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L'Avortement en France : Histoire et Législation

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) en France a connu une évolution significative, marquée par des luttes acharnées et des avancées législatives majeures. De la criminalisation à la constitutionnalisation, ce droit a été au cœur de débats passionnés et de transformations sociales profondes.

Genèse de la Législation sur l'IVG

Avant la légalisation, les femmes confrontées à une grossesse non désirée étaient contraintes de recourir à des pratiques clandestines, mettant en danger leur santé et leur vie. La loi Neuwirth de 1967, autorisant la pilule contraceptive, a amorcé un changement, mais c'est dans les années 1970 que les mouvements féministes et les plannings familiaux ont intensifié leurs revendications pour le droit à l'avortement, le considérant comme un droit fondamental pour disposer de son corps.

La Loi Veil : Un Tournant Décisif

En 1974, le président Valéry Giscard d'Estaing, malgré l'opposition de son propre camp politique, a initié une réforme sur l'avortement. Il a confié le projet de loi à sa ministre de la Santé, Simone Veil, dont les discours devant l'Assemblée nationale et le Sénat sont devenus historiques. La loi relative à l'IVG a été adoptée à titre expérimental le 20 décembre 1974 et est devenue définitive cinq ans plus tard. Elle dépénalisait l'IVG pour les femmes en situation de détresse, dans un délai de 10 semaines de grossesse, sur demande à un médecin. Depuis la loi "Veil" du 17 janvier 1975, l'avortement est dépénalisé. C'est-à-dire qu'il n'est plus sanctionné par la loi.

Le Manifeste des 343 et le Procès de Bobigny

Le 5 avril 1971, Le Nouvel Observateur a publié un manifeste signé par 343 femmes célèbres, dont Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras et Françoise Sagan, déclarant avoir avorté malgré les risques encourus. Ce manifeste a brisé le silence et a mis en lumière la réalité de l'avortement clandestin. Le 11 octobre 1972, le procès de Marie-Claire Chevalier à Bobigny, une adolescente accusée d'avoir avorté suite à un viol, a marqué l'opinion publique. Sa mère, accusée de complicité, ainsi que deux autres femmes, ont également comparu. Ces événements ont contribué à sensibiliser la société à la nécessité de légaliser l'avortement.

Évolution de la Législation Post-Veil

Depuis 1975, plusieurs lois ont élargi et amélioré l'accès à l'IVG. En 1982, le remboursement partiel des actes d'IVG a été instauré. En 1993, le délit d'entrave à l'IVG a été adopté, punissant ceux qui empêchent ou tentent d'empêcher la pratique ou l'information sur l'IVG. En 2001, le délai de recours à l'IVG est passé de 10 à 12 semaines, puis à 14 semaines en 2022. En 2012, une nouvelle loi a permis une prise en charge à 100 % des IVG par l'Assurance maladie. En 2016, les sages-femmes ont été habilitées à pratiquer l'IVG médicamenteuse.

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  • 1979 : La loi de 1975 est rendue définitive.
  • 1982 : Remboursement partiel des actes d'IVG par la Sécurité Sociale.
  • 1993 : Adoption du délit d'entrave à l'IVG.
  • 2001 : Allongement du délai légal de 10 à 12 semaines de grossesse.
  • 2012 : Prise en charge à 100 % des IVG par l'Assurance maladie.
  • 2016 : Autorisation pour les sages-femmes de pratiquer l'IVG médicamenteuse.
  • 2022 : Allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse.

La Constitutionnalisation du Droit à l'IVG

Le 4 mars 2024, un vote historique a eu lieu au Congrès à Versailles, où les parlementaires français ont massivement voté en faveur de l'inscription dans la Constitution de la « liberté garantie » pour une femme d'avoir recours à une IVG. La France est ainsi devenue le premier pays au monde à constitutionnaliser ce droit fondamental. Ce vote constitue un rempart contre les mouvements anti-droits et une avancée majeure pour les droits des femmes à disposer de leur corps et à maîtriser leur fécondité. Le 4 mars 2024, le Parlement réuni en Congrès à Versailles a voté l’inscription dans la Constitution de la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse faisant de la France le premier pays au monde à inscrire dans sa Constitution la liberté de recourir à l’IVG.

L'IVG dans l'Histoire : De la Tolérance à la Criminalisation

L'avortement a existé depuis l'Antiquité, avec des méthodes variées utilisant des plantes ou des techniques mécaniques. Si l'avortement est interdit et criminalisé au moins depuis l'édit de 1556, l'interdiction applicable en 1975 est issue de l’article 317 du code pénal. Il punit de peine de prison et d’amende le fait de subir, de pratiquer ou d’aider un avortement. Les membres du corps médical peuvent, en outre, être condamnés à une interdiction d’exercer.

Antiquité et Moyen Âge

Dans l'Antiquité, l'avortement était parfois toléré, mais le droit de vie et de mort sur les enfants appartenait au père. Au Moyen Âge, l'Église catholique a criminalisé l'avortement, le considérant comme un homicide.

Époque Moderne

L'édit d'Henri II en 1556 a criminalisé l'avortement en France, punissant le "recel de grossesse" et la "suppression de part". Au XVIIe siècle, des scandales comme l'affaire de Marguerite de Guerchy et l'affaire des poisons ont sensibilisé la société à l'avortement clandestin. Avec le Code civil de 1804, dit Code Napoléon, l’avortement est encore défini comme un crime, jugé par une cour d'assises et puni d'une peine de réclusion.

XIXe et XXe Siècles

Au XIXe siècle, les moyens mécaniques d'avortement se sont développés, rendant la pratique plus courante. Après la Première Guerre mondiale, la loi du 31 juillet 1920 a renforcé la répression de l'avortement et de la contraception. Sous le régime de Vichy, l'avortement est devenu un crime contre l'État, passible de la peine de mort. En 1975, l’IVG n’était pas remboursée par la Sécurité sociale, mais une prise en charge sur demande au titre de l’aide médicale était prévue.

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Les Défis Persistants et l'Accès à l'IVG

Malgré les avancées législatives, l'accès à l'IVG reste un défi. Plus d'une centaine de centres d'IVG ont fermé leurs portes en France en dix ans. La constitutionnalisation du droit à l'avortement permet aux associations féministes de faire pression sur le gouvernement pour garantir un accès effectif et équitable à l'IVG sur l'ensemble du territoire. Pour lutter contre la désinformation et garantir à toutes une écoute et une information fiable sur leurs droits, deux dispositifs ont été créés : le site ivg.gouv.fr et le numéro vert national : 0800 08 11 11 (accessible par téléphone ou tchat).

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tags: #avortement #histoire #legislation #France

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