L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes. En France, deux méthodes principales sont proposées : l'IVG médicamenteuse et l'IVG chirurgicale. Le Planning familial propose un accompagnement pour les femmes souhaitant avorter. Cette analyse approfondie vise à comparer ces deux approches en termes de procédures, d'efficacité, de délais, d'effets secondaires, de complications potentielles et de vécu des patientes.
Les bases de l'IVG en France
En France, l’IVG peut se faire soit par prise de médicaments (IVG médicamenteuse), jusqu’à la 7e semaine de grossesse, soit par intervention chirurgicale (IVG instrumentale), jusqu’à la 14e semaine de grossesse (soit 16 semaines d'aménorrhée, ou SA).
Accompagnement et conditions d'accès
Le Planning familial propose un accompagnement pour les femmes souhaitant avorter. Les femmes souhaitant avorter peuvent avoir recours à l’interruption volontaire de grossesse (lVG) sous certaines conditions. La prise en charge de l’interruption volontaire de grossesse est légalement protégée par le secret afin de pouvoir préserver, si la femme le souhaite, son anonymat. L’anonymat doit être proposé à toutes les femmes (majeures, mineures, femmes bénéficiaires de l’aide médicale de l’État, …). La prise en charge à 100% par l’Assurance maladie, la pratique du tiers payant obligatoire et l’absence de décompte envoyé à l’assurée garantissent l’anonymat.
Les deux temps préalables à l'IVG : information et recueil du consentement
Le premier temps préalable à la réalisation de l'IVG a lieu avec votre médecin ou dans un cabinet de ville, en centre de santé, en établissement de santé, dans un (ancien centre de planification et d'éducation familial) et peut être réalisé à distance (téléconsultation). Au cours de ce premier temps, votre médecin ou sage-femme : vous informe sur les deux méthodes d’IVG (médicamenteuse ou instrumentale) et vous remet un dossier-guide ; vous propose de réaliser un entretien psychosocial (uniquement obligatoire pour les mineures) ; doit vous orienter vers un autre professionnel de santé s’il ne pratique pas lui-même l’IVG. Dans ce cas, il vous remet une attestation prouvant que vous vous êtes conformée aux étapes préalables à une IVG. Lors de ce second temps, vous choisissez la méthode d’IVG qui convient le mieux à votre situation personnelle et confirmez votre choix par un écrit. Il s’agit également d’un moment privilégié avec votre médecin ou sage-femme : - pour décider de la méthode contraceptive à mettre en place après l’IVG si nécessaire ; - pour vous faire prescrire, si tel est votre choix, un des infections sexuellement transmissibles, dont l’ par le VIH, ainsi qu’un dépistage du cancer du col de l’ (à partir de 25 ans).
Il n’existe pas de délai légal entre les deux temps préalables à l'IVG. Si vous le souhaitez, il est possible de réaliser ces deux temps au cours d’une seule et même consultation.
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IVG Médicamenteuse : Procédure et Déroulement
L'IVG médicamenteuse, représentant 76% des IVG réalisées, est une méthode non chirurgicale qui consiste à prendre deux comprimés prescrits par un médecin ou une sage-femme. Cette méthode est possible jusqu’à 7 semaines de grossesse, soit neuf semaines d’aménorrhée (SA) (calculée à partir du premier jour des dernières règles). Elle peut être réalisée en hôpital, en clinique, dans un cabinet de ville, en centre de santé sexuelle ou en centre de santé.
Étapes clés de l'IVG médicamenteuse
Prise du premier médicament (mifépristone): Ce médicament bloque l’action de l’ nécessaire au maintien de la grossesse (la progestérone), favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. Il est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation. Dès cette première étape, vous pouvez avoir des saignements et des douleurs plus ou moins importants, mais la plupart du temps les commencent après la prise du 2e médicament. Les saignements ne sont pas le signe que la grossesse est arrêtée. Il est donc indispensable de prendre le 2e médicament.
Prise du second médicament (misoprostol): Elle a lieu dans un délai de 24 à 48 heures après la prise du premier médicament. Ce médicament est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation, soit au cours d’une courte hospitalisation. Il augmente les contractions et provoque l’IVG. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des , parfois plus fortes (douleurs pelviennes), mais qui peuvent être réduites grâce à la prescription d’anti-douleurs. Les saignements souvent assez abondants qui accompagnent l’interruption de la grossesse arrivent parfois très vite après la prise du misoprostol, parfois plus tard.
Visite de contrôle: 14 à 21 jours après la première prise de médicament, une visite de contrôle est obligatoire pour s’assurer que la grossesse est bien interrompue et qu’il n’y a pas de complications. Lors de cette visite, le médecin ou la sage-femme confirme que la grossesse est bien interrompue grâce à un examen médical et/ou une échographie ou un examen sanguin, vérifie l’absence de complications liées à l’IVG médicamenteuse, et évoque si nécessaire les moyens contraceptifs les plus adaptés à la situation de la patiente.
Avantages et inconvénients de l'IVG médicamenteuse
- Avantages: Évite l’intervention chirurgicale, peut être réalisée à domicile, offre un accompagnement par des professionnels.
- Inconvénients: Nécessite plusieurs prises de médicaments, provoque des saignements et des douleurs, taux de réussite moins élevé que l’IVG instrumentale (95% contre 99,7%).
Effets secondaires et complications possibles
Les médicaments provoquant l’IVG entraînent des saignements et des contractions utérines similaires à des règles abondantes. Les saignements durent généralement une dizaine de jours, ils s’arrêtent d’eux-mêmes. Ils sont très importants le jour de la prise du comprimé mais diminuent ensuite. L’expulsion de l’œuf se fait dans les 4 heures suivant la prise du deuxième comprimé dans 60 % des cas. Dans 40 % des cas, l'expulsion a lieu dans les 24 à 72 heures.
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En cas d’échec de l’IVG (si la grossesse se poursuit), le médecin, ou la sage-femme, oriente vers l’IVG instrumentale.
IVG Chirurgicale (Instrumentale) : Procédure et Déroulement
L’IVG instrumentale est possible jusqu’à la 14e semaine de grossesse (soit 16 semaines après le 1er jour des dernières règles). Elle est effectuée par un médecin ou, sous certaines conditions, par une sage-femme, en établissement de santé ou dans certains centres de santé autorisés.
Étapes clés de l'IVG instrumentale
Préparation: Après la réalisation des étapes d’information et recueil du consentement (qui peuvent être effectuées en téléconsultation) l’IVG peut être réalisée.
Intervention: Il s’agit d’une rapide intervention instrumentale pour aspirer l’œuf qui se trouve dans l’utérus après dilatation du col. Une canule de calibre adapté au stade de la grossesse est introduite par le professionnel de santé (médecin ou sage-femme) dans l’utérus pour aspirer le contenu utérin. Pratiqué sous anesthésie locale ou générale, l’avortement chirurgical dure une dizaine de minutes.
Surveillance post-opératoire: Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé.
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Visite de contrôle: 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications.
Avantages et inconvénients de l'IVG instrumentale
- Avantages: Intervention rapide et en une seule fois, taux de réussite élevé (99,7%), anesthésie pour minimiser la douleur.
- Inconvénients: Nécessite une intervention chirurgicale, se déroule en établissement de santé ou en centre de santé.
Effets secondaires et complications possibles
Des saignements surviennent généralement à la suite de l’intervention. Ils peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines. Les douleurs après une IVG instrumentale sont liées aux contractions utérines. Ces douleurs sont comparables à des douleurs de règles qui peuvent être plus intenses que d’habitude. Des médicaments antidouleurs sont prescrits afin d’éviter ou soulager ces douleurs.
Dans de rares cas, il est possible que des lésions au niveau du col de l’utérus ou de la paroi utérine surviennent au cours de l’intervention. Comme pour toute intervention, des complications liées à l’anesthésie peuvent survenir (allergie aux produits d’anesthésie par exemple). Il est possible dans de très rares cas que la grossesse ne soit pas totalement aspirée. Dans cette situation, une seconde intervention peut parfois être nécessaire.
Si vous présentez l’un ou plusieurs des symptômes/signes suivants, vous devez alors rapidement contacter le professionnel de santé qui vous a suivie pour l’IVG, car cela peut être un signe de complication: de la fièvre, avec une température supérieure à 38 °C ; des pertes très abondantes de sang (si vous devez changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes (serviette taille maxi) pendant plus de deux heures de suite); un malaise ; de très fortes douleurs abdominales qui persistent malgré la prise des antidouleurs.
Comparaison des deux méthodes : points clés
Délais
- IVG médicamenteuse: Jusqu'à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée.
- IVG instrumentale: Jusqu'à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée.
Lieu de réalisation
- IVG médicamenteuse: En cabinet, En centre de santé sexuelle, En centre de santé, En établissement de santé.
- IVG instrumentale: En établissement de santé, Dans certains centres de santé.
Procédure
- IVG médicamenteuse: Prise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle en présence du professionnel de santé (au sein du cabinet ou de la structure où exerce le professionnel ou lors d’une téléconsultation) ou seule à votre domicile.
- IVG instrumentale: Au cours d’une courte hospitalisation : introduction d’une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus.
Douleur
- IVG médicamenteuse: Pas d'anesthésie mais prescription d'anti-douleurs systématique.
- IVG instrumentale: Anesthésie locale ou générale selon votre souhait et en accord avec le professionnel de santé qui réalise l’intervention. En cas d’anesthésie générale il sera nécessaire de réaliser préalablement une consultation avec un médecin anesthésiste.
Durée totale
- IVG médicamenteuse: Variable. A partir de la prise du second médicament la grossesse est évacuée dans les 4h dans environ 60% des cas. Dans 40% des cas l’évacuation de la grossesse aura lieu dans les 24 à 72h.
- IVG instrumentale: L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé.
Taux de succès
- IVG médicamenteuse: 95%
- IVG instrumentale: 99,7%
Effets indésirables
- IVG médicamenteuse: Douleurs plus intenses que des douleurs de règles liées aux contractions utérines, généralement après la prise du second médicament. Possible troubles gastro-intestinaux. Saignements plus abondants que des règles habituelles pendant quelques jours.
- IVG instrumentale: Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention. Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours.
IVG entre 14 et 16 SA : une étude comparative
Une étude comparative des complications et du vécu des patientes ayant subi une IVG médicamenteuse ou chirurgicale entre 14 et 16 SA a été menée. Les résultats montrent que l’IVG chirurgicale entre 14 et 16 SA présente une efficacité maximale, tandis que la méthode médicamenteuse reste exposée à un risque plus élevé d’échec ou de rétention. Le taux global de complications ne différait pas significativement entre les deux méthodes hormis sur recours plus fréquent aux reprises chirurgicales après IVG médicamenteuse (24 % vs 0%). La douleur maximale était plus élevée dans le groupe médicamenteux. La satisfaction était meilleure après IVG chirurgicale (82 % d’expérience positive vs 42 %).
Reprise de la fertilité après une IVG
La reprise de la fertilité après une IVG est immédiate. Il est donc recommandé si nécessaire d'utiliser une contraception. Vous pouvez en discuter au cours de la procédure avec votre médecin ou sage-femme pour choisir celle qui vous conviendra le mieux.
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