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Fabrice Cahen : Un historien engagé dans l'étude des politiques anti-avortement

Fabrice Cahen est un historien français dont les travaux portent principalement sur l'histoire sociale des politiques de la vie, avec un intérêt particulier pour les questions de contraception, d'avortement, de stérilité conjugale et d'eugénisme. Son approche se distingue par une analyse approfondie des acteurs, des discours et des enjeux liés à la régulation des comportements de procréation et de reproduction.

Formation et carrière

Agrégé d'histoire, Fabrice Cahen enseigne en lycée depuis 2001. Son parcours universitaire l'a conduit à se spécialiser dans l'histoire des politiques de la vie, un domaine qu'il explore à travers une perspective croisée des normes familiales, des politiques sociales et/ou « natalistes », et des rapports de genre.

Thèse de doctorat : "Lutter contre l’avortement illégal. Les politiques de la vie au défi du contrôle des mœurs (France, 1890-1950)"

La thèse de doctorat de Fabrice Cahen, soutenue à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, constitue une contribution majeure à l'étude de la lutte contre l'avortement en France. Cette recherche se penche sur la période allant de la fin du XIXe siècle au début des années 1950, une époque marquée par une forte criminalisation de l'avortement et par l'émergence de mouvements natalistes et familiaux.

Genèse d'une entreprise de lutte

Cahen retrace la genèse de cette entreprise de lutte, en montrant comment, à partir de la fin du XIXe siècle, une cause collective s'est construite et a été érigée en « problème public ». Il met en lumière la diversité des acteurs engagés, allant des personnalités privées (notamment des médecins confrontés à la question de l'avortement) aux acteurs étatiques ou liés à l'État.

Acteurs clés et réseaux

L'analyse de réseaux permet à Cahen de resituer certaines figures emblématiques et d'identifier les acteurs les plus centraux de cette lutte, tels que le médecin Adolphe Pinard, le leader de l'Alliance nationale contre la dépopulation Fernand Boverat, ou encore le juriste Henri Berthélémy. Il insiste sur la double composante, religieuse et profane, de cette croisade, en montrant comment les notions de « respect de la vie » ou de morale sexuelle rencontrent la démarche très « matérialiste » de « chiffrage » de l'avortement.

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Politisation de l'avortement

Cahen souligne que, pour que l'avortement soit reconnu comme un problème national et comme un paramètre pertinent d'action publique, il a fallu intégrer ce phénomène à ce que Louis-Adolphe Bertillon appelait la « comptabilité des existences ». Il conclut que ce travail social aboutit, aux alentours de la Grande Guerre, à une politisation réussie de la question de l'avortement.

Typologie des stratégies d'action publique

La thèse de Cahen examine également la définition des politiques de lutte contre l'avortement, en observant comment l'hétérogénéité des acteurs mobilisés démultiplie les réponses politiques possibles. Il propose une typologie des stratégies d'action publique, en distinguant des stratégies « idéalistes », des stratégies « matérialistes » et des stratégies « institutionnalistes ». Il montre que les dispositifs de lutte se constituent par arbitrages et dosages entre ces diverses approches.

Radicalisation de la lutte contre l'avortement sous Vichy

L'un des aspects les plus marquants de la thèse de Cahen est son analyse de la radicalisation de la lutte contre l'avortement dans les années 1940, sous le régime de Vichy. Il montre comment cette « politique de la vie » revêt un nouveau visage, marqué par l'acceptation progressive de réponses violentes et juridiquement éloignées de l'État de droit.

Machine à punir et institutionnalisation de la délation

Cahen décrit la constitution d'une sorte de « machine à punir », avec un pouvoir judiciaire rangé sous le contrôle de l'exécutif, des fonctionnaires placés en émulation, et une restriction tendancielle de la marge d'interprétation et de l'esprit d'équité. Il montre comment s'est constitué, autour des années sombres, un système associant forces de police judiciaire spécialisée et institutionnalisation de la délation.

Efficacité des mesures politiques

La thèse de Cahen aborde également la question de l'efficacité des mesures politiques de lutte contre l'avortement. Il souligne que la notion d'efficacité revêt des significations très diverses pour les combattants anti-avortement, rarement naïfs au point de croire à la magie de la puissance publique.

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Contributions et publications

En plus de sa thèse de doctorat, Fabrice Cahen a publié plusieurs articles scientifiques sur l'histoire de la contraception, de l'avortement et des politiques de la vie. Ses travaux ont été publiés dans des revues prestigieuses telles que la Revue d’histoire moderne et contemporaine, Vingtième Siècle. Revue d’histoire, History of the Family et Population et sociétés.

L'avortement : un crime contre l'État sous Vichy

La criminalisation de l’avortement culmine sous le régime de Vichy, obsédé par le déclin démographique de la France, et son très réactionnaire Code de la famille. La loi du 15 février 1942 érige l’avortement en crime contre l’État. Un cas, porté au cinéma en 1988 par Claude Chabrol dans Une affaire de femmes, rappelle que les femmes coupables de pratiquer des avortements risquaient leur vie. Marie-Louise Giraud a ainsi été guillotinée le 30 juillet 1943 pour en avoir effectué vingt-sept. Elle est l’une des deux seules personnes exécutées pour ce motif en France avec Désiré Pioge, guillotiné le 22 octobre 1943 pour avoir aidé trois femmes à avorter.

La lutte contre l'avortement : une croisade morale aux multiples facettes

La lutte contre l'avortement est définie comme une mobilisation collective, imbriquant étroitement des militants natalistes et familiaux, des « experts » de la population et des responsables de l’appareil d’État. Elle est construite comme une politique de régulation des comportements de procréation/reproduction, politique étudiée dans sa confrontation, éminemment problématique, avec le corps social.

À partir d’un portrait collectif des initiateurs de la lutte contre l’avortement, est d’abord retracée de façon étoffée la genèse d’une entreprise de lutte. Nous rejoignons ici des analyses relativement classiques de la sociologie politique en montrant par quel processus se construit, à partir de la fin du xixe siècle, une cause collective ensuite érigée en « problème public ». Ayant cherché à identifier les traits distinctifs de cette forme particulière de « croisade morale », nous insistons en particulier sur la diversité des acteurs engagés, en montrant comment se côtoient des personnalités privées (notamment des médecins exposés de près à la question de l’avortement) et des acteurs étatiques ou liés à l’État.

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