L'avortement médicamenteux est une question complexe et sensible, entourée de considérations éthiques, juridiques et sociales. Cet article vise à explorer la situation de l'avortement médicamenteux au Cambodge, en la contextualisant avec des exemples internationaux, notamment la France et la Turquie, afin de mieux comprendre les enjeux et les défis spécifiques à ce pays.
L'Avortement : Un Droit en Balance
L'accès à l'avortement est un droit fondamental pour de nombreuses femmes à travers le monde, mais sa réalité varie considérablement d'un pays à l'autre. En France, la loi Veil, adoptée il y a plusieurs décennies, a marqué une étape importante dans la reconnaissance de ce droit. En Turquie, l'IVG est autorisée depuis 1965 pour des raisons médicales, lorsque la vie de la femme est en danger ou en cas de malformation fœtale grave.
Cependant, même dans les pays où l'avortement est légal, l'accès à cette pratique peut être entravé par divers obstacles. En France, des opérations de "testing" ont été lancées pour évaluer la réalité de l'accès à l'IVG et les difficultés rencontrées par les femmes lors de la procédure. En Turquie, une enquête récente a révélé la difficulté d'accès à l'avortement, avec un pourcentage limité d'hôpitaux pratiquant l'IVG.
Cadre légal : France et Turquie
En France, la loi Veil autorise l'IVG jusqu'à la fin de la dixième semaine de grossesse. Une révision de 2001 a allongé ce délai à douze semaines de grossesse, soit quatorze semaines après le premier jour des dernières règles. Pour des raisons médicales, l'interruption de grossesse peut être réalisée quel que soit le terme de la grossesse, sur dossier et avis d'un comité d'experts à la demande de la femme.
En Turquie, l'IVG peut être pratiquée jusqu'à la fin de la dixième semaine de grossesse. Lors des débats sur la réforme du code pénal en 2004, des associations féministes avaient demandé que cette durée soit portée à douze semaines, en vain. Pour des raisons médicales, l'interruption de grossesse peut être réalisée au-delà de la durée légale après avis d'un comité d'experts. Le code pénal précise également que si la femme tombe enceinte à la suite d'un acte criminel, en l'occurrence, un viol.
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Consentement et Confidentialité
En France, la jeune fille mineure non émancipée doit en principe avoir l'autorisation d'un représentant légal, mais elle doit donner son propre consentement en dehors de la présence de ses parents. Si le dialogue familial est impossible, la jeune fille peut se passer de l'autorisation parentale. Elle doit alors se faire accompagner par une personne majeure de son choix. En Turquie, pour les femmes mariées, le consentement de l'époux est requis, sauf lorsque la vie de la femme est en danger immédiat.
Méthodes d'IVG : France et Turquie
En France, deux méthodes existent : la méthode "chirurgicale" et la méthode "médicamenteuse". La technique utilisée dépend du choix des femmes et du terme de la grossesse. La méthode "chirurgicale" est possible jusqu'à la 12ème semaine de grossesse (14ème semaine d'aménorrhée). Exclusivement pratiquée en établissement de santé, elle est pratiquée sous anesthésie locale ou générale. La méthode "médicamenteuse" peut être réalisée jusqu'à la 5ème semaine de grossesse sans hospitalisation et jusqu'à la 7ème semaine de grossesse avec quelques heures d'hospitalisation. Elle est réalisée en deux prises éloignées de médicaments, l'un interrompant la grossesse, l'autre provoquant des contractions et l'expulsion de l'embryon.
En Turquie, c'est la méthode chirurgicale (le plus souvent par aspiration) qui est pratiquée, sous anesthésie locale ou générale et obligatoirement par ou sous la supervision d'un gynécologue.
Coût et Prise en Charge Financière
En France, le coût d'une IVG chirurgicale est compris entre 463 et 664 euros. Il varie en fonction de l'établissement de santé (hôpital ou clinique), du type d'anesthésie (locale ou générale), et de la durée de l'hospitalisation. En Turquie, le coût d'une IVG chirurgicale varie beaucoup selon le médecin et l'établissement de santé (entre 400 et 1200 livres turques, soit entre 117 et 351 euros environ).
En France, l'IVG est prise en charge à 100 % sur la base d'un tarif forfaitaire. Les actes nécessaires pour une IVG (consultations, analyses, échographies, etc.) sont aussi entièrement remboursés et les tarifs des IVG réalisées en établissements de santé ont également été revalorisés. En Turquie, l'IVG pratiquée en établissement hospitalier est remboursée par la sécurité sociale (SGK). Celle-ci ne prend pas en charge les IVG pratiquées dans le secteur privé.
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Le Rêve et la Grossesse au Cambodge
Au Cambodge, la périnatalité est une période où les esprits sont particulièrement présents. Une ethnographie menée au Cambodge sur le fœtus a permis de découvrir un phénomène central au cours de la grossesse de femmes Khmères : le rêve. Le rêve articule le "biologique" et le "social" au Cambodge en participant à l'engendrement du fœtus par la parole et à sa socialisation. Le rêve s'insère dans un contexte religieux, la "religion populaire khmère" mêlant bouddhisme et animisme.
Le rêve inscrit le fœtus dans une filiation mère-fœtus mais aussi ancêtre-fœtus, dans un contexte de magie féminine et d'ouverture. D'un point de vue empirique, le rêve s'est imposé comme un élément décisif dans la poursuite de la grossesse et dans la constitution sociale de l'enfant.
Fonctions du Rêve
Le rêve a d'abord une fonction d'information. C'est grâce au rêve que la mère apprend qu'elle est enceinte, le sexe de son enfant, ainsi que l'identité de l'ancêtre qui se réincarne en elle. Le fœtus communique avec sa mère à travers le rêve afin de lui demander "d'habiter chez elle", "d'habiter en elle", "d'habiter avec elle", "d'habiter dans son ventre". On assiste à travers le rêve à une réelle demande du fœtus à sa mère, qui lui demande l'autorisation d'habiter en elle.
Exemples au Cambodge
Sokha, une femme de 34 ans, raconte que lors d'une grossesse précédente, elle a fait un rêve où il y avait deux "petites" qui lui demandaient d'habiter son ventre. Après ce rêve, elle a donné naissance à ses deux jumelles. Elle ajoute que dans son rêve, elle n'a pas donné l'accord aux deux filles car elle a bien "insisté" sur le fait qu'elle était pauvre et qu'elle n'acceptait plus de grossesse. Les petites filles ont répondu : "Je sais que vous êtes pauvre mais je vous aime. Je demande juste à être dans votre ventre, ça suffit pour moi. Et après le ventre, je vais vous quitter". Après l'accouchement des jumelles, puisqu'elle n'avait pas assez d'argent pour nourrir les deux, une est décédée quinze jours après l'accouchement.
Vanna, une femme khmère de 34 ans, explique qu'elle a fait quelques mois auparavant un avortement médicamenteux avec une pilule dont elle ne connaît pas le nom, qui lui a coûté 10 dollars, alors qu'elle était enceinte de quatre mois. Elle raconte avoir eu très mal au ventre et a finalement dû être amenée après plusieurs jours chez un médecin pour hémorragie. Elle pense qu'il est mort à cause du travail dans les champs.
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Témoignage : IVG chirurgicale
Claire, une femme de 31 ans, raconte son expérience d'une IVG chirurgicale. Elle explique qu'elle a pris cette décision pour préserver l'équilibre de sa famille et répondre aux besoins de ses enfants. Elle souligne l'importance d'une discussion honnête et en profondeur avec son partenaire et de prendre en compte ses propres limites et besoins. Elle insiste sur le manque de coordination entre les professionnels de santé et le manque d'informations précises sur le processus d'IVG.
Impact des Médicaments sur la Fertilité
Les médicaments les plus répandus et utilisés dans le monde, tels que le paracétamol et l'ibuprofène, peuvent-ils avoir une incidence sur la fertilité ? Dans le cas du paracétamol, la réponse est non. Si nous parlons de l'ibuprofène, il faut rappeler qu'habituellement, on le prend pour diminuer les "douleurs intenses de menstruation", qui elles-mêmes peuvent être un signe d'endométriose qui, elle-même peut avoir un lien avec des problèmes de reproduction.
En ce qui concerne les hommes jeunes, il a été démontré que la consommation continue d'ibuprofène peut produire des déséquilibres hormonaux qui génèrent "hypogonadisme compensé" lié à des troubles de reproduction, même si d'avantage de recherches dans ce sens sont nécessaires. Il faut accorder une attention particulière à la prise d'ibuprofène durant la grossesse. Environ 30 % des femmes enceintes prennent de l'ibuprofène à un moment concret de la grossesse, par méconnaissance de leur état au début ou parce qu'elles ne connaissent pas la composition du médicament. Ces premières semaines sont cruciales dans le développement du fœtus et il semblerait que la prise d'ibuprofène par la mère puisse affecter le bon développement des testicules ou ovaires du fœtus, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives sur la capacité de reproduction de la génération future.
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