Loading...

Avortement, Pilule et Divorce : Analyse des Conséquences Sociétales et Personnelles

L'avortement, qu'il soit médicamenteux ou chirurgical, est une réalité complexe qui s'inscrit dans une société en constante évolution. Cet article explore les multiples facettes de cette question, en abordant les conséquences potentielles sur les couples, les évolutions législatives, les enjeux psychologiques et les dynamiques sociétales qui l'entourent.

Introduction

Le recours à l'avortement est une décision personnelle qui peut avoir des implications profondes, tant sur le plan individuel que relationnel. Si le choix d’avorter appartient aux femmes, certains hommes essaient d’épauler leurs partenaires dans cet événement. Un accompagnement parfois empreint de maladresse et d’impuissance, souvent synonyme d’épreuve pour le couple. Les témoignages recueillis et les analyses d'experts permettent de mieux comprendre les défis et les enjeux associés à cette expérience.

L'Impact sur le Couple

Une grossesse non désirée peut révéler des dynamiques préexistantes au sein d'un couple, voire exacerber des problèmes sous-jacents. "Poursuivre ou non une grossesse est une décision impactante pour un couple, explique Caroline Van Assche, thérapeute de couple. Pour celles et ceux qui n’ont pas encore d’enfant, soit on reste à deux, soit on prend la décision de devenir une famille, au sens classique du terme."

Décisions et Désaccords

La décision d'avorter est souvent perçue comme une décision conjointe, mais elle peut être source de conflits. Comme le raconte notre témoin Claire, il est souvent question d’une décision rapide qui ne laisse pas le temps aux deux partenaires de considérer leurs envies profondes. L'un des partenaires peut se sentir plus impliqué ou affecté que l'autre, créant un décalage émotionnel. La spécialiste observe généralement un décalage de registre entre les partenaires : “L’un est dans le pratico-pratique de l’intervention, l’autre dans l’émotionnel. Et quand on n’est pas sur le même registre, ou qu’on est dans des émotions opposées - la joie et la colère - on ne peut pas se comprendre.“

Le cas de Valérie et Matthieu illustre cette complexité. Mère de trois enfants dont un bébé de 6 mois, Valérie se doutait que l’arrêt de l’allaitement pouvait rimer avec retour de la fertilité. Elle l’avait d’ailleurs dit à Matthieu, son compagnon, l’informant au passage de son ras-le-bol de porter le poids de la contraception depuis des années. Il avait évoqué la possibilité de procéder à une vasectomie mais sans concrétiser le projet. Face à cette grossesse imprévue, Matthieu se sent envahi par la panique. « La perspective d’un quatrième enfant, c’était impossible pour moi, raconte-t-il. On était fatigués, en plein dans les couches avec notre troisième. Cette annonce, c’était le bouleversement de trop. J’ai immédiatement dit que je ne voulais pas en entendre parler. » Valérie n’a pas d’avis tranché. Elle se dit qu’un autre bébé pourrait compléter la famille, que ce test positif a des allures de « miracle » après leurs difficultés à concevoir trois enfants. Elle hésite mais constate que face à elle, il y a un mur. « Il a ajouté que ce serait ma décision, qu’il ne me forcerait à rien, mais que si je faisais le choix de continuer la grossesse, j’allais l’élever seule. » Matthieu, qui a aujourd’hui entamé un suivi psychologique et décortiqué cet épisode de son côté, revient avec lucidité sur son attitude de l’époque : « Elle espérait un dialogue… et j’ai fermé la porte. »

Lire aussi: La pilule du lendemain après une IVG

Communication et Soutien

La manière dont un couple gère cette épreuve est déterminante pour sa survie. Justement, notre thérapeute de couple insiste sur le fait que, au-delà de la prise de décision et de l’avortement en lui-même, le plus décisif est la façon dont le couple se soutient dans cette épreuve. “Ce que j’entends souvent en consultation, c’est que la personne ne s’est pas sentie assez accompagnée, écoutée. Est-ce que le conjoint est venu le jour J ? Il y a des couples où la question ressort des années après, alors que la décision de pratiquer une IVG avait fait consensus. Parce que le souci c’est qu’elles ont eu le sentiment d’avoir vécu ça toute seule.“ Consulter un.e thérapeute de couple, se rendre ensemble aux rendez-vous médicaux, peuvent être de bonnes solutions pour dialoguer. “Une personne tierce va permettre de faciliter la compréhension de l’un et de l’autre. Il est important enfin de remettre la décision dans une temporalité : si l’on ne veut pas d’un enfant à ce moment-là, pour X ou Y raisons, cela ne veut pas forcément dire qu’on n’en voudra jamais.

Rupture et Réconciliation

Certains couples ne parviennent pas à surmonter cette épreuve, tandis que d'autres en ressortent renforcés. Malheureusement, Noëmie et son compagnon n’ont pas réussi à se remettre, sur le long terme, de cet événement. “Il y a eu un climat de défiance mutuelle et une incompréhension sur nos besoins. Choisir d’interrompre une grossesse peut laisser des traces au sein du couple. Comme souvent, la clé pour se préserver est la communication. Après son intervention, Claire a traversé une “période d’après choc“. Cependant, elle considère aujourd’hui que cet épisode les a rapprochés. “Il avait été très présent le jour où j’ai expulsé le ‘sac de grossesse’ et on a vécu une période de grande tendresse, sans sexualité, avec beaucoup de mots doux et de communication autour de ‘tu te rends compte, on aurait pu avoir un enfant’. On ressentait un peu de vertige tous les deux.“ Lorsque nous réalisons l’interview, Claire précise qu’il aurait été prévu qu’elle accouche ces jours-ci si elle avait maintenu sa grossesse. “On y a pensé tous les deux, ça a été l'occasion d’en rediscuter. A posteriori je pense que ça a renforcé notre couple : même si nous n’étions pas d’accord, nous avons su prendre soin l’un de l’autre et nous écouter. Et quand je vois mon couple évoluer aujourd’hui, je me dis qu’on a pris la bonne décision.

Évolution Législative et Accès à l'Avortement

La législation sur l'avortement a connu des évolutions significatives au fil des décennies, reflétant les changements de société et les luttes pour les droits des femmes.

De la Criminalisation à la Dépénalisation

Historiquement, l'avortement a été criminalisé en France, avec des sanctions sévères pour les femmes et les professionnels de santé qui y recouraient ou le pratiquaient. Si les historiens relèvent la criminalisation de l’avortement au moins depuis l’Edit de 1556 d’Henri II, les codes post-révolutionnaires comportent en leur sein des dispositions spécifiques à cette fin. Ainsi, le Code pénal de 1791 fait figurer cette infraction au nombre des « crimes contre les particuliers » et punit de vingt années de fers « quiconque sera convaincu d’avoir par breuvage, par violence ou par tous autres moyens, procurer l’avortement d’une femme enceinte ». Dans la tourmente, certains étaient allés jusqu'à traiter Simone Veil de « tricoteuse » et de responsable d'un « génocide légal » . Il n'empêche. Le combat pour l'IVG se terminait par une victoire.

La loi n° 75-17 du 17 janvier 1975, dite "loi Veil", relative à l'interruption volontaire de la grossesse (IVG) dépénalise l’avortement. La loi n° 82-1172 du 31 décembre 1982, dite "loi Roudy", instaure le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale. Puis, pour protéger la pratique légale de l’IVG, la loi n° 93-121 du 27 janvier 1993, dite "loi Neiertz", crée le délit d’entrave à l’IVG, afin de se prémunir des agissements de certaines associations.

Lire aussi: Avortement et liberté des femmes en France

Amélioration de l'Accès

Des mesures ont été prises pour faciliter l'accès à l'IVG, notamment en augmentant le délai légal, en supprimant l'autorisation parentale pour les mineures et en autorisant certaines professions médicales à pratiquer l'IVG médicamenteuse. Des mesures sont prises avec la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001 qui inscrit le droit à l'interruption volontaire de la grossesse dans le code de la santé publique et porte de 10 à 12 semaines le délai légal de recours à l’IVG. Elle supprime également l’autorisation parentale pour les mineures. La loi n° 2004-806 du 9 août 2004 inscrit le champ de la contraception et de l’IVG parmi les domaines de la santé publique et fixe comme objectif d’assurer l’accès à une contraception adaptée, à une contraception d’urgence et à l’interruption volontaire de grossesse dans de bonnes conditions pour toutes les femmes qui décident d’y avoir recours.

L’IVG médicamenteuse peut désormais être réalisée à domicile, en téléconsultation, jusqu’à sept semaines de grossesse. Quant à l’IVG chirurgicale, elle n’est plus réservée aux seuls médecins : les sage-femmes sont désormais autorisées à la pratiquer, élargissant ainsi l’accès à l’IVG.

Constitutionnalisation de la Liberté d'Avorter

En mars 2024, l’inscription de la liberté d’avorter dans la Constitution a marqué une étape supplémentaire et symbolique vers l’institutionnalisation d’un acte qui met la vie humaine en jeu…

Les Enjeux Psychologiques

L'avortement peut avoir des conséquences psychologiques importantes, tant pour les femmes que pour les hommes.

Impact Émotionnel

Les expériences d’avortement racontées par des femmes, dans des livres ou des médias, montrent une variété de situations. Certaines femmes parlent d’un soulagement, en raison de circonstances personnelles douloureuses ou précaires. Des femmes peuvent revendiquer l’aspect militant de l’acte. « On ne m’avait pas dit que cela ferait si mal. « J’étais dans une impasse. Personne ne m’a soutenue. Ces récits traduisent une réalité souvent occultée : l’avortement n’efface pas la question du lien interrompu avec l’enfant à naître. Il est donc urgent de libérer la parole des femmes et des hommes qui portent ces blessures. Trop de témoignages commencent par : « On ne m’avait pas dit… ». Et les hommes ne sont pas épargnés.

Lire aussi: Tout savoir sur l'IMG

Accompagnement et Soutien

Il est essentiel de proposer un accompagnement psychologique adapté aux personnes concernées, afin de les aider à surmonter les éventuelles difficultés émotionnelles.

Contraception et Prévention

L'accès à la contraception est un enjeu majeur de santé publique, visant à réduire le nombre de grossesses non désirées et, par conséquent, le recours à l'avortement.

Faciliter l'Accès à la Contraception

Aujourd’hui, en France, l’accès à la contraception n’a jamais été aussi facilité. Depuis le 1er janvier 2022, toutes les femmes âgées de moins de 25 ans peuvent bénéficier gratuitement de moyens contraceptifs. Pilule, implant, stérilet, préservatif, etc. : les options sont nombreuses, variées et largement disponibles.

La loi n° 74-1026 du 4 décembre 1974 instaure le remboursement par la Sécurité sociale des dispositifs de contraception prescrits par un médecin. L’autorisation parentale pour la vente aux mineurs est également supprimée et les centres de planification familiale obtiennent la possibilité de délivrer gratuitement, sur prescription médicale, des produits contraceptifs. La publicité est autorisée à partir de 1991.Pour les jeunes filles mineures, elle est accessible de façon anonyme et gratuite dans les pharmacies, les centres de planification familiale et à l’infirmerie scolaire (depuis le décret n° 2016-683 du 26 mai 2016). Pour les étudiantes, elle est disponible gratuitement dans les services de médecine préventive des universités (décret n° 2012-910 du 24 juillet 2012).

Échecs de Contraception

La question des échecs de contraception est un angle mort des prises de parole et des débats autour de l’avortement et de sa prévention. Aucun moyen de contraception n’est efficace à 100 %, comme le rappelle la page dédiée du site de la CPAM. On observe des écarts importants entre l’efficacité théorique et l’efficacité pratique. Ces écarts concernent particulièrement la pilule (oublis, interactions médicamenteuses, maladies) et le préservatif (rupture, mise en place incorrecte…) qui sont les contraceptifs les plus utilisés.

Prévention et Information

Il est essentiel de renforcer les politiques de prévention et d'information sur la contraception, afin de permettre à chacun de faire des choix éclairés.

Divorce et Évolution de la Famille

La loi n° 70-459 du 4 juin 1970 supprime le statut de "chef de famille" du code civil et substitue à la notion de puissance paternelle celle d’autorité parentale commune au père et à la mère.

Droit de la Famille

Ces évolutions entraînent une adaptation du droit de la famille. Là encore, le président de la République ne fait que suivre l'évolution des moeurs, mais, bien sûr, cette mise en conformité de la loi a elle-même des effets accélérateurs sur la réalité. La famille n'est plus l'institution qu'avait consacrée le Code civil.

Divorce par Consentement Mutuel

Avec la loi du 11 juillet 1975, votée le 4 juin par 381 voix contre 34 et 42 abstentions, le « divorce par consentement mutuel » entre dans le droit. Les époux désormais demanderont ensemble le divorce, ils n'auront pas à en faire connaître la raison et proposeront au juge un projet de convention qui en réglera les conséquences.

Évolution des Modes de Vie

Parallèlement à ces évolutions législatives, les modes de vie changent. Bien que le mariage ne soit plus, en droit, une institution assujettissant l’épouse à l’autorité du mari, ce type d'union décline depuis le début des années 70 au profit de l’union libre et du pacte civil de solidarité (PACS).

tags: #avortement #pilule #divorce #conséquences

Articles populaires:

Share: