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L'Avortement en Thaïlande : Législation, Enjeux et Perspectives

L'accès à l'avortement demeure un enjeu mondial complexe, oscillant entre avancées législatives et restrictions persistantes. Alors que la France a constitutionnalisé l'IVG et que plus de 60 pays ont assoupli leurs lois sur l'avortement ces dernières années, des disparités considérables subsistent à travers le monde. L'interdiction ou la limitation de l'IVG persiste dans de nombreux pays, entraînant des avortements clandestins aux conséquences souvent tragiques. Cet article explore en profondeur la situation en Thaïlande, un pays où la législation sur l'avortement a connu des évolutions récentes, mais où des défis importants persistent en termes d'accès et de perception sociale.

Évolution de la Législation Thaïlandaise sur l'Avortement

La législation thaïlandaise en matière d'avortement a connu des changements significatifs ces dernières années. Avant février 2021, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) était illégale en Thaïlande, sauf dans des circonstances spécifiques telles qu'une menace pour la vie de la mère, un viol, une malformation génétique du fœtus ou si l'âge de la mère était inférieur à 15 ans. Cependant, la société thaïlandaise considérait largement l'avortement comme un péché et un sujet tabou. Malgré cette législation stricte et ce contexte social, les avortements illégaux étaient courants dans le pays, comme en témoigne la découverte de près de 2 000 fœtus dans un temple en 2010.

Décriminalisation et Légalisations Récentes

Un tournant majeur s'est produit début 2021 lorsque l'avortement a été décriminalisé. Puis, en 2022, l'IVG a été pleinement légalisée jusqu'à 20 semaines de grossesse. Plus précisément, en février 2021, l'interruption volontaire de grossesse est devenue légale jusqu'à 12 semaines. Par la suite, en octobre 2022, la législation a été assouplie pour autoriser l'avortement jusqu'à 20 semaines de grossesse sous certaines conditions. Le gouvernement thaïlandais a justifié cette mesure par la volonté de faciliter l'accès du public à la procédure, malgré la chute du taux de natalité dans le pays. Une porte-parole du bureau du Premier ministre thaïlandais a souligné que cette mesure visait à montrer de l'empathie et de la compréhension envers les femmes enceintes demandant un avortement.

Réactions et Opposition

Malgré cette évolution positive, des voix discordantes se sont fait entendre. En janvier 2021, la Conférence épiscopale thaïlandaise a appelé l'Église locale à s'opposer à l'amendement de la législation, soulignant l'importance de protéger les droits des enfants à naître. Cette opposition reflète les profondes convictions morales et religieuses qui persistent dans la société thaïlandaise concernant l'avortement.

Enjeux et Défis Persistants

Bien que la législation thaïlandaise sur l'avortement ait été assouplie, des défis importants persistent en termes d'accès et de perception sociale.

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Inégalités d'Accès

Malgré la légalisation de l'avortement jusqu'à 20 semaines de grossesse, des inégalités persistent en termes d'accès à cette procédure médicale. Selon Kritaya Archavanitkul, professeure à l'université Mahidol et coordinatrice du réseau Choices Network Thailand, "il y a des services d'IVG dans 39 des 77 provinces thaïlandaises". Cette répartition inégale des services d'avortement rend l'accès difficile pour les femmes vivant dans les provinces où ces services sont inexistants ou limités.

Coût de l'IVG

Le coût d'une IVG en Thaïlande peut varier considérablement, allant de 5 000 bahts à 20 000 bahts. Pour de nombreuses femmes, en particulier celles issues de milieux défavorisés, ce coût représente un obstacle financier majeur. Selon Tamtang, une association féministe aidant les Thaïlandaises dans leur accès à l'IVG, 64% des personnes que le groupe accompagne ont un budget inférieur à 2 000 bahts. Ces femmes sont souvent contraintes d'emprunter de l'argent ou de mentir pour pouvoir se permettre une IVG.

Stigmatisation Sociale

L'avortement reste un sujet tabou et stigmatisé dans la société thaïlandaise, où il est souvent considéré comme un péché. Cette stigmatisation peut dissuader les femmes de rechercher des informations ou des services d'avortement, les poussant à recourir à des avortements clandestins pratiqués dans des conditions dangereuses. De plus, la stigmatisation peut entraîner un manque de soutien social et émotionnel pour les femmes qui choisissent d'avorter.

Impact sur le Taux de Natalité

La légalisation de l'avortement en Thaïlande intervient dans un contexte de crise démographique, avec un taux de natalité en baisse constante. En 2021, le pays a enregistré un taux de natalité record avec moins de 545 000 naissances, contre 563 650 l'année précédente. Cette baisse du taux de natalité suscite des inquiétudes quant à l'avenir démographique du pays, avec des projections indiquant que la Thaïlande comptera plus de 20 % d'habitants âgés de 60 ans et plus dès l'année prochaine et pourrait devenir une société "superâgée" d'ici 2033.

Vers un Accès Équitable et Sécurisé à l'Avortement

Malgré les défis persistants, des efforts sont déployés en Thaïlande pour améliorer l'accès à l'avortement et lutter contre la stigmatisation sociale.

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Actions des Associations Féministes

Des associations féministes telles que Tamtang jouent un rôle crucial en aidant les Thaïlandaises dans leur accès à l'IVG. Ces organisations offrent un soutien financier, des informations et des conseils aux femmes qui souhaitent avorter, contribuant ainsi à réduire les inégalités d'accès et à promouvoir des avortements sécurisés.

Sensibilisation et Éducation

Des campagnes de sensibilisation et d'éducation sont nécessaires pour lutter contre la stigmatisation sociale et promouvoir une meilleure compréhension de l'avortement en tant que droit fondamental des femmes. Ces campagnes peuvent contribuer à changer les attitudes et les perceptions du public, en mettant en évidence les raisons complexes et variées qui peuvent conduire une femme à choisir d'avorter.

Renforcement des Services de Santé

Il est essentiel de renforcer les services de santé reproductive en Thaïlande, en veillant à ce que l'avortement soit accessible dans toutes les provinces et à un coût abordable. Cela implique d'augmenter le nombre de professionnels de la santé formés à la pratique de l'IVG et de garantir que les services d'avortement soient intégrés dans les systèmes de santé publique.

Lire aussi: La loi française sur l'avortement : les délais expliqués

tags: #avorter #en #thailande #législation

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