titre du long-métrage montre cette décision. Alors qu'ils ont essayé de nombreuses autres dénominations, ils ont finalement opté pour un simple Frozen II en anglais mettant ainsi bien en avant cette complémentarité. De même, nommé provisoirement La Reine des Neiges 2, une appellation largement acceptée par le public, le bon sens marketing plaidait pour conserver ce titre : les spectateurs comprendront alors tout de suite qu'il s'agit d'une suite à leur film préféré ! Enfin, pour renforcer le lien entre les deux longs-métrages, les réalisateurs ont décidé de considérer que ce qui tournait autour de la franchise, y compris les deux courts-métrages, n'était pas canon ; seuls comptent donc les deux longs-métrages. Les plus attentifs remarqueront néanmoins que certains éléments de La Reine des Neiges : Une Fête Givrée se retrouvent dans le deuxième opus.
Le plus étonnant dans La Reine des Neiges II est de voir qu'il est construit différemment par rapport au premier opus. D'une manière générale, son récit est bien plus équilibré. Après une introduction qui pose les problématiques du nouveau film, il prend ensuite son temps pour revenir aux personnages iconiques et expliquer leurs états d'esprit grâce à des scènes de la vie courante. Le récit peut ensuite se transformer en une quête qui s'avère aussi mystérieuse qu'épique. Le cheminement de tous les intervenants, à la fois dans leurs actes mais aussi dans leurs sentiments, se fait alors de façon fluide et naturelle. Si dans La Reine des Neiges, l'exposition des personnages dans le premier acte semblait un peu trop rapide, un phénomène accentué par la présence de pas moins de cinq chansons interprétées durant ce laps de temps, dans La Reine des Neiges II, seules trois chansons viennent égayer l'entame. Globalement, dans le deuxième opus, toutes les ritournelles y sont ainsi bien mieux réparties.
La Reine des Neiges II décide ensuite d'approfondir deux pistes laissées dans le flou par son prédécesseur et qui s'avèrent très liées. À partir de là, le second volet se permet d'aborder le thème de la quête d'identité et de l'héritage. L'excellente idée du film est ainsi de faire résonner le passé et le présent tout au long de son déroulé à travers un secret familial qui ne demande qu'à être découvert. Les personnages, en recherchant la vérité sur un mystère dans le présent vont alors plonger dans le passé et en apprendre plus sur eux-mêmes, histoire d'être en capacité de faire des choix pour leur propre avenir. Les notions de famille, de patrimoine et d'amour sont ainsi très présentes dans le long-métrage, permettant à l'émotion de s'installer progressivement avec des scènes qui s'avèrent tendres, touchantes ou déchirantes. En cela, La Reine des Neiges II est bien plus sombre que ne l'était son aîné tant certains moments sont à la fois intenses et poignants.
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Se déroulant trois ans après le premier film, la nouvelle aventure dévoile aussi une autre facette des deux sœurs. Alors qu'elles s'étaient perdues de vue durant leur enfance pour finalement se retrouver à la fin du film, elles vivent ici ensemble et partagent de bons moments. Dès lors, quand le destin met à nouveau Elsa au défi, il est hors de question pour Anna de la laisser partir seule à l'aventure. Elle ne veut pas la perdre une nouvelle fois et fera tout pour protéger sa sœur, coûte que coûte et même, malgré elle. L'amour sororal est donc de nouveau le moteur du film : deux sœurs totalement opposées mais qui s'aiment envers et contre tout. Ces sentiments nourrissent d'ailleurs un joli parallèle avec le cœur même de l'intrigue. Leur relation bien développée permet en effet à l'émotion de monter crescendo jusqu'à un final qui s'avère cohérent avec l'évolution des personnages.
La vraie trouvaille de La Reine des Neiges II est à rechercher du côté de son ambiance, absolument incroyable. Le fait de placer l'action dans un coin reculé d'Arendelle, en plein cœur de la Forêt Enchantée, permet, en effet, de développer folklore et magie ; l'ensemble étant porté par les quatre éléments que sont l'eau, l'air, le feu et la terre, apportant une puissance évocatrice incroyable. Le film se permet ainsi d'aborder le respect à la nature et la nécessité de vivre en harmonie avec elle. Il montre aussi comment la nature attaquée sait se venger et se défendre. La magie du film propose alors une belle métaphore sur cette notion. Il met aussi le doigt sur l'idée de l'affrontement et de l'incompréhension entre deux mondes : ceux qui acceptent la magie de la nature et vivent en symbiose avec elle et ceux qui essayent justement de la contrôler car la pensant dangereuse. En réalité, La Reine des Neiges II rappelle beaucoup dans ses thèmes (mais aussi dans ses visuels notamment avec les feuilles qui volent régulièrement), un autre film des Walt Disney Animation Studios : Pocahontas, une Légende Indienne. Comme avec lui, la poésie est omniprésente. Et il faut bien avouer que l'imagerie des quatre éléments alliés aux légendes d'Arendelle fait gambader l'imagination du spectateur.
Tous ces thèmes mis bout à bout font que La Reine des Neiges II s'avère incroyablement épique, bien plus que le premier. La découverte de lieux inconnus, la résolution de mystères, des dangers qui attendent les héros… Tout rend ici le film haletant et prenant. Le spectateur vibre avec les personnages exposés à de vrais dangers. L'action est intense dans cette bataille aussi bien contre les éléments que les erreurs du passé. La variété des décors et le scope de ceux-ci rendent, en outre, l'ensemble incroyablement grandiose. Comme cela a déjà été dit, la nature y est particulièrement mise en avant et sa majesté superbement mise en image, La Reine des Neiges II se faisant véritablement dépaysant.
La grande prouesse du film est à l'évidence son visuel tout simplement sublime. L'animation est fluide à souhait et le travail mené sur les vêtements et les humains est à tomber par terre. Leurs expressions et gestuelles sont notamment juste parfaites. Mais là où le film impressionne, c'est avant tout dans ses décors, ses textures et surtout l'incroyable utilisation de l'imagerie qu'offre l'animation CGI. Le récit se déroulant en automne, les couleurs tranchent considérablement avec le premier opus et son blanc hivernal lumineux ou son été verdoyant et chaleureux. Ici, les tons orangés apportent une certaine mélancolie qui accentue cette impression sombre et mature que veut renvoyer l'histoire. Il s'agit aussi sûrement du film animé des Walt Disney Animation Studios le plus abouti visuellement parlant.
Analyse de la Berceuse d'Ahtohallan
Dans La Reine des Neiges II, la "Berceuse d'Ahtohallan" (All Is Found en VO), chantée par la reine Iduna à ses filles, se révèle être bien plus qu'une simple comptine. Elle sert de fil conducteur auditif et émotionnel tout au long du film, distillant des indices subtils sur le destin d'Elsa et les mystères du passé.
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Un Thème Prophétique
Dès la première écoute, la berceuse suscite des frissons par ses paroles prophétiques. Elle se présente comme une mise en garde qui revient de manière intelligente tout au long du film. Son rythme simple et entêtant renforce son impact émotionnel et sa capacité à imprégner l'esprit du spectateur.
Parallèles Musicaux et Émotionnels
La "Berceuse d'Ahtohallan" peut être considérée comme le pendant du "Cœur de Glace" du premier film, mais en étant intrinsèquement supérieure. Disney a d'ailleurs suivi le même schéma pour les quatre premières chansons des deux films :
- Cœur de Glace --> Berceuse
- Renouveau --> Point d'avenir sans nous
- Libérée Délivrée --> Dans un autre monde
- En été --> Quand je serai plus grand
Une Révélation Progressive
Tout comme "Je voudrais un bonhomme de neige" dans le premier film, la "Berceuse d'Ahtohallan" sert de fil conducteur auditif tout au long du film. On découvre à la fin du film qu'une grande partie du destin d'Elsa y est dissimulée sans qu'on prête réellement attention aux paroles au premier abord.
Analyse des Paroles
Certaines paroles de la berceuse sont particulièrement révélatrices :
- "Where the north wind meets the sea" évoque la rencontre entre Elsa (vent glacial) et le Nokk (la mer).
- "But can you brave what you most fear?" peut évoquer le passé, la vérité, ou même la propre mort d'Elsa.
- La VF garde l'essentiel avec "Prends garde de ne pas t'y noyer", tout en ajoutant une touche poétique.
- "When all is lost, then all is found" annonce la "fin heureuse" du film.
Une Version Alternative
Il existe une version alternative de la "Berceuse d'Ahtohallan" dont la fin a été coupée. Cette version, plus douce et plus mignonne, fonctionnait certainement bien avec la "version longue" du début. La version finale apporte un nouveau souffle bienvenu, surtout avec la beauté des images sur le fjord d'Arendelle.
Interprétation et Émotion
La "Berceuse d'Ahtohallan" est une chanson très puissante, émotionnellement parlant, qui résonne dans le cœur de ceux qui s'y reconnaissent. Elle contribue à l'émancipation d'Elsa et à son acceptation de sa nature profonde.
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