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L'avortement médicamenteux suivi par un médecin généraliste : un guide complet

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit pour toutes les femmes en France, qu'elles soient mineures ou majeures, depuis sa légalisation en 1980. L'IVG médicamenteuse est une méthode courante, représentant 76 % des IVG réalisées. Cet article détaille le processus de l'IVG médicamenteuse, le rôle du médecin généraliste et des autres professionnels de santé, les démarches à suivre, et les informations essentielles à connaître.

Qu'est-ce que l'IVG médicamenteuse ?

Une interruption volontaire de grossesse (IVG) est un acte médical qui désigne le fait d’interrompre une grossesse. L’IVG médicamenteuse consiste à prendre deux médicaments, prescrits par un médecin ou une sage-femme, pour interrompre la grossesse. Cette méthode est possible jusqu’à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée.

Où et par qui l'IVG médicamenteuse peut-elle être pratiquée ?

L'IVG médicamenteuse peut être réalisée :

  • Dans les hôpitaux ou cliniques autorisés.
  • Dans certains centres de santé.
  • Dans certains centres de santé sexuelle (ex-centres de planification et d’éducation familiale).
  • Dans certains cabinets en ville (gynécologues, médecins généralistes et sages-femmes).
  • Via une téléconsultation.

Deux types de professionnels de santé peuvent pratiquer une IVG : les médecins et les sages-femmes. Les sages-femmes peuvent pratiquer des IVG médicamenteuses dans les mêmes conditions que les médecins.

Les étapes à respecter pour une IVG médicamenteuse

1. Les deux temps préalables à l'IVG : information et recueil du consentement

Deux temps sont obligatoires avant la réalisation d'une IVG :

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  • Le temps d'information : Ce premier temps a lieu avec votre médecin ou dans un cabinet de ville, en centre de santé, en établissement de santé, dans un (ancien centre de planification et d'éducation familial) et peut être réalisé à distance (téléconsultation). Au cours de ce premier temps, votre médecin ou sage-femme vous informe sur les deux méthodes d’IVG (médicamenteuse ou instrumentale) et vous remet un dossier-guide. Il vous propose de réaliser un entretien psychosocial (uniquement obligatoire pour les mineures) et doit vous orienter vers un autre professionnel de santé s’il ne pratique pas lui-même l’IVG. Dans ce cas, il vous remet une attestation prouvant que vous vous êtes conformée aux étapes préalables à une IVG.
  • Le recueil du consentement : Lors de ce second temps, vous choisissez la méthode d’IVG qui convient le mieux à votre situation personnelle et confirmez votre choix par un écrit. Il s’agit également d’un moment privilégié avec votre médecin ou sage-femme pour décider de la méthode contraceptive à mettre en place après l’IVG si nécessaire et pour vous faire prescrire, si tel est votre choix, un dépistage des infections sexuellement transmissibles, dont l’infection par le VIH, ainsi qu’un dépistage du cancer du col de l’utérus (à partir de 25 ans).

Il n’existe pas de délai légal entre les deux temps préalables à l'IVG. Si vous le souhaitez, il est possible de réaliser ces deux temps au cours d’une seule et même consultation.

2. La prise des médicaments

Deux médicaments sont nécessaires pour interrompre la grossesse : la mifépristone et le misoprostol.

  • La prise du premier médicament : la mifépristone

    Ce médicament débute l’interruption de la grossesse. Il est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation. Il bloque l’action de l’hormone nécessaire au maintien de la grossesse (la progestérone), favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. Dès cette première étape, vous pouvez avoir des saignements et des douleurs plus ou moins importants, mais la plupart du temps les saignements commencent après la prise du 2e médicament. Les saignements ne sont pas le signe que la grossesse est arrêtée. Il est donc indispensable de prendre le 2e médicament.

    La prise du premier comprimé bloque l’action de l’hormone (la progestérone) et arrête la grossesse, favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin et provoque des saignements plus ou moins importants.

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  • La prise du second médicament : le misoprostol

    Elle a lieu dans un délai de 24 à 48 heures après la prise du premier médicament. Ce médicament est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation, soit au cours d’une courte hospitalisation. Il augmente les contractions et provoque l’IVG. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes (douleurs pelviennes), mais qui peuvent être réduites grâce à la prescription d’anti-douleurs. Les saignements souvent assez abondants qui accompagnent l’interruption de la grossesse arrivent parfois très vite après la prise du misoprostol, parfois plus tard. Si votre groupe sanguin est rhésus négatif, vous recevrez une injection de gamma-globulines anti-D au plus tard dans les 72 h suivant le début du saignement pour éviter toute incompatibilité lors d’une prochaine grossesse.

    La prise du second comprimé augmente les contractions, déclenche l’expulsion de l’œuf et provoque des contractions utérines plus ou moins douloureuses qui ressemblent à celles des règles ou plus intenses. Ces douleurs sont atténuées par un antalgique et peut occasionner certains effets secondaires : nausées, vomissements, diarrhées. Elle entraîne des saignements, quelques heures après ou plus tardivement. Ces saignements durent généralement une dizaine de jours, ils s’arrêtent d’eux-mêmes. Ils sont très importants le jour de la prise du comprimé mais diminuent ensuite. L’expulsion de l’œuf se fait dans les 4 heures suivant la prise du deuxième comprimé dans 60 % des cas. Dans 40 % des cas, l'expulsion a lieu dans les 24 à 72 heures.

3. La visite de contrôle

14 à 21 jours après la première prise de médicament, vous devez réaliser une visite de contrôle afin de s’assurer que la grossesse est bien interrompue et qu’il n’y a pas de complications. Lors de cette visite, votre médecin ou sage-femme confirme que la grossesse est bien interrompue grâce à un examen médical et/ou une échographie ou un examen sanguin, vérifie l’absence de complications liées à l’IVG médicamenteuse et évoque si nécessaire les moyens contraceptifs les plus adaptés à votre situation.

En cas d’échec de l’IVG (si la grossesse se poursuit), le médecin, ou la sage-femme, vous oriente vers l’IVG instrumentale.

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Le rôle du médecin généraliste dans l'IVG médicamenteuse

Le médecin généraliste joue un rôle essentiel dans le parcours d'IVG médicamenteuse. Il peut :

  • Informer la patiente sur les différentes méthodes d'IVG et l'orienter vers le choix le plus adapté à sa situation.
  • Réaliser les deux temps préalables à l'IVG : information et recueil du consentement.
  • Prescrire les médicaments nécessaires à l'IVG médicamenteuse.
  • Assurer le suivi médical de la patiente, notamment lors de la visite de contrôle.
  • Vérifier (grâce à l’examen clinique et éventuellement l’échographie et, en cas de doute, le dosage des bêta-HCG plasmatiques) que le fœtus a bien été expulsé et que l’utérus est vide lors de la visite de contrôle obligatoire, qui a lieu 2 à 3 semaines après l’IVG.

IVG et clause de conscience

Un professionnel de santé (médecin ou sage-femme) n'est jamais tenu de pratiquer une IVG, mais il a l’obligation de vous informer et de vous orienter vers un médecin, une sage-femme ou une structure qui pourra prendre en charge votre demande. C’est le code de la santé publique qui rend obligatoire l’information et l’orientation pour les professionnels de santé qui ne pratiquent pas l’IVG.

Si vous rencontrez des difficultés à trouver un professionnel de santé ou un établissement pour réaliser une IVG, vous pouvez contacter le numéro vert national « IVG, contraception, sexualités » au 0800 08 11 11 ou par tchat qui pourra vous accompagner dans vos démarches et vous orienter vers des établissements et ou des professionnels de santé qui réalisent des IVG. Les professionnels de santé ont le droit de refuser de pratiquer ou de concourir à un acte médical qui, bien qu’autorisé par la loi, est contraire à leurs convictions personnelles ou professionnelles. C’est ce qu’on appelle la clause de conscience. Toutefois, même si un médecin ou une sage-femme n'est jamais tenu de pratiquer une interruption volontaire de grossesse, il a l’obligation de vous informer, sans délai, de son refus et de vous communiquer immédiatement le nom de médecins ou de sages-femmes en mesure de réaliser cette intervention.

L'IVG pour les mineures

Une autorisation parentale n’est pas obligatoire pour une IVG. Vous devez être accompagnée par un adulte de votre choix et assister à une consultation psychosociale pour procéder à l’IVG. Si le médecin ou la sage-femme, qui vous reçoit refuse de procéder à la consultation IVG, il a le devoir de vous donner les noms de professionnels de santé susceptibles de réaliser une IVG.

Que faire en cas de difficultés d'accès à l'IVG ?

Si vous estimez qu’une ou plusieurs obligations n’ont pas été respectées, vous avez plusieurs recours possibles :

  • Vous pouvez vous adresser à votre Agence régionale de santé (ARS). Elle examine toute réclamation émanant d’un particulier, d’un professionnel ou d’une institution, dans les domaines sanitaire, santé-environnement et médico-social (personnes âgées et handicapées).

  • Vous pouvez vous adresser au Défenseur des droits dont la mission est de défendre toutes personnes dont les droits ne sont pas respectés et de permettre l'égalité de tous et toutes dans l'accès aux droits.

  • S’il s’agit d’un établissement de santé, vous pouvez vous adresser à la Commission des usagers (CDU) de ce dernier. Elle a pour principale mission de veiller au respect des droits des usagers et de faciliter leurs démarches. Elle examine au moins une fois par trimestre les réclamations adressées à l’hôpital par les usagers et le cas échéant, les informe sur les voies de conciliation et de recours. Vous pouvez également interpeller le médiateur médical de l’établissement.

  • S’il s’agit d’un professionnel de santé vous pouvez adresser une réclamation au conseil départemental de l’Ordre concerné. Dans ce cas votre plainte est examinée et une sanction disciplinaire peut être prononcée à l’égard du professionnel de santé :

    • Conseil national de l’ordre des médecins ;
    • Conseil national de l’ordre des sages-femmes ;
    • Conseil national de l’ordre des infirmiers ;
    • Ordre national des pharmaciens.

Aspects financiers

L'IVG médicamenteuse est prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie pour toutes les personnes assurées sociales, ayant-droits ou bénéficiaires de l'Aide Médicale d'Etat (AME).

Préparation à l'IVG médicamenteuse

Afin que l’IVG médicamenteuse se déroule dans les meilleures conditions possibles, n’hésitez pas à vous faire accompagner dans vos démarches par une personne de confiance. Si vous avez décidé de prendre les médicaments à votre domicile, essayez, dans la mesure du possible, de vous octroyer du repos. En cas de douleurs, un arrêt maladie peut vous être prescrit.

Fertilité après une IVG

La reprise de la fertilité après une IVG est immédiate. Il est donc recommandé si nécessaire d'utiliser une contraception. Vous pouvez en discuter au cours de la procédure avec votre médecin ou sage-femme pour choisir celle qui vous conviendra le mieux.

Risques et complications

Le risque d’échec de cette IVG médicamenteuse existe (5% des cas). Ce risque augmente quand le protocole n’est pas respecté (non-respect des doses ou du délai d’administration des médicaments) ou lorsque l’IVG est réalisée à un stade avancé de la grossesse. Les saignements qui apparaissent après la prise des comprimés ne témoignent pas systématiquement de l'expulsion totale de l’embryon ; ils ne doivent donc pas être perçus comme une preuve absolue de réussite de la procédure d’interruption de grossesse.

Si vous choisissez de poursuivre votre grossesse jusqu’à son terme, un suivi particulier du futur enfant devra être effectué. En effet, les médicaments utilisés dans l’IVG médicamenteuse sont tératogènes c’est-à-dire qu’ils peuvent provoquer des malformations graves chez les enfants exposés pendant la grossesse (au niveau des membres, de la face, du cerveau). En effet, l’exposition prénatale au misoprostol ou à la mifépristone a été associée à une augmentation du risque malformatif multipliée par trois par rapport aux enfants dont les mères n’ont pas été exposées à l’une de ces molécules pendant la grossesse.

Prévention des IVG

Pour prévenir certaines de ces IVG, il faut développer l’information des femmes à qui l’on ne parle pas assez de contraception.

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