L'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse est une méthode d'avortement qui suscite de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne son efficacité. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble complète de l'efficacité de l'IVG médicamenteuse, en abordant les facteurs qui peuvent l'influencer, le déroulement de la procédure, les mesures de contrôle post-IVG, et les aspects liés à la santé physique et psychologique des femmes concernées.
Qu'est-ce que l'IVG Médicamenteuse?
L’IVG médicamenteuse est une méthode d’avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. En France, l'IVG médicamenteuse est l'une des deux méthodes autorisées pour mettre fin à une grossesse non désirée. Depuis la loi du 2 mars 2022, le délai légal pour une IVG médicamenteuse en ville a été allongé de deux semaines. Au-delà de ce délai, seule l'IVG chirurgicale est autorisée en France. L’IVG médicamenteuse est pratiquée par un ou une médecin ou sage-femme d’un cabinet de ville, d’un centre de santé, ou d’un centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé.
Comment se Déroule l'IVG Médicamenteuse?
La méthode de l’IVG médicamenteuse consiste à provoquer une fausse couche en prenant 2 médicaments différents : la mifépristone (MYFEGINE) qui interrompt le développement de la grossesse et le misoprostol (GYMISO) qui provoque l’expulsion de la grossesse.
- Première étape : Prise d’un premier comprimé, la mifépristone (une antiprogestérone). Ce médicament interrompt la grossesse, provoque des contractions de l’utérus et l’ouverture du col.
- Deuxième étape : Prise d'un second comprimé, 24 à 48 heures plus tard, le misoprostol (une prostaglandine). Ce médicament augmente les contractions et provoque l’expulsion de l'embryon. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires (risque de douleurs abdomino pelviennes plus fréquentes).
Il est à noter que le médicament Cytotec (misoprostol), longtemps utilisé pour les IVG médicamenteuses, a été retiré du marché en mars 2018 car il occasionnait des risques graves pour la santé des femmes et ne disposait pas d'autorisation de mise sur le marché dans cette indication.
Pourcentage d'Efficacité de l'IVG Médicamenteuse
L’IVG médicamenteuse est efficace dans 95% des cas. Si le traitement a été correctement effectué il y a donc peu de risque d’échec. En effet, le taux de réussite pour l’IVG médicamenteuse est de 95%, mais les deux méthodes (médicamenteuse et instrumentale) sont très fiables. Durant la deuxième étape du traitement médicamenteux, l’action du misoprostol provoque l’expulsion du sac gestationnel. Dans 60% des cas, cela se produit environ 4 heures après la prise du comprimé.
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Cependant, le risque d’échec de cette IVG médicamenteuse existe (5% des cas). Ce risque augmente quand le protocole n’est pas respecté (non-respect des doses ou du délai d’administration des médicaments) ou lorsque l’IVG est réalisée à un stade avancé de la grossesse. Les saignements qui apparaissent après la prise des comprimés ne témoignent pas systématiquement de l'expulsion totale de l’embryon ; ils ne doivent donc pas être perçus comme une preuve absolue de réussite de la procédure d’interruption de grossesse.
Une étude observationnelle rétrospective portant sur l’efficacité des interruptions volontaires de grossesse médicamenteuses (IVG) sur des grossesses précoces, réalisées sur 3 centres d’orthogénie entre janvier 2017 et juin 2022, a permis de mettre en évidence un taux de réussite de l’IVG de 90,21%.
Facteurs Influant sur l'Efficacité
Plusieurs facteurs peuvent influencer l'efficacité de l'IVG médicamenteuse :
Le terme de la grossesse : L’IVG médicamenteuse est plus efficace lorsqu’elle est pratiquée tôt dans la grossesse. Elle peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles.
Le respect du protocole médical : Le non-respect des doses ou du délai d’administration des médicaments peut augmenter le risque d’échec.
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Facteurs liés à la patiente : Une étude a mis en évidence que le tabac chez la patiente et la gestité sont des facteurs prédictifs d’échec. L’étude montre qu’une IVG réalisée avec un taux de hCG inférieur à 1000 UI/L a plus de risque de donner une grossesse évolutive.
Contrôle de l'Efficacité et Suivi Post-IVG
Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.
La consultation de contrôle permet de vérifier que la grossesse a bien été interrompue. De plus en plus, la confirmation de l’interruption de la grossesse se fait grâce à une prise de sang : une baisse du taux de l’hormone de grossesse d’au moins 80 % au bout de 15 jours par rapport au moment où la grossesse a été confirmée permet de conclure au succès de la procédure. Ces vérifications sont absolument essentielles pour s'assurer que la grossesse est bien arrêtée et qu'il n'y a pas de complications.
Le protocole médical concernant l’IVG médicamenteuse inclut une visite de contrôle à la suite du traitement. Cette consultation permet de s’assurer qu’il n’y a aucune complication et que l’avortement a été correctement réalisé. La visite de contrôle est à réaliser 14 à 21 jours après le traitement. La vérification du taux d’hormone béta HCG à travers un test urinaire ou une prise de sang. Durant cette échange, si vous en ressentez le besoin, vous pouvez confier vos ressentis à votre médecin ou sage-femme.
Que Faire en Cas d'Échec de l'IVG Médicamenteuse?
Si l’avortement par voie médicamenteuse n’a pas fonctionné, une intervention chirurgicale est nécessaire. La prise d’un médicament avant l’opération permet de dilater le col de l’utérus. Durant l’intervention, le médecin effectue une aspiration endo-utérine. Il va donc aspirer le contenu de votre utérus à l’aide d’un petit tube.
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Effets Secondaires et Complications Possibles
Pratiquer une IVG par médicaments peut entraîner des douleurs plus ou moins fortes et qui sont très variables selon les femmes. Ces douleurs sont liées aux contractions que fait l’utérus pour expulser l’œuf. Le rapport à la douleur est variable selon les femmes et pour une même femme selon les situations. Des anti-douleurs (antalgiques de la famille des anti inflammatoires non stéroïdiens couplet avec des anti-douleurs de niveau 2 disponible eux sur ordonnance) sont prescrits systématiquement par le ou la médecin ou sage-femme qui suit l’IVG et la prise de ces cachets est recommandée en prévention de la douleur 30 mn avant la prise de misoprostol.
Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer. Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements. S’il n’y a pas de saignement à 24h, il faut contacter le ou la médecin ou sage-femme pour avoir une appréciation de la situation. Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre.
Il peut arriver dans certains cas, que des complications surviennent parfois jusqu’à 1 mois après l’IVG. Ces complications peuvent se présenter sous formes de symptômes d’infection (fièvre à 38°qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur. Il peut survenir également des effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h. Dans ce cas, la femme doit se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG que la personne professionnelle de santé lui a donné. Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie. La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. Elle peut être repérée aux signes cliniques ainsi qu’avec la surveillance du dosage des BHCG. Cependant, en l’absence de facteurs de risque et de symptômes, une grossesse de localisation indéterminée ne contre-indique pas la prise des médicaments pour l’IVG. A contrario, les symptômes possibles d’une grossesse intra utérine peuvent être des seins tendus, des douleurs qui ressemblent aux douleurs de règles ou aux syndromes pré-menstruels, des nausées. Enfin, il existe d’autres contre-indications à pratiquer une IVG médicamenteuse comme les corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.
Selon une étude menée dans 11 centres d’IVG, par une équipe de l’Inserm pour la Fondation de l’avenir en 2016, 27 % des femmes ayant réalisé une IVG médicamenteuse ont ressenti des douleurs très intenses après la prise du second comprimé. Quelque 83 % ont pris des antidouleurs. Et 88 % ont ressenti une grande fatigue. D'autres effets secondaires peuvent survenir : nausées, vertiges, maux de tête, diarrhées et vomissements. Le médecin ou la sage-femme va vous fournir un arrêt de travail, mais vous pouvez vous organiser pour prendre le comprimé un week-end. La perte de sang, la chute d’hormones et la fatigue, sans compter le bouleversement émotionnel pour certaines femmes, peuvent rendre cette journée difficile à vivre. Essayez de la rendre la plus confortable possible.
Impact Psychologique et Fertilité
Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n’en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.
Cette consultation permet aussi au médecin ou à la sage-femme de proposer un entretien de soutien et d’écoute avec une conseillère conjugale et familiale aux patientes (qui décident, ou non, d'en bénéficier). Cet entretien est obligatoire pour les mineures. Lors de la deuxième consultation, le médecin ou la sage-femme remet l'attestation de première consultation. Chaque patiente doit ensuite confirmer sa demande par écrit et définir la méthode d'avortement et le lieu de l'intervention, en consultation avec le médecin ou la sage-femme.
IVG et Anonymat
Pour toutes les IVG, quelle que soit la méthode : La prise en charge de l’interruption volontaire de grossesse est légalement protégée par le secret afin de pouvoir préserver, si je le souhaite, mon anonymat. L’anonymat doit être proposé à toutes les femmes (majeures, mineures, femmes bénéficiaires de l’aide médicale de l’État, …). La prise en charge à 100% par l’Assurance maladie, la pratique du tiers payant obligatoire et l’absence de décompte envoyé à l’assurée garantissent l’anonymat.
Évolution des Recours à l'IVG en France
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie une étude sur les recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en 2022, qui augmentent après deux années de baisse exceptionnelle en 2020 et 2021, liée à la pandémie de Covid-19. En 2022, 234 300 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été enregistrées en France, soit 17 000 de plus qu’en 2021 et environ 7000 de plus qu’en 2019. À partir des informations issues du système national des données de santé (SNDS), il est possible de retracer, de façon anonyme, le parcours de soins des femmes ayant réalisé une IVG.
L’allongement de deux semaines du délai légal de recours ne suffit pas à expliquer cette augmentation car les IVG les plus tardives représentent moins d’un cinquième du surplus observé par rapport à l’année 2021. C’est dans le groupe d’âge des 20 à 29 ans que les IVG restent les plus fréquentes : le taux de recours s’élève à 26,9 ‰ en 2022 parmi les jeunes femmes âgées de 20-24 ans (+ 2,6 points par rapport à 2021) et atteint 28,6 ‰ pour celles âgées de 25-29 ans (+2,2 points). En 2022, les taux de recours à l’IVG augmentent dans toutes les régions métropolitaines ainsi que dans les DROM, à l’exception de la Guadeloupe. Les disparités territoriales sont marquées puisque les taux de recours varient du simple au double selon les régions. En France métropolitaine, ils varient de 11,6 ‰ en Pays de la Loire à 22,6 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Jusqu’en 2005, toutes les IVG étaient réalisées dans des établissements de santé. À partir de 2005, les IVG médicamenteuses ont été autorisées en ville, puis en centre de santé et centre de santé sexuelle. Depuis 2020, la part des IVG réalisées hors des établissements de santé progresse, atteignant 38 % en 2022. La méthode médicamenteuse est la plus utilisée, y compris en établissement de santé. Les conditions d’accès à l’IVG ont été élargies par la loi du 2 mars 2022 avec un allongement de deux semaines de la durée légale pour les IVG réalisées en établissement de santé. Parmi ces dernières, 55% le sont à moins de huit semaines d’aménorrhée (SA) et 76 % à moins de dix SA.
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