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Avortements Non Sécurisés : Conséquences et Enjeux Mondiaux

Introduction

L'avortement non sécurisé représente un problème majeur de santé publique à l'échelle mondiale. Chaque année, des millions de femmes mettent leur vie en danger en recourant à des pratiques abortives dangereuses. Cet article explore les conséquences désastreuses de ces avortements, les facteurs qui y contribuent, et les solutions potentielles pour réduire la mortalité et la morbidité maternelles liées à cette pratique.

L'ampleur du problème

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), chaque année, 4,7 % à 13,2 % des décès maternels sont attribués à un avortement non sécurisé. L’OMS estime que 7 millions de femmes sont hospitalisées chaque année pour des complications dues à un avortement non sécurisé, qui se produisent en grande majorité dans les pays en développement. Cela en fait « l’une des principales causes - mais évitables - de décès maternels et de morbidité ». La Fondation des femmes souligne qu'une femme meurt toutes les neuf minutes des suites d'un avortement clandestin dans le monde.

Qu'est-ce qu'un avortement non sécurisé ?

L'OMS définit un avortement non sécurisé comme « un acte destiné à mettre fin à une grossesse effectué par des personnes ne disposant pas des qualifications adéquates ou bien se déroulant dans un environnement non conforme aux normes médicales minimales, ou encore dans ces deux circonstances ». En d'autres termes, il s'agit d'un avortement pratiqué par des personnes non qualifiées, utilisant des méthodes dangereuses ou dans des conditions insalubres.

Les causes et les facteurs de risque

Plusieurs facteurs contribuent à la pratique des avortements non sécurisés :

  • Restrictions légales : Dans de nombreux pays, l'avortement est illégal ou sévèrement restreint. Ces lois n'empêchent pas les femmes d'avorter, mais les contraignent à recourir à des avortements clandestins.
  • Pauvreté : Les femmes vivant dans la pauvreté ont souvent un accès limité aux services de santé, y compris à la contraception et aux soins d'avortement sécurisés.
  • Manque d'accès à la contraception : Les difficultés d’accès aux méthodes contraceptives sont également à l’origine de grossesses non-désirées.
  • Manque d'information : Le manque d'information sur les méthodes contraceptives et les services d'avortement sécurisés peut également conduire les femmes à prendre des décisions dangereuses.
  • Normes sociales et culturelles : Dans certaines sociétés, les femmes peuvent être stigmatisées ou ostracisées si elles cherchent à avorter, ce qui les pousse à se tourner vers des pratiques clandestines.
  • Implication du partenaire : Lorsque l’état de la grossesse est communiqué au partenaire, ce dernier intervient souvent dans le processus de décision et dans le choix de la méthode d'avortement.
  • Conflits et fragilité : Jusqu’à sept fois plus de complications sévères à la suite d’avortements non-sécurisés dans les zones de conflit ou les contextes fragiles.

Les conséquences désastreuses

Les avortements non sécurisés peuvent entraîner de graves complications pour la santé des femmes, voire leur décès. Les conséquences possibles incluent :

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  • Hémorragies : Saignements abondants pouvant entraîner une anémie sévère, voire la mort.
  • Infections : Infections graves de l'utérus, du péritoine ou de l'ensemble du corps (septicémie). Les avortements septiques résultent habituellement de l'utilisation de techniques non stériles pour l'évacuation utérine après un avortement provoqué ou spontané. Les microrganismes impliqués sont Escherichia coli, Enterobacter aerogenes, Proteus vulgaris, les streptocoques hémolytiques, les staphylocoques et quelques microrganismes anaérobies (p. ex., Clostridium perfringens).
  • Perforations utérines : Perforation de l'utérus par des instruments non stériles ou mal utilisés.
  • Lésions des organes internes : Lésions de l'appareil génital et des organes internes par insertion d'objets dangereux dans le vagin ou l'anus.
  • Évacuation incomplète : Les tissus et produits de la grossesse n’ont pas été complètement retirés ou expulsés de l’utérus.
  • Infertilité : Les infections et les lésions utérines peuvent entraîner une infertilité secondaire.
  • Décès maternel : Dans les cas les plus graves, l'avortement non sécurisé peut entraîner la mort de la femme.
  • Impact psychologique : L’impact négatif d’une grossesse non désirée sur la santé mentale a été observé au cours de l’étude Turnaway, menée pendant plus de 10 ans par des chercheurs universitaires américains et publiée en 2020.

Exemples concrets et témoignages

Des études réalisées dans des pays comme la République centrafricaine et le Nigeria révèlent l'ampleur des complications liées aux avortements non sécurisés. Dans l’hôpital de Bangui où a été réalisée l’étude AMoCo, les admissions pour des complications d’avortement représentaient 20 % de toutes les admissions liées à la grossesse au cours de la période étudiée. Environ 25 % des femmes interrogées dans l’hôpital de Jigawa et 45 % de celles interrogées à Bangui ont indiqué avoir provoqué leur avortement.

Les témoignages de femmes ayant subi des avortements non sécurisés sont poignants. Certaines ont décrit avoir utilisé des méthodes dangereuses, telles que l'insertion d'objets pointus dans le vagin ou l'ingestion de substances toxiques. D'autres ont raconté leur parcours long et difficile pour accéder à des soins post-avortement, aggravant d’autant plus les complications et les risques encourus par celles-ci.

Au Maroc, où l’avortement est interdit même en cas de viol, des femmes sont contraintes d’avorter clandestinement au risque de la prison et, souvent, de leur vie. Certaines se tournent alors vers des méthodes dangereuses pour mettre un terme à leur grossesse. Certaines femmes ont expliqué avoir pris un « médicament pour les rhumatismes » et ont cité nommément l'Artotec ou le Cytotec, obtenus sur le marché noir, sans emballage, étiquette, instruction ni date de péremption.

Solutions et recommandations

Pour réduire la mortalité et la morbidité maternelles liées aux avortements non sécurisés, il est essentiel de mettre en œuvre les solutions suivantes :

  • Légaliser l'avortement : La légalisation de l'avortement est la mesure la plus efficace pour réduire le nombre d'avortements non sécurisés. Lorsque l'avortement est légal, les femmes peuvent accéder à des services sûrs et de qualité.
  • Améliorer l'accès à la contraception : Il est essentiel de garantir un accès universel à la contraception, afin de réduire le nombre de grossesses non désirées.
  • Fournir des informations complètes sur la santé sexuelle et reproductive : Les femmes ont besoin d'informations complètes et précises sur la contraception, l'avortement sécurisé et les soins post-avortement.
  • Former les professionnels de santé : Les professionnels de santé doivent être formés pour fournir des services d'avortement sécurisés et des soins post-avortement de qualité.
  • Lutter contre la stigmatisation : Il est essentiel de lutter contre la stigmatisation associée à l'avortement, afin que les femmes se sentent libres de chercher des soins sans crainte de discrimination ou de jugement.
  • Investir dans les systèmes de santé : Il est nécessaire d'investir dans les systèmes de santé, afin de garantir que toutes les femmes aient accès à des soins de santé de qualité, y compris des services d'avortement sécurisés.
  • Soins post-avortement : Rendre facilement accessibles les soins post-avortements et les soins d’avortement sécurisés, y compris au niveau des soins de santé primaire.
  • Amélioration des connaissances : Investir dans l’amélioration des connaissances des communautés sur les méthodes contraceptives et abortives sécurisées.

L'exemple de la France

En France, la loi du 2 mars 2022 a allongé de 12 à 14 semaines de grossesse du délai de recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Le nombre d’IVG varie entre 225.000 et 230.000 chaque année depuis 2001 en France. Bien que le cadre légal permette d’interrompre sa grossesse jusqu’à 14 semaines, les avortements clandestins n’ont pas disparus et pourraient se multiplier si ce droit était remis en question.

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tags: #avortement #non #securise #consequences

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