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Avortement et Risque de Cancer : Démêler le Vrai du Faux

L'avortement, un sujet sensible et souvent entouré d'idées reçues, suscite de nombreuses interrogations quant à ses potentielles conséquences sur la santé des femmes. Parmi les préoccupations les plus fréquemment exprimées figure le risque accru de cancer, notamment du sein, du col de l'utérus et des poumons. Cet article vise à examiner de manière approfondie les données scientifiques disponibles, en s'appuyant sur des études rigoureuses et des analyses factuelles, afin de démêler le vrai du faux et d'offrir une information claire et objective sur la question.

Idées reçues et réalités scientifiques

De nombreuses affirmations circulent concernant les risques liés à l'avortement, souvent relayées par des groupes opposés à l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse). Il est crucial de distinguer les opinions non fondées des conclusions étayées par la recherche scientifique.

L'IVG augmente-t-elle le risque de cancer du sein ?

L'idée selon laquelle l'IVG augmenterait le risque de cancer du sein est l'une des plus répandues. Certains sites anti-avortement affirment même que l'IVG exposerait les femmes à des cancers du sein et des poumons, attribuant ce dernier risque à une plus grande consommation de tabac en post-IVG. Cependant, ces affirmations sont largement contredites par les études scientifiques.

Une étude de l'American College of Obstetricians and Gynecologists, publiée en 2009 et réaffirmée en 2018, met en évidence le fait que cette conséquence supposée de l'IVG relève de la légende urbaine. Le rapport conclut que « les études antérieures démontrant un lien entre avortement et cancer du sein étaient méthodologiquement biaisées », et rappelle que les études les plus récentes et rigoureuses n'avaient montré aucune relation causale entre avortement et augmentation du risque de contracter un cancer du sein. Ces conclusions sont corroborées par une grande étude réalisée au Danemark, qui a démontré que les avortements n'ont aucun effet sur le risque de cancer du sein.

Qu'en est-il des autres types de cancer ?

Bien que l'association entre l'IVG et le cancer du sein soit la plus souvent évoquée, d'autres types de cancer sont parfois mentionnés. Cependant, il n'existe pas de preuves scientifiques solides établissant un lien direct entre l'IVG et un risque accru de cancer du col de l'utérus ou des poumons.

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Les avortements clandestins : un danger réel

Si l'IVG pratiquée dans des conditions médicales sûres ne semble pas augmenter le risque de cancer, la situation est différente dans les pays où l'avortement est illégal ou difficile d'accès. Une étude de l'Organisation mondiale de la santé relayée sur le journal Lancet en septembre 2017 met en évidence la dangerosité de l'avortement pour les femmes dans les pays où ce dernier n'est pas autorisé.

Dans ces contextes, les avortements sont souvent pratiqués dans des conditions d'hygiène déplorables, avec des instruments non stérilisés et par des personnes non qualifiées. Ces pratiques peuvent entraîner des infections graves, des complications hémorragiques et, dans les cas les plus extrêmes, le décès de la femme. Une étude du CEPED (centre population et développement, rattaché à l’INED) rapportait l’insertion dans le vagin d’objets tels que des rayons de vélo, des cathéters, du verre pillé ou des racines de plantes. Bien que ces pratiques ne soient pas directement liées au cancer, elles mettent en évidence les risques considérables pour la santé des femmes lorsque l'accès à l'IVG est restreint.

Facteurs de risque de cancer : ce que la science nous dit

Il est important de replacer la question de l'avortement dans le contexte plus large des facteurs de risque de cancer. De nombreux éléments peuvent influencer le risque de développer un cancer, et il est essentiel de les prendre en compte pour une évaluation complète et précise.

Facteurs hormonaux et reproductifs

Les facteurs hormonaux et reproductifs jouent un rôle important dans le risque de certains cancers, notamment du sein. Plusieurs éléments sont à considérer :

  • Âge de la première grossesse : Les femmes n'ayant jamais eu d'enfants ou qui ont eu leur premier enfant tardivement, après l'âge de 30 ans, ont un risque légèrement accru de cancer du sein.
  • Nombre de grossesses : Le risque de cancer du sein diminue à chaque naissance.
  • Allaitement : Un allaitement long (6 mois et plus) est associé à une diminution du risque de cancer du sein.
  • Contraception orale : Le rôle des contraceptifs oraux dans le cancer du sein n'est pas encore bien défini. Un léger surrisque de cancer du sein s’estompe progressivement après l’arrêt de la prise de la contraception.
  • Traitements hormonaux substitutifs : Les œstrogènes, prescrits pour atténuer ou prévenir les symptômes de la ménopause, sont aussi utilisés pour prévenir l'ostéoporose et les fractures des vertèbres et de la hanche. La décision de prendre un traitement hormonal substitutif doit être prise entre vous et votre médecin.

Facteurs génétiques et antécédents familiaux

Les antécédents familiaux de cancer du sein ou d'autres cancers gynécologiques peuvent augmenter le risque. De même, certaines mutations génétiques, comme celles des gènes BRCA1 et BRCA2, sont associées à un risque considérablement accru de cancer du sein et de l'ovaire.

Lire aussi: Pour en savoir plus sur l'avortement et l'eugénisme

Facteurs liés au mode de vie

Plusieurs facteurs liés au mode de vie peuvent influencer le risque de cancer :

  • Consommation d'alcool : Plusieurs études, dont l'enquête publiée dans The LANCET en 2018, ont démontré que la consommation régulière d’alcool (> 6g/jour) augmente le risque de récidive et de décès par cancer du sein sans affecter la survie globale.
  • Tabagisme : Il existe une relation entre le cancer du sein et l’usage du tabac.
  • Alimentation : On a longtemps pensé que l'alimentation riche en graisses pouvait augmenter le risque de cancer du sein. Cependant, à ce jour, il n’existe aucune preuve formelle de cette relation. La consommation de certains types de graisses a une influence certaine sur le risque de maladies cardiovasculaires.
  • Activité physique : Des études ont montré que l'exercice physique dans la jeunesse procurerait une protection contre le cancer du sein, et que même une activité physique modérée à l'âge adulte pourrait diminuer le risque de cancer du sein.
  • Poids : Le risque lié à l’alcool est majoré après la ménopause, si vous êtes en surpoids et si vous êtes porteuse d'une tumeur n'exprimant pas les récepteurs hormonaux (RH+).

Autres facteurs

D'autres facteurs peuvent également influencer le risque de cancer :

  • Antécédents médicaux : Les mastopathies hyperplasiques épithéliales avec atypies cellulaires et non pas les mastoses fibrokystiques simples non proliférantes sont un facteur de risque reconnu avec un risque relatif est de 4 à 5. Les femmes, qui ont déjà eu des biopsies ayant permis de diagnostiquer une hyperplasie atypique bénigne , ont un risque plus élevé de cancer du sein. Le risque est 2 à 5 fois plus élevé que chez les autres femmes.
  • Radiothérapie : Les femmes ayant eu une radiothérapie du thorax étant plus jeune ou étant enfant, pour traiter un autre cancer, comme par exemple pour une maladie de Hodgkin ou un lymphome, ont un risque plus élevé de cancer du sein.
  • Hyperthyroïdie : L'hyperthyroïdie est associée à une augmentation du risque de développer un cancer du sein.
  • Exposition à des polluants environnementaux : Les recherches ne montrent pas, en général, de lien direct et clair entre le cancer du sein et l'exposition à des polluants environnementaux comme les pesticides et les PCB (biphényles polychlorés).
  • Travail de nuit : De nouvelles données suggèrent que les femmes qui travaillent de nuit auraient un risque accru de cancer du sein dont une méta-analyse de données en provenance de 61 articles comprenant 114 628 cas de cancers et 3 909 152 participantes.

L'importance d'une information fiable et d'un accompagnement adapté

Face à la multitude d'informations, parfois contradictoires, concernant l'avortement et ses risques potentiels, il est essentiel de s'appuyer sur des sources fiables et de consulter des professionnels de santé qualifiés. Ces derniers pourront fournir des informations personnalisées, répondre aux questions et accompagner les femmes dans leur prise de décision.

Il est également important de souligner que les conséquences psychologiques d'un avortement varient d'une femme à l'autre et peuvent être liées à l'accompagnement de la femme. Il n’est en effet pas envisagé de nier la tristesse que peuvent ressentir certaines femmes dont la situation peut être difficile. L’accompagnement par un professionnel est alors important.

Lire aussi: L'avortement clandestin en Italie : une analyse

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